Bien que la production de riz de la Vallée de l’Artibonite, située à environ 150 kilomètres au Nord de la Capitale haïtienne, Port-au-Prince, soit la plus importante du pays, la mauvaise organisation du marché, la libéralisation de l’importation et le manque d’encadrement aux agriculteurs, ont considérablement limité le développement de la filière. Toutefois, pleins de petits projets émergent ces dernières années pour valoriser tant la production que la commercialisation du riz de la vallée. C’est le cas par exemple, des initiatives du Rassemblement pour l’Avancement des Coopératives de Production Appropriée et le Bien-Etre Alternatif  (RACPABA), en partenariat avec l’ONG OXFAM International. Mais, ce ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan.

Avec plus de 565 mille tonnes métriques consommés annuellement, le riz constitue la base de l’alimentation de la population haïtienne. Cette consommation est largement dominée par l’importation. Selon les résultats d’une étude réalisée en 2012, par l’Institut Interaméricain de Coopération pour l’Agriculture (IICA), pour la seule année fiscale 2009-2010, les importations de riz se chiffraient à 363.905 tonnes, soit une valeur moyenne de 206 millions de dollars américains. Pourtant, pour cette même période, la production nationale était estimée à environ 100 mille tonnes. Celle-ci ne représentait que  moins de 10% de la consommation totale annuelle.

La baisse de la production rizicole haïtienne est la conséquence de la libéralisation de l’importation et du manque d’encadrement aux agriculteurs. D’après l’OXFAM, avant 1981, Haïti produisait environ 124 mille tonnes métriques de riz. Vingt ans plus tard, soit en 2002, le Conseil National de Sécurité Alimentaire, CNSA, a rapporté que cette production a chuté de plus de 41%, passant ainsi à 72.800 tonnes.

Pour renforcer la filière dans le pays et réduire du même coup l’impact  de son importation sur l’économie nationale, plusieurs petits projets de développement ont vu le jour, ces 10 dernières années, dans plusieurs zones  de production rizière du pays, en particulier au niveau de la vallée de l’Artibonite. Avec ses 28 mille hectares de terre irrigués sur 38 mille irrigables, cette vallée arrosée en grande partie par les eaux du fleuve Artibonite, représente à elle seule près de 73% de la production nationale de riz. La réalisation de  certains travaux d’infrastructures hydro-agricoles ainsi que des études sur le développement de nouvelles variétés de riz, ont permis une nette augmentation au niveau de la rentabilité, passant ainsi de 2.4 à  plus de 5 tonnes à l’hectare, sur certaines parcelles de démonstration.

Malgré tout, la filière continue de souffrir de nombreux problèmes dans la région, parmi lesquels la disponibilité en eau, en intrants, en service de labourage, le manque de technicité des planteurs, ainsi que la valorisation de la production.  Face à ce lamentable constat, les riziculteurs  de la Vallée ont donc décidé de prendre leur destin en main. Ils ont ainsi créé en 2001, le Réseau des associations coopératives pour le commerce et la production agricole du bas Artibonite (RACPABA),  qui se définit désormais comme, « Rassemblement pour l’Avancement des Coopératives de Production Appropriée et le Bien-Etre Alternatif ». Cette coopération, qui compte aujourd’hui plus de 600 membres regroupés au sein de 7 grandes associations de cultivateurs, apporte son soutien de multiples façons : elle relie les agriculteurs, les négociants et les transformateurs; elle regroupe les petits exploitants agricoles pour vendre en gros; elle permet aux agriculteurs de se faire entendre au niveau national et contribue à valoriser la filière.

Grace à un appui financier de l’ONG OXFAM, le RACPABA possède dorénavant un centre de transformation de Riz de standard international. Situé à l’Estère,  commune du département de l’Artibonite, ce centre équipé de matériels flambant neufs, permettra une amélioration de la qualité du riz destiné à la commercialisation, souligne l’Ingénieur-Agronome Douby Exantus. Cet officier de suivi et évaluation à OXFAM, qui travaille depuis sept ans au niveau de la vallée, ajoute que le centre est doté de deux moulins. Chacun d’entre eux a la capacité d’éplucher  environs 1250 kilogrammes de riz, à l’heure.  Apres l’introduction du riz de paddy ou non décortiqué dans la cuve de ces moulins,  il est transformé en riz blanc, prêt à être ensaché, pour être ensuite commercialisé sur le marché. Aujourd’hui, le riz produit par le RACPABA est disponible dans presque tous les supermarchés et boutiques du pays, se réjouit le vice-président de l’organisation, M. Frantz Dieujuste.  

A côté de la transformation, d’autres riziculteurs travaillent aussi sur de nouvelles méthodes d’intensification de la production rizière. L’agronome Franklyn Benjamin est à l’origine de cet effort. Détenteur d’un doctorat en riziculture, cet entrepreneur a déjà  introduit sur le marché haïtien de nouvelles variétés de riz, telles, le riz Chella, chelda et Betha, des variétés hautement concurrentielles. Aujourd’hui encore, le spécialiste intensifie ses recherches sur la réintroduction et la régénération du Riz la Crète à Pierrot, communément appelé la Crète, une variété de riz endémique à Haïti, qui est pourtant, en phase d’extinction. Des techniciens d’OXFAM continuent également d’exécuter des études sur d’autres parcelles de démonstration.

Ces petits projets ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan.

« Pour un véritable développement de la filière rizicole du pays, des initiatives beaucoup plus consistantes doivent être entreprises », selon M Ricot Jean Pierre, Directeur de Programme au sein de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif, PAPDA. Ce travailleur Social, également Gestionnaire en Développement Economique et Territorial, plaide pour un plus large investissement dans ce secteur.

Cette recommandation est malheureusement tombée dans l’oreille d’un  sourd, puisqu’on est déjà au 7e mois de l’année fiscale 2013-2014. Et, jusqu’à présent, le budget de l’ODVA (Organisme de Développement de la Vallée de l'Artibonite), qui est en charge des Projets d'Entretien du grand système d'Irrigation et de drainage, ainsi que des Projets d'Intervention d'urgence au niveau de la Vallée, n’est pas encore débloqué, déplore l’ingénieur-agronome Samuel D’Haïti, directeur de la production végétale à l’ODVA. Cent treize millions trois cents soixante et un mille cinq cent trente-neuf gourdes (113 361 539) gourdes, tel était le montant alloué à l’ODVA dans ce document de budget. Il ne représente que 1,57% du montant total destiné au secteur agricole, qui lui-même se chiffrait à environ 7 milliards de gourdes, soit moins de 5% du budget national.

« Cette maigre enveloppe budgétaire consacrée à l’agriculture, ne peut en aucun cas permettre le développement de la filière», a renchéri d’un autre côté, le représentant de la PAPDA. Ricot Jean Pierre se montre très critique face au comportement des autorités gouvernementales qui, dit-il, parlent de relance de la production agricole nationale, alors qu’en plus des Riz importés des Etats-Unis, elles ouvrent aujourd’hui, son marché à l’importation du riz vietnamien.

Pour Vincent Maurepas Auguste, directeur associé d’OXFAM, « le riz est une denrée hautement stratégique en Haïti, et ses enjeux politico-économiques sont de taille ».  Il se rappelle des émeutes de la faim d’avril 2008, déclenchées suite à une hausse des prix du riz  sur le marché local entrainant ainsi, le renvoi par le Senat haïtien, du chef du gouvernement d’alors, Jacques Edouard Alexis.

Malgré toutes ces contraintes, le RACPABA ne veut en aucun cas lâcher-prise, et son président est ferme là-dessus. M Dieula Bien-Aimé compte poursuivre ses campagnes de plaidoyer pour une meilleure prise en charge de la filière rizicole du pays, en particulier au niveau de la vallée de l’Artibonite.

Louiny FONTAL

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