Vous m'avez manqué, c'est le titre du livre autobiographique que vient de publier Guy Birenbaum. Il y raconte sa descente aux enfers, son burn-out, sa dépression.
Guy Birenbaum est journaliste, chroniqueur, blogueur, homme de radio, de télévision, du web. De 2007 à 2014, il a multiplié les collaborations, les publications, les billets de blog, les tweets, les clashs, ces batailles verbales et virtuelles. Tout d'un coup, autour de mars 2014, il s'est tu, isolé, enfermé. Il raconte sa chute et sa réclusion, qui a duré deux mois, dans son livre. Il y partage également sa vision d'un monde qui s'est accéléré et emballé, d'un web tour à tour libérateur et nauséabond.

Guy Birenbaum dans le studio de l'Atelier des médias RFI

Il n’est pas dans nos habitudes de parler de parcours intimes dans l’émission. De prime abord, le livre de Guy Birenbaum, écrit pour raconter sa dépression, ne nous concerne pas directement. Pourtant, il y a quelque chose dans cette histoire qui ne peut laisser indifférent l’observatoire des médias que nous sommes.

Après des années d’exaltation des nouvelles technologies, des réseaux sociaux, des possibles du net, on re-découvre depuis quelque temps le revers de la médaille. Bien entendu, personne n’est naïf. Depuis toujours les évolutions technologiques portent en elles un meilleur et un pire. Toutefois, la violence, la vitesse des changements induits par les évolutions des dix dernières années posent question. Bien sûr, l’histoire de Guy Birenbaum est un parcours personnel. Sa dépression est le fruit de multiples facteurs, de son passé, de celui de sa famille victime des guerres et crimes de masse du XXème siècle. Mais l’auteur y voit également les conséquences d’une virtualisation de sa vie. D’une exposition extraordinaire de sa personne à la foule, à la haine, à la gloriole, à un monde qui se construit devant nos yeux.
Ce livre offre publiquement le regard d’un adepte, d’un adorateur, repenti, déçu du monde connecté. C’est cela qui nous a intéressé. C’est cela que nous avons tenté d’explorer dans l’entretien à écouter ci-dessous.

Cet ouvrage se lit facilement. Certains passages liés à l’histoire de sa famille sont extrêmement touchants et intéressants. Ceux qui traitent du web et des nouvelles technologies n’apprendrons rien à celles et ceux qui s’intéressent de près à ces questions. Il n’empêche que voir une personnalité qui a, pendant une dizaine d’années, joué totalement le jeu de ces nouvelles expositions, en dénoncer les travers avec tant de virulence, ne peut laisser indifférent. Enfin, ce livre s’adresse avant tout à celles et ceux qui chutent, ont chuté ou pourraient tomber dans la dépression. Il partage un parcours de rémission et d’espoir.

"C'est arrivé". J'écris ce livre pour cette petite phrase. Pour qu'un seul lecteur, une lectrice anonyme, paumé, largué sache que oui un jour ça arrive.

Pour interroger Guy Birenbaum, comme à mon habitude, j’ai relevé quelques passage du livre. Je les partage ci-dessous.

  • Sur le désenchantement du web.

"Depuis 2007, je me suis reconstruit grâce au Web, sur le web. J'ai cru à un Internet vecteur du meilleur. J'ai cru à l'eldorado numérique pour éveiller les consciences, éduquer,  aider à comprendre, transmettre. Je m'y suis investi tout entier lorsque j'ai perdu ma maison d'édition... Je n'ai pas vu les mâchoires des pièges de l'hyper-narcissisme et de l'instantanéité se refermer sur moi... Moi qui passais mon temps à mettre en garde les autres! Depuis plusieurs années, j'endure sur mon blog, dans les commentaires de mes billets sur les sites où j'écris, et sur les réseaux sociaux. Cette violence a fini de me fracasser."

  • Sur son parcours et la vanité.

"En dix ans je suis passé de la thèse de doctorat au livre, du document d'actualité au blog, et de la chronique jetée en pâture en ligne aux cent quarante signes de Twitter."

  • Sur l’information qui s’emballe.

"Les grands médias n'ont plus de boussole. L'information en continu, ce TGV qui ne s'arrête jamais dans aucune gare, rend dingos, accros, dépendants tous ceux qui s'en approchent de trop près."

"Le web, démultiplicateur de nos engouements, de nos colères et de nos douleurs, tourne sur lui-même à une vitesse qui abrutit et saoule.”

  • Sur la vacuité de certains de ses écrits et exploits

“Si j'écris, c'est pour tenter d'avoir une utilité, une fois de temps en temps. Et ça arrive encore. Mais quand je regarde ce qui marche en termes de vidéo, de partages... Tout le monde tourne en rond. Des contenus j'en publie, et pour rien, des dizaines par jour. L'un de mes tweets les plus repris a été pendant plus d'un an celui du 15 janvier 2013 à 22h52. ...se moquant de la nouvelle star.
Pourtant j'en ai écrit des beaux papiers biens léchés et des tweets inspirés... Je vois bien qu'entre vanité et vacuité, je suis bien plus proche de l'impasse que du bon chemin.”

  • Sur sa chute.

“Pouvoir. Pouvoir faire. Pouvoir travailler. Pouvoir lire. Pouvoir s'intéresser. Pouvoir vivre. Cette capacité à "pouvoir" m'a abandonné, tout doucement et sans que j'en ai conscience. Quelque part entre 2013 et 2014.”

  • Passage tiré d’un billet d’avril 2013  intitulé “Mal au net

"Le Web est un espace d'échanges inespéré, parfois même miraculeux, et chacun d'entre nous peut le mesurer tous les jours. Mais là, mon espace (donc le vôtre) est cannibalisé par une violence, un bruit que je supporte de plus en plus mal. Vous allez me répondre qu'on peut tout à fait ne pas voir, ne pas lire tout cela! Malheureusement, c'est faux. Par le jeu des partages sur les réseaux sociaux, nous sommes tous éclaboussés; même quand nous essayons de nous tenir à distance."

  • Sur le traçage numérique de nos vies et notre complicité.

"Le Web est une servitude volontaire. Nos vies sont des livres ouverts, des maisons de verre ; parce que nous l'avons voulu, accepté, organisé. Nous sommes les meilleurs mouchards de nos propres vies. Fascinés par les nouvelles technologies nous avons trop partagé, trop montré. Il n'y a pas de marche arrière. On peut juste compter sur la trop grande profusion de données personnelles flottant au-dessus de nos têtes pour espérer rester caché. Par le trop-plein. Moi qui ai tant donné publiquement via Internet, j'ai été happé par le vertige. Trop visible, j'ai pris peur. J'ai coupé tous les fils."

  • Sur la violence des images en ligne.

"Je n'ai aucune opinion tranchée. Je sais juste que pas grand monde n'est préparé à ce flux continu de violence et de mort. Et cela va avoir des effets dont je vous avoue que je ne sais pas d'avantage les mesurer que les prévoir... Ni personnellement ni collectivement."

Pour en savoir plus sur Guy Birenbaum

Dernier T-Shirt partagé sur le Tumblr des T-Shirts de Guy Birenbaum

Son dernier livre : Vous m'avez Manqué. Histoire d'une dépression française. 2014, Les Arènes.

Son blog personnel, l'épicerie.

Son blog sur le Huffington post suspendu en mars 2014.

Son compte sur Twitter.

Sa chronique quotidienne, l'Autre Info, sur France Info.

Son Tumblr de T-Shirts

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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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Commentaires

  • Comme s'il revisitait mon histoire sur le web....!

    Même sans avoir lu le livre en question, j'ai l'impression d'y voir transposer certains faits de mon vécu, une série de mes déboires et blocages voire mes échecs: c'est vrai Ziad, vous m'avez aussi beaucoup manqué sur le web. Je ne l'ai pas voulu, c'est l'enchainement des évènements de ma vie qui en a décidé ainsi. Et c'est bien regrettable que mon blog LE BURKINABÈ sur mondoblog végète ainsi à cause de ces impasses! C'est Dieu qui est fort et je me battrai pour ne pas vous décevoir; je saurai bien vous faire comprendre que je ne suis point un fainéant, ni une marmotte et moins encore un perturbateur venus retarder la bonne marche de vos émissions (ATELIER DES MEDIAS, MONDOBLOG). Dites-moi enfin comment je pourrai bien avoir ce livre pour bien le feuilleter ? Merci

    • Merci pour ce message. Ce qui est sûr c'est que nous sommes au service de nos audiences et non l'inverse donc pas de souci pour tes silences et absences, c'est ton droit. Pour le livre, je vais me renseigner pour voir s'il existe en epub sinon nous pouvons t'envoyer notre exemplaire quand Simon l'aura lu.
      • Bien vu: "nous sommes au service de nos audiences et non l'inverse"! Merci pour tout!

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