Viva Riva ou la notion de fiction

Avez-vous entendu parler de Viva Riva le film du congolais Djo Munga ? Peut-être même l'avez-vous vu ?

Moi j'ai vu ces deux affiches dans le métro parisien le mois dernier. Et il n'y a pas à dire, l'affiche m'a tout de suite happée. Le choix des couleurs, ce visage au regard mi-inquiétant, mi-séduisant m'ont fait reculé alors que j'étais pressée comme toujours et comme tout le monde dans le métro. Et lorsque j'ai réalisé ce film se passait à Kinshasa, çà a été comme une bouffée de plaisir, j'ai pris quelques photos en me promettant d'aller le voir avant de quitter Paris. J'ai été bien déçue d'apprendre par un ami que le film ne sortirait qu'après mon départ. Grrhhh ! J'ai compris qu'il me faudrait attendre un moment avant de pouvoir le voir, parce que je doutais de l'arrivée de ce film dans la bonne ville de Chambéry. Et çà s'avère exact, car à ce jour, ce film n'est pas programmée dans ma ville de résidence.


Entre-temps, j'ai parlé de ma frustration à des amis parisiens qui avaient justement l'opportunité de voir le film. J'ai été assez surprise des réactions des congolais des deux rives, surtout de ceux de la RDC particulièrement concerné puisque l'action se déroule à Kinshasa.


"Ce n'est pas un film congolais..."

Pour tout dire, j'ai eu droit à des
"ce n'est pas un film congolais...",heu oui ! pardon ? Réalisé par un congolais, l'action se passe à Kinshasa et ce serait un film...Japonais peut-être ?Et attention, il s'agit de personnes qui se plaignent sans cesse, qu'il n'y a jamais de films africains au cinéma et qui ne vont pas au cinéma quand il y'en a un qui sort.
 J'ai également entendu, mais cette fois de la part de quelques personnes qui l'ont vu :
"c'est un film de vendu, il n'y a que des mensonges dedans et en plus çà sent la main de l'état à plein nez" . Ah bon ? Vue l'affiche, çà m'a plutôt l'air d'un film d'action avec tout ce que çà peut comporter comme ingrédients de subversion, pas vraiment le genre à plaire à un état post-marxiste qui ne voudrait montrer que le côté "tout va bien dans le meilleur des mondes", mais bon, admettons.

Quid du FILM en lui-même, du sujet, du jeu des acteurs, de la façon dont la ville a été filmé, de la musique, bref de tout ce qui fait qu'on a envie d'aller dans une salle de cinéma ? RIEN ! Aucun commentaire, juste une heure de discussion stérile sur le gouvernement. Quand je dis une heure, ils ont continué longtemps après, parce que je suis partie. En fait, j'ai eu tout à coup comme un sentiment de "déjà vu". Le fait est même si le groupe n'était pas le même, je me suis retrouvée dans la même situation, avec le film de
Mahamat Saleh Haroun "Un homme qui crie" qui a eu un prix à Cannes. J'ai adoré ce film tchadien sur les relations père/fils avec la guerre en filigrane. Cette fiction m'a fait sourire et pleurer à chaude larme à la fin, je suis restée scotchée dans la salle.
Là aussi, au lieu de parler du film, le groupe dans lequel j'étais s'est mis à parler du président. Alors bien sûr, comme la guerre est une composante du film, çà me paraissait logique d'en parler au début, mais là aussi, le réel a pris le pas sur la fiction et uniquement dans un sens. Oublié le film, et la façon dont le réalisateur nous présente le quotidien d'une famille lambda, le problème de communication d'un père et son fils, le décalage de projection, le remords, la folie, la rédemption, le suicide, enfin bref autant de thèmes qui sont abordés, mais non.


Puisque l'histoire semble se répéter pour moi en tout cas, je me suis demandée si je ne devais pas sortir de ma zone de confort et voir ce que des personnes hors de mon entourage pensent de la notion de fiction. Pour moi un film n'est pas un documentaire mais une fiction, même si les faits sont réels ou s'inspire de personnages réels comme par exemple dans le
Lumumba de Raoul Peck, Le Dôlé d'Imunga Ivunga, le Karmen de Joseph Gay Ramaka pour ne citer que les premiers qui  me viennent à l'esprit et que j'ai vraiment aimé. Mais c'est ma vision de cinéphile, j'aimerais avoir d'autres avis.


Je n'ai pas encore vu
Viva Riva, et ce n'est pas grave en soit, je reparlerais du film en lui-même quand je l'aurais vu. Ce que je veux savoir, ce qui m'interpelle là tout de suite, c'est la notion de fiction.


Est-ce qu'un film doit forcément représenter le réel pour vous ?

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • Petite conclusion de la matinée sur le sujet :

    J'ai finalement vu Viva Riva le week-end dernier à Paris et je dois dire que je ne regrette pas du tout, de ne pas avoir voulu voir la bande annonce avant. Je ferais un article post vision pour en rendre compte, il y'a du bon, du moins bon et du superflu, mais je dois dire que je retournerais le voir et que j'acheterais le DVD parce que pour moi ce film marque un tournant dans le cinéma africain.

  • Merci Moussa, pour avoir rassembler divers articles sur la question. Cela nous permet d'en apprendre un peu plus à travers ceux qui ont écrit sur la question. J'avoue ne jamais avoir entendu parler de Michel Zévaco ou de Hans Vaihinger par exemple.

    En revanche les notions de "Et si c'était vrai" et  du "comme si" me parlent tout à fait.

    Et pour en revenir à Viva Rica, en avez-vous entendu parler par chez vous ? Peut-être est-il sorti ? Je sais qu'il a fait un peu le tour du continent africain, mais je ne connais pas le nom des pays précisemment.

    Et sinon quel est votre film préféré Moussa ?

    A bientôt

  • De Moussa ndiaye à Vous
    Envoyé vendredi

    bonjour

    je vous donne fiction et realite malgres le peu de temp que j'ai.

    Tous les faits présentés dans une fiction ne sont pas nécessairement imaginaires ; c'est le cas par exemple du roman historique, qui se fonde sur des faits historiques avérés, mais qui profite des vacuités de l'Histoire pour y introduire des personnages, des événements, tirés de l'imagination de l'auteur (comme dans Les Pardaillan de Michel Zévaco).

    Mais si les événements ou les personnages sont imaginaires, ils ne doivent pas pour autant être irréels : pour qu'une fiction fonctionne, il semble nécessaire que le récipiendaire de la fiction puisse adhérer à ce qui est décrit. Des événements absurdes, des personnages incohérents sont autant de choses qui coupent le lecteur ou le spectateur du récit.

    La fiction doit donc créer une impression de réel : l'individu à qui la fiction s'adresse doit pouvoir croire, pendant un temps limité, que ces faits sont possibles.

    Cette suspension de l'incrédulité est la plus évidente dans le cas de fictions dépourvues d'éléments fantastiques, comme le roman policier, ou le roman historique. Les événements qui y sont relatés, malgré ou grâce à leur esthétisation, peuvent arriver à quelqu'un. Dans le cadre de la science-fiction, ils doivent représenter un futur plus ou moins plausible. Les avancées technologiques de l'humanité ne sont pas nécessairement à l'origine de ce genre de travaux, mais en représentent souvent le cadre.

    Le cas du fantastique est encore différent. H.P. Lovecraft ou Stephen King décrivent souvent des individus au quotidien banal dont la vie dérape plus ou moins soudainement, l'œuvre décrivant alors la manière avec laquelle ces personnages tentent de réagir (souvent assez mal) à ces situations auxquelles rien ne les a préparés. La suspension de l'incrédulité est plus forte ici que dans les romans plus classiques, ce qui explique probablement pourquoi cette littérature est souvent considérée comme un genre mineur. Comme pour la série X-Files, ces récits reposent sur la question : « et si c'était vrai ? »

    Pour les contes ou le médiéval fantastique (heroic fantasy), il ne s'agit pas pour le lecteur/spectateur de croire temporairement en la véridicité des faits présentés. Les contes décrivent alors de manière métaphorique l'univers dans lequel vit l'enfant. Dans le cadre du médiéval fantastique, c'est la cohérence de l'univers qui permet au récipiendaire de croire en la plausibilité des événements, dans un univers fonctionnant selon d'autres règles que le nôtre.

    Le philosophe Hans Vaihinger a développé dans La Philosophie du « comme si » (1911) une théorie selon laquelle toute connaissance, même scientifique, est fiction. Nous ne connaissons que les phénomènes, et construisons des modèles scientifiques pour les penser, mais ne pouvons pas à proprement parler connaître l'essence des choses... Avant lui, le philosophe italien Giambattista Vico, auteur de "La Science nouvelle" (édité de 1725 à 1744), avait souligné la portée ontologique de la "fiction" depuis sa parenté étymologique avec le "fait". Depuis lors, les développements de la linguistique (et de la poétique), de la phénoménologie comme de la philosophie analytique ou de la psychanalyse (en particulier avec Jacques Lacan qui parle de la "structure de fiction" de toute théorie) ont développé des conceptions à la fois plus larges et plus précises de la fiction. Les questions suscitées par la relation entre réel et fiction ont amené entre autres à distinguer le "réel" irréductible à toute représentation et la "réalité", toujours façonnée par des langages et donc toujours marquée de "fiction". Les progressions des sciences et des techniques n'ont fait que souligner ce questionnement radical dont l'inflation actuelle du mot "virtuel" constitue le symptôme.

  • A vrai dire Trésor, je pense que du simple fait de la subjectivité de l'aueur ou du réalisateur, la fiction prend de facto une place dans une oeuvre même dite historique. Je me défie du reste des romans ou films dits historiques parce que l'histoire est écrite par les vainqueurs et qu'ils ont tendance à la raconter en tronquant un grand nombre de faits réels qui ne vont pas dans le sens de leurs thèses. Cela ne m'empêche ni de les lire(romans), ni de les voir (films ou documentaires).

    Mais revenons à toi, quel est ton film préféré ? Et quel sujet choissirais tu si tu avais la possibilité de réaliser un film ? J'ai fais un pari avec moi même sur ton thème de prédilection et j'aimerais bien savoir si je ne suis pas trop loin.

     

  • De Trésor MOKIANGO envoyé 05051818

    Une fiction est une histoire fondée sur des faits imaginaires plutôt que sur des faits réels. Les personnages qui y sont décrits sont dits  personnages fictifs. Mais il faut savoir que tous les faits présentés dans une fiction ne sont pas nécessairement imaginaires ; c'est le cas par exemple du roman historique, qui se fonde sur des faits historiques avérés, mais qui profite des vacuités de l'Histoire pour y introduire des personnages, des événements, tirés de l'imagination de l'auteur.

  • Après la mise en ligne de ce sujet, j'ai envoyé un mail à mes contacts sollicitant leur avis, j'ai de fait créer un doublon, si bien que certains m'ont répondu directement par mails, alors je vais copier/coller leur avis et y répondre ici pour faire cesser la chaine.

     

  • @ Kano  : merci de ton intervention, pourrais tu développer un peu sur ce qui t'a plu dans ce film ?

     

  • Bonjour Charles,

    Navrée pour ce retour tardif, qui je l'espère ne nous empêchera pas de poursuivre l'échange.

    Oui bien sûr imaginaire et irréel ne sont pas synonymes, on peut imaginer des choses tout à fait réalistes, ou possibles dans un futur lointain dixit Jules Verne et son imaginaire visionnaire. J'aime bien l'idée que tu évoques selon laquelle "la fiction  explore un monde de tous les possibles" , c'est sans doute ce qui m'attire dans les arts et dans le cinéma en particulier.

    Je suis d'accord avec toi sur le fait que même basée sur des faits réels, la subjectivité du réalisateur, sa part d'imaginaire en fait une fiction, je pense notamment au "Lumumba" de Raoul Peck, le réalisateur est actuellement jury au festival de Cannes d'ailleurs. Nous avons des faits, mais ce qui fait le sel de la fiction par rapport au documentaire, c'est que le réalisateur peut justement pour servir une thèse ou la contredire, titiller notre imaginaire en nous montrant d'autres possibilités.

    Quel est ton film préféré Charles ? Et quel sujet choisirais tu, si tu pouvais faire un film ?

    A bientôt

  • Salut Grace,

    Il est tout a fait vrai que la notion de fiction (cinema), est voisine de l'imaginaire. Cependant l'imaginaire dans un film de fiction n'est pas synonyme de l'irreel. S'il est vrai que la pluparts des acteurs sont imaginaires, ils incarnent cependant des realites reelles ou des realites possibles.La fiction ne presente pas un monde des impossibilites, mais plutot celui de tous les possibles.

    Meme dans un film historique comme celui de Titanic, il y a toujours un cote "fictif" qui invite l'homme a "croire" au possible. La fiction, c'est tout simplement une invite a l'humanite de franchir des ponts vers des realites qui lui font peur ou qu'il ignore.

  • Jai appréciez ce film
This reply was deleted.

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...