Dans son ouvrage Technocritiques, François Jarrige retrace l’histoire de celles et ceux qui ont critiqué les technologies. Des briseurs de machines du début du XVIIIe siècle aux faucheurs volontaires d’OGM du XXIe siècle, l’historien remet en contexte les discours critiques de la technique dévalués par l’Histoire et rendus difficiles par le « fétichisme de la machine ».

François Jarrige est historien et maître de conférences à l’Université de Bourgogne. Intéressé par les controverses liées à l’industrialisation, il a fait sa thèse sur les « briseurs de machines » en France, en Angleterre et en Belgique, de 1780 à 1860. Ce travail de recherche, intitulé Au temps des "tueuses de bras" : les bris de machines et la genèse de la société industrielle, s’intéresse aux premiers « technocritiques ». Cette thèse a servi de base à son ouvrage Technocritiques : du refus des machines à la contestation des technosciences. François Jarrige y retrace l’histoire de celles et ceux qui ont contesté les « enthousiasmes technologiques » de leur époque. Initialement paru en 2014, Technocritiques a fait l’objet, en mars dernier, d’une réédition en format poche aux éditions La Découverte.

 

 

Pour François Jarrige, la critique des techniques a été assimilée à une lutte contre le progrès depuis la Révolution industrielle. Loin de considérer le progrès technique comme une mutation « inexorable et inéluctable », l’historien l’appréhende comme le résultat de « choix politiques », de « représentations du monde » et de « rapports sociaux ». Dès lors, il réévalue le point de vue des « méfiants » qui se sont trouvés marginalisés par une « historiographie progressiste des techniques ».

Dans la post-face de l’édition poche de Technocritiques, publiée en 2016, François Jarrige écrit à ce propos : 

« Que la technocritique est difficile ! La pratiquer vous place d'emblée en porte-à-faux et vous fait courir le risque de l'isolement. On vous reprochera d'être rabat-joie, de vous tromper de cible, d'être un pessimiste invétéré promouvant un statu quo mortel au lieu d'encourager les technologies libératrices. »

Plutôt que d’encourager la « fascination » technophile, l’historien préfère ainsi se placer du côté des « vaincus de l’Histoire », ceux qui ont dénoncé l’appauvrissement social, écologique et moral provoqué par les technologies. Il espère ainsi « sauver ces acteurs et ces positions de l’immense condescendance de la postérité », selon une formule empruntée à Edward Palmer Thompson.

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