Villes intelligentes : un dialogue international difficile

Cette semaine j'ai souhaité vous parler de la difficulté du dialogue entre les personnes qui s’intéressent aux villes. Je viens de participer à une réunion organisé à Bordeaux par le club du 21ème siècle (le club qui montre comment la diversité est une chance pour la France) autour du thème de la ville intelligente. Il y avait environ 50 Chinois et 50 Français, tous entrepreneurs et cadres dirigeants d’entreprises ou d’institutions publiques. Nous avons écouté beaucoup de choses passionnantes et, en même temps découvert que le dialogue concret n’est pas facile. En comprendre les raisons me semble utile.


  • La France bénéficie d’une bonne expérience dans le développement des infrastructures urbaines. La Chine est le plus gros marché potentiel dans ce domaine et cherche des partenaires partout dans le monde. Dialogue et collaboration sur le développement des villes intelligentes ne peuvent donc que bénéficier à tout le monde.

  • Un bref rappel d’abord de l’importance du thème en Chine. Trois chiffres en donnent une « petite » idée : il y a aujourd’hui 193 villes intelligentes pilotes et 1839 programmes en cours. En 2015 seulement, 2 milliards d’euros seront investis dans ces projets.

  • Face à cela EDF, Vivendi, Veolia, GDF-Suez, la SNCF, pour ne mentionner que quelques entreprises françaises, sont sur les rangs avec des offres concernant l’électricité, le traitement des déchets, l’eau, les transports etc.

  • Mais en nous accueillant au début de la conférence (Fanchen Meng, du cabinet de chasseurs de têtes Heidrick & Struggles, a introduit les débats en disant : «  Nous aimerions que vous nous aidiez en nous montrant des cas de villes intelligentes françaises exemplaires. » C ‘est l’agglomération dans son ensemble qui l’intéresse, plus que les technologies séparées du type de celles proposées par les entreprises françaises.

Les difficultés des relations avec la Chine

Je crois que ça va plus loin et que cela illustre les difficultés des relations avec la Chine.

  • Le professeur Claude Rochet, qui enseigne à l’Institut de Management Public et de Gouvernance Territoriale d’Aix-en-Provence attribue la difficulté du dialogue au fait que les Français tendent à prendre les problèmes secteur par secteur alors que les Chinois« qui ont tout compris » dit-il - l’abordent de façon intégrale« Ils ont une vision industrialisante du développement des smart cities qui établit une corrélation entre urbanisation et développement, »m’a-t-il précisé par mail. « La politique urbaine est un élément clé d’une politique de développement industriel économique, social et politique.»


  • Les Européens, par contre, « ont des offres sectorielles performantes et pensent leur politique en termes d’offres sectorielles. »

  • Lors d’une conférence européenne tenue à Amsterdam l’an dernier, Terence Yap, CEO de Smart China, opérateur chinois pour villes intelligentes, avait expliqué: « Une approche holistique de la planification urbaine est vitale pour s’assurer que la ville est à l’épreuve du futur. » Beaucoup d’entreprises le disent mais ne le font pas toujours. En Chine, c’est essentiel.

 

Il y a des propositions de plateformes centralisant l’action de tous les départements d’une

municipalité comme dans le cas de Rio de Janeiro . Elles ne répondent pas précisément à cette demande et pourtant elles sont indispensables pour les entreprises qui ont intérêt à cette approche centralisée et orientée techno car elles y voient un business model clair, celui de la collecte de données et du management, » m’a expliqué Leila Turner directrice adjointe de la société française qui participait à la conférence.

La logique est claire mais la difficulté profonde quand il s’agit des smart cities et de la Chine. Pour Claude Rochet « la pensée positiviste occidentale privilégie une vision techno-centrée et non systémique de la ville, comme addition de systèmes techniques », ce qu’il appelle « la collection de smarties".

« Alors que les Chinois ont une vision stratégique holistique du développement urbain, les Occidentaux n’ont qu’une vision bien souvent commerciale qui ignore les grands enjeux et peine à intégrer la dimension systémique de la ville. »

Comme quoi même quand on parle de technologie la culture compte. Ce qui me fascine avec les villes c’est qu’elles le rendent manifeste.

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Francis Pisani
@francispisani
Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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