WenakLabs, naissance d'un collectif de "geeks" au Tchad

Ils sont une poignée de jeunes passionnés de nouvelles technologies, début 2014, ils se sont lancés dans un projet: celui de créer un espace de travail destiné à promouvoir et faciliter l’accès au technologies de l’information et de la communication (TIC) au Tchad. Cette semaine, l’Atelier des médias vous fait visiter ce lieu, baptisé WenakLabs.


Le Tchad demeure très mal classé en termes d’accès à Internet et aux nouvelles technologies. Le pays figure 164ème sur 166 dans le dernier classement de l’Union internationale des télécommunications (UIT)  des Nations-Unies, destiné à mesurer l’indice de développement des TIC dans le monde. Face à ce constat, le collectif WenakLabs veut relever le défi de rendre plus accessibles aux Tchadiens les outils de la communication.

« Wenak signifie “Où es-tu?” en arabe. Nous voulions nous demander “Où est notre beau pays, le Tchad, par rapport à la technologie de l’information et la communication?” Pour nous, c’est un combat que nous menons pour sortir la tête de l’eau. On ne peut pas se développer non plus en tant que personnes sans l’usage des TIC. Internet est une source de connaissances énorme. Pourquoi ne pas profiter de cette source d’information, qui est mondiale? Je dis: “On a soif, pourquoi ne pas boire? »

  • Avec les moyens du bord

Tout a commencé il y a neuf mois, lorsque des enseignants en sciences techniques et leurs étudiants ont établi un espace pour travailler de façon “autonome”. Abdelsalam Safi, professeur d'informatique, a mis en place avec d’autres mordus de technologie un lieu d’échange et de travail partagé (co-working), doté d’ordinateurs, d’écrans, de JerryCans (ces ordinateurs créés à partir de bidons pour carburant et d’éléments informatiques recyclés), d’imprimantes, de boîtiers d’alimentation et d’autres gadgets.

Depuis sa création, WenakLabs a organisé une formation, 3 conférences et 4 ateliers, et ce malgré des conditions particulièrement difficiles liées au réseau électrique et à l’accès à Internet dans le pays.

“On a pu s’autonomiser grâce à 11 panneaux solaires sur le toit, qui fonctionnent avec 9 batteries. On arrive donc à se passer du problème d’électricité. Mais, là, nous avons un gros problème de connexion à Internet.” Salim Azim Assani, Mondoblogueur, également à l’origine du projet, explique que les coupures sont régulières et le débit est faible, mais que cela n’empêche pas les fournisseurs d’accès à Internet de facturer très cher la connexion. Au WenakLabs, il faut compter 300 francs CFA pour 10 Mo, c’est-à-dire environ 50 centimes d’euro. En définitive, cela peut revenir à 250.000 francs CFA mensuels par utilisateur, soit près de 380 euros.

  • Un “incubateur de projets” pour adapter les technologies au public

Concrètement, WenakLabs est divisé en différentes structures et prend en charge plusieurs missions. Pour Abdelsalam Safi, il s’agit d’abord d’un lieu où toute personne porteuse d’un projet lié aux TIC peut “trouver les bonnes personnes” qui vont l’accompagner “dans la réalisation du projet”. A terme, la plate-forme se veut un intermédiaire entre ces initiatives et les décideurs politiques.


WenakLabs, c’est aussi la réunion de plusieurs blogueurs dans un même espace. “Nous nous fixons comme objectif de documenter des questions liées à notre pays” souligne l’enseignant technophile.

Mamadou Djimtebaye est fondateur de Saomedia, l’agence d’infos éditrice du site Tchadinfos.com. A ses yeux, WenakLabs est un “lieu porteur d’espoir” car il promet d’être un espace de formation. Les derniers chiffres avancés par UNICEF font état auprès des adultes tchadiens d’un taux d’alphabétisation de 35%. L’idée est de donner à la population les moyens d’accéder aux nouvelles technologies de l’information et la communication, mais surtout d’adapter ces outils aux deux tiers des Tchadiens qui ne sont pas alphabétisés.

« Ce pays a besoin de s’ouvrir au monde, de s’éduquer, de s’outiller, et aujourd’hui cela passe nécessairement par les TIC. L’apport de WenakLabs est un acte solidaire d’aider sans arrière pensée: il s’agit d’outiller les gens qui n’ont pas de qualifications ou d’aptitudes pour mieux avancer dans leur projet ou dans leur activité. »


Photos par Ziad Maalouf

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Melissa Barra est journaliste à L'Atelier des médias de RFI
@MelissaBarrra

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Commentaires

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    • Salut Serge. Bien entendu que la lecture qui donne les logiciels libres comme facteurs de développement est sujet à beaucoup de controverses. Moi, je m'y allies juste à force de voir qu'on peut donner plus de chances aux enfants demunis en les mettant aux logiciels ouverts (et gratuits), qu'on peut ouvrir la connaissance à de nombreux habitants des pays du tiers-monde, qu'on peut développer des aptitudes techniques (programmation, intégration de solution) à des milliers des jeunes africains et ceux des autres pays moins avancés... Le modèle économique des logiciels libres ne se repose que sur les services, qui sont d'ailleurs les plus rentables. Merci pour ton big-up :)

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