Violence à l’image : quelle incidence ?

Je reviens cette semaine sur la mission d’information consacrée à « l’insécurité sur tout le territoire » qui s’intéresse notamment au rapport entre violence et médias.

Faut-il, peut-on établir un lien entre la violence dans les médias et l’insécurité ? C’est la délicate question à laquelle s’efforce de répondre une mission parlementaire, présidé par le député socialiste Jean-Pierre Blazy, qui a auditionné mercredi, à l’Assemblée nationale, deux chercheurs Divina Frau Meigs et Didier Courbet. Et ce qu’ont relaté ces deux universitaires a de quoi secouer pas mal de nos assurances. On entend souvent dire, par exemple, qu’il n’y a pas de causalité prouvée entre la violence à la télévision et l’augmentation des délits. C’est vrai qu’il n’y a pas en France, comme aux Etats-Unis, d’études expérimentales sur l’incidence des  programmes violents dans la société. Mais pour  Didier Courbet,  professeur à l’université d’Aix Marseille, il suffit de regarder cinquante ans de recherches américaines pour établir des corrélations assez nettes.

Selon lui, c’est même une certitude : « les images violentes rendent davantage violents ». Le chercheur cite le cas de combats de boxe retransmis aux Etats-Unis qui ont une incidence sur le nombre d’homicides et même sur la couleur de peau des victimes, suivant que le boxeur battu a la même origine. Quand il y a beaucoup de crimes à l’arme blanche à la télé, on constate aussi une recrudescence de crimes à l’arme blanche. Chez les ados, il y a une augmentation de la violence chez ceux qui ont visionné des programmes violents, à fortiori quand ils sont déjà agressifs. De même, un enfant de huit ans exposé à un programme violent a plus de chances de reproduire à 18 ans ces comportements. Enfin, la surconsommation de violence à l’écran tend à désensibiliser le téléspectateur qui se sent alors moins en sympathie avec les victimes.

Divina Frau Meigs, professeur à Paris 3, rappelle de son côté que ce sont souvent les femmes qui sont victimes de cette violence par l’image. Que ce soit à travers les séries policières ou avec la pornographie. La chercheuse invalide l’idée de catharsis, selon laquelle le spectacle de la violence permettrait d’expurger les passions. Au contraire, d’après elle, les effets se font sentir à court ou long terme. Avec 10000 actes violents par an en moyenne sur les écrans et 1600 heures des ados devant l’écran contre 50 heures devant leurs parents, elle estime urgent d’encadrer cette violence protéiforme. Une violence qu’on retrouve à la télé bien sûr, mais aussi dans  les jeux vidéos ou sur Internet. Dès lors, on ne peut plus se contenter d’heures de diffusion tardives ou d’avertissements. Faut-il des filtres ou miser sur l’autorégulation ? Le débat ne fait que commencer.

L’actu des médias, les médias dans l’actu : tel est le propos de la chronique d’Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies, qui se propose de décrypter ce qui change les médias à l’ère numérique. Les évolutions technologiques, la crise des modèles classiques, les nouveaux vecteurs d'information... Tels sont quelques-uns des éléments qui seront explorés sur la planète média. Tout en couvrant les grands événements «médias» qui touchent la France. Une attention particulière sera accordée à l'actualité internationale des médias, notamment intéressant les pays du Sud. La chronique pourra revenir aussi avec un regard critique sur la façon dont les médias couvrent certains événements et sur la façon dont les médias sont eux-mêmes transformés par une actualité qui leur est propre.

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Amaury De Rochegonde
Journaliste, rédacteur en chef-adjoint à Stratégies, spécialités Médias et RH, chroniqueur @RFI

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