Vélo do Brasil, le road-movie de la coupe du monde

Velo do Brasil” c’est l’épopée de deux cyclistes, Raphaël Krafft et Alexis Monchovet, qui ont décidé de parcourir le Brésil à vélo alors que le pays s’apprête à vivre pendant un mois au rythme de la Coupe du monde de football. De Belém (Nordeste) à Rio de Janeiro, les deux compagnons se servent de leur mode de transport pour rencontrer des Brésiliens et raconter leur quotidien à une “période charnière de son histoire”.

“Velo do Brasil” a commencé sur les réseaux sociaux (Facebook,YoutubeInstagram) et se prolonge à la télévision sur France 4 avec une websérie quotidienne dans laquelle Raphaël et Alexis racontent l’avancée de leur périple à deux roues.

Raphaël Krafft est notre invité de cette semaine. Par ondes interposées, en direct d’un village du Pernambouc, il nous raconte comment il a choisi, avec Alexis, de couvrir un tel évènement mondial, à leur façon.

Partis le 20 mai de Sao-Luis au Nord du pays, les deux complices se sont fixés pour objectif d’arriver à Rio de Janeiro à l’occasion de la finale de la Coupe du monde le 13 juillet . Un événement qui permet aux journalistes de se tourner vers le Brésil : “Avec la crise sociale, le mécontentement quant à l’organisation de ce Mondial, il nous a semblé intéressant de tenter modestement de sentir l’âme d’un pays”. C’est avec une “subjectivité assumée” que les deux cyclistes ont choisi de raconter leur voyage au cœur d’un pays qui organise un événement d’ampleur internationale.

Un événement mondial qui libère le mécontentement local

Image: Instagram velodobrasil

Au Brésil, une partie de la population profite de l’événement pour manifester son mécontentement vis à vis de la situation sociale du pays. Dès leur arrivée à Sao Luis, le 20 mai, Raphaël et Alexis on été accueilli à la Maison des étudiants de l’université de la ville où la contestation est très forte : “On a été logé par Manuel et Ricardo qui sont des militants anti-mondial affirmés”. Une contestation qui est beaucoup moins visible dans les villages explique Raphaël, “mais à force d’interroger les gens au sujet de l’organisation de cette Coupe du monde on se rend compte que même les footballeurs amateurs ne cachent pas leur mécontentement à propos du Mondial”. L’expression d’un mécontentement qui ne cesse de se confirmer à mesure que les deux hommes avancent sur leur route confie Raphaël. “On se rend compte que l’image du Brésil d’un pays tropical, du carnaval, de la Samba est largement erronée parce que l’on filme, ce que l’on enregistre”. Raphaël et Alexis se font les témoins de la jeunesse “qui en a marre de montrer cette image là du Brésil”.

"80% de la population au Brésil est contre cette coupe du monde. On trouve de l'argent pour les stades, pour la Fifa, pour le luxe de la fifa. Il n'y a pas d'argent pour la santé publique. Quand tu vois qu'à côté ils ont construit le nouveau stade de Fortaleza. Compara les fauteuils confortables du stade avec les couloirs des hôpitaux où les malades sont jetés par terre. Tu comprends? c'est cela dont les brésiliens prennent conscience. Je ne vais regarder aucun match. Je suis même contre la victoire du Brésil et contre la Seleção. " (témoignage)

Un feuilleton quotidien : de la toile à la télévision

Du lundi au vendredi Raphaël et Alexis produisent un feuilleton par jour du lundi au vendredi. Des feuilletons qui sont d’abord publiés sur Youtube, ensuite relayés sur les réseaux sociaux puis diffusés sur France 4 à 20h40 tous les soirs.

Relayer son parcours sur le web et produire un feuilleton par jour pour la télévision quand on est à vélo cela nécessite une bonne organisation :

“Nous avons une équipe de cinq personnes qui nous suit à distance mais avec laquelle nous n’avons pas de relation logistique. Nous les rencontrons une fois tous les deux jours pour échanger nos cartes mémoires afin que cette équipe distante d’une centaine de kilomètres puisse produire les épisodes dans un lieu où il y a une connexion internet. A Paris il y a un compositeur qui compose en temps réel les musiques des épisodes et le tout est envoyé depuis le Brésil”. Un travail à flux tendu donc puisque les deux hommes ont seulement un “écart de deux à trois jours sur ce que l’on vit, ce que l’on filme et ce qui est diffusé”.

Les apports journalistiques d’une telle expérience

D’un point de vue journalistique le fait d’être à vélo est une expérience particulière, ajouté au fait d’être loin et de devoir produire des petites séquences quotidiennes dans un temps limité. Mais pour la première fois Raphaël a le sentiment de parvenir à “raconter un voyage avec un grand “V” dans la mesure où Alexis avec sa caméra arrive à capter des moments de grâce”.
Raphaël et Alexis font certes du journalisme mais “c’est surtout un road-movie”.

“J’ai le sentiment que c’est assez inédit de pouvoir tourner, filmer et diffuser presque au jour le jour un voyage avec toute sa poésie et sa difficulté. A mesure que les épisodes vont être diffusés le voyage va se poursuivre. On commence à lire la fatigue sur nos visages, nos peaux tannées, et ça c’est vraiment quelque chose qui n’a jamais été fait encore”.


Les deux cyclistes décident de “capter les gens dans leur jus”. Ils n’ont réalisé volontairement que deux “interviews” en trois semaines. “Nous n’enregistrons pratiquement que des conversations avec les gens et la particularité du Brésil c’est qu’ils acceptent facilement la caméra”.

“On laisse le hasard se faire”

“Chiquito do Fole, 91 ans et 5 mois et son arrière petite-fille. @velodobrasil le road movie à vélo de la coupe du monde de #futebol.” Instagram velodobrasil

Raphaël et Alexis laissent le hasard guider leurs rencontres. “On ne sait pas du tout où on sera logé”. Un hasard qui fait de ces rencontres des moments équilibrés nous explique Raphaël. “A l’issu du voyage c’est la somme de toutes ces rencontres qui pourra donner à notre voyage un regard, pas objectif, mais équilibré sur ce pays.”

Une manière de faire du journalisme qui nous rappelle le Lab Davanac. Un journalisme mobile et connecté qui offre ici la possibilité de voir comment un événement comme celui-ci est vécu de l’intérieur du pays, en dehors du prisme des médias traditionnels.

Pour suivre le périple de Raphaël et Alexis:

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Journaliste en contrat pro à l'Atelier des Médias de RFI
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