A l’occasion de la 28ème édition du festival de photojournalisme Visa pour l’image, je me suis rendue à Perpignan dans le sud de la France. J’y ai fait deux rencontres : le photojournaliste américain qui tâte Instagram David Guttenfelder et le lauréat du prix “Visa de l’information numérique”, Magnus Wennman.

Du 27 août au 11 septembre, comme chaque année depuis 28 ans, se tient à Perpignan le festival international du photojournalisme Visa pour l’image.
Alors que la réalité virtuelle, les objets connectés et les robots débarquent doucement dans notre quotidien, la photographie évolue quant à elle assez calmement. Doucement mais sûrement, ses pratiques évoluent. Exemple de cette évolution avec deux photojournalistes copains avec le web : David Guttenfelder et Magnus Wennman.

Il se sert de son smartphone pour photographier la Corée du Nord

David Guttenfelder (© Manon Mella)

David Guttenfelder a travaillé pendant 20 ans pour l’agence Associated Press avec qui il s’est rendu dans près de 100 pays à travers le monde. En 2011, Associated Press ouvre un bureau en Corée du Nord (c’est la première agence à avoir pu le faire). David Guttenfelder s’y rend alors plus d’une quarantaine de fois. Il fait partie des rares personnes à avoir pu découvrir ce pays où l’image est la plus contrôlée au monde. En 2013, la Corée du Nord permet enfin aux visiteurs étrangers de conserver leur smartphone et d’accéder à une connexion 3G. Une vraie révolution.

“Lors de mon premier voyage, les vitres du bus et de ma chambre d’hôtel étaient peintes en noir. Mais en 2013, l’autorisation d’utiliser Internet et les téléphones mobiles a été une vraie révolution (...) Je me suis mis à utiliser Twitter, Instagram, Foursquare, Snapchat ou Google Maps. Sur Google Maps, tout était vide. J’ai inscrit des noms pour les rues et les places, je me sentais comme un explorateur !”

Des vétérans nord-coréens de la guerre de Corée pénètrent dans un cimetière militaire lors du 60e anniversaire de l’armistice qui a mis fin aux hostilités dans la péninsule.
Pyongyang, Corée du Nord, 24 juillet 2013. © David Guttenfelder / Associated Press

Le photojournaliste profite donc de l’opportunité et commence à photographier le pays avec son téléphone ce qui lui permet de se faire plus discret, de prendre des photos sans que personne ne le remarque...Et cela donne des photos candides, authentiques, moins “gouvernementales”. La connexion 3G étant rendue enfin possible pour les étrangers, David Guttenfelder décide de créer un compte Instagram pour partager ses photos. Sur son compte, et contrairement à beaucoup d'autres photographes, il ne partage que des photos prises avec son téléphone.
L’iphonographie et le format carré forment désormais sa “patte artistique” et cela lui a valu quelques prix. David Guttenfelder a été nommé “photographe Instagram de l’année” en 2014 par le magazine TIME. Il a également reçu le Prix Shorty de la photographie en ligne et le Prix du journalisme en ligne. Il a également animé la conférence "Instagraming the News", lors de la conférence SXSW. Aujourd’hui, ses photos Instagram connaissent un vrai succès, son compte possède près d’1 million d’abonné(e)s.

“Je crois que les photojournalistes doivent jouer un rôle dans l’avenir des tendances qui se dessinent sur le web. J’encourage mes collègues à aller sur les réseaux sociaux”.

David Guttenfelder a appliqué ses pratiques développées en Corée du Nord dans son pays, les États-Unis. Je lui ai demandé de me montrer quelques photos prises aux États-Unis et de me raconter l'histoire qui va avec. C'est à écouter et à voir dans le lecteur ci-dessous.


Une vidéo animée pour vous plonger dans les souvenirs d’un enfant réfugié

FATIMA’S DRAWINGS from Magnus Wennman on Vimeo.

Le Prix « Visa de l’information numérique » a été décerné à Magnus Wennman. Ce photojournaliste suédois a été récompensé pour son projet "Fatima's Drawings", produit par le quotidien suédois Aftonbladet. Cette vidéo de cinq minutes plonge l’internaute dans les souvenirs de Fatima à travers ses dessins (que le photographe a voulu animés).

Fatima est une fillette de 9 ans qui a fui la Syrie pour se réfugier en Suède, avec sa mère, Malaki, et ses deux frères et sœurs. Durant son voyage en bateau, Fatima a vu une femme accoucher. Le bébé est mort-né et a été directement jeté à l’eau. Fatima est habitée par ce souvenir qui ne la quitte jamais. Des souvenirs comme ça, elle en a beaucoup, trop. Alors pour aller mieux, elle couche ses pensées sur du papier. Elle dessine tout le temps. C’est sa matière préférée à l’école.

A travers cette vidéo, Magnus Wennman pose la question de l’inconscient et du développement psychique perturbés des enfants qui subissent les traumatismes de l’exode. Le photographe suédois se préoccupe beaucoup de cette problématique. Il avait déjà travaillé sur le sommeil des enfants réfugiés au long de leurs périples dans une série intitulée “Where the children sleep”.

Le Visa d’or de l’information numérique est un prix parrainé par France Médias Monde

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Journaliste en contrat pro à l'Atelier des Médias de RFI
Twitter: @manonmella

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