(De Gaborone, Botswana) « U-B », comme on l'appelle ici, est la principale université du Botswana. Dans un pays en pleine croissance, les formations essaient de s'adapter et de s'ouvrir à l'international. Rencontre avec Leapetswe Malete, directeur des partenariats internationaux de l'Université du Botswana.


Nous nous sommes rendus sur le campus de « UB », comme on l'appelle ici. C'est la principale université du pays. Avec ses airs de campus américain, elle accueille 15 000 étudiants en plein cœur de la capitale, Gaborone.


D'où viennent les étudiants qui étudient à UB ?


La plupart sont du Botswana. Seuls 4 % sont étrangers. Beaucoup viennent des pays d'Afrique australe mais nous en avons aussi qui viennent d'Europe (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Finlande, ...), des États-Unis, du Japon et dans le futur – espérons-le – de Chine et de Corée du Sud. Actuellement, nous n'avons qu'un seul étudiant sud-africain. C'est peu comparé aux années 80 et 90, à l'époque de l'apartheid, où ils représentaient 5 à 10 % de nos effectifs. Certains d'entre eux n'avaient pas accès à des hautes études ou aux formations qu'ils souhaitaient chez eux, c'est pour ça qu'ils venaient à l'Université du Botswana et dans d'autres pays de la région. Mais ça a changé. En fait, un grand nombre des universités qui étaient historiquement des universités de blancs ou « de privilégiés » ont ouvert leurs portes aux étudiants noirs. Par conséquent, beaucoup d'étudiants ont préféré rester chez eux, en Afrique du Sud, plutôt que d'aller à l'étranger.


Comment se passent les relations avec les universités des autres pays de la région ?


Depuis plusieurs années, nous avons commencé à nouer des relations avec d'autres universités de la région, comme au Zimbabwe, pour nous aider à nous développer dans plusieurs domaines et notamment dans la formation des professeurs. Mais nous essayons aussi de nous rapprocher avec l'Afrique de l'Est comme l'Ouganda, la Tanzanie ou encore le Mozambique. Et en particulier, nous développons nos partenariats avec des universités sud-africaines pour des échanges d'étudiants, mettre en commun nos compétences et nos domaines de recherche.


Comment se situe l'université du Botswana par rapport à ses voisins d'Afrique du Sud ?


Les universités sud-africaines sont plus puissantes et ont une légitimité historique. Beaucoup d'entre elles existent depuis une cinquantaine ou une centaine d'années. Elles évoluent dans un pays plus grand et une économie plus développée que nous où l'industrie est très développée. Le Botswana est né en 1966 en tant que pays, notre université a été créée en 1982, donc pour nous l'enjeu majeur est de réussir à répondre aux besoins d'un pays dont l'économie est en pleine expansion.


En arrivant sur le campus, nous avons vu plein de camions et de grues. L'université est-elle en train de s'agrandir ?


UB est une université dans un grand pays mais qui est peu peuplé et jeune. Notre université a été créée en 1982 et est en pleine expansion. Beaucoup de formations sont jeunes ou en train d'être créées : une école de médecine, une filière de sciences appliquées ou encore des formations d'ingénieurs. Pour ça, nous faisons appel à des professeurs qui viennent de l'étranger. Ils représentent déjà un tiers des intervenants.


N'avez-vous pas peur de perdre vos meilleurs éléments pour d'autres universités de la région ?


Nous avons beaucoup de chance d'être la seule grosse université au Botswana. Nous avons la crème de la crème des étudiants qui sortent du lycée, même si certains sont obligés d'aller en Afrique du Sud, en Europe ou en Australie pour certaines spécialités mais globalement nous réussissons à avoir la crème de la crème.


Que souhaitez-vous pour l'avenir de l'université du Botswana ?


Mon rêve, c'est que l'université du Botswana devienne une vraie African academy. Capable de répondre aux besoins économiques de notre pays, de la région mais aussi de toute l'Afrique. Mais qu'elle reste aussi vraiment et uniquement africaine dans l'idée qu'elle prenne et fasse rayonner les idéaux d'une société africaine, de la culture africaine, les courants de pensée africains et les identités africaines.

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Et en bonus, interviews de trois étudiants croisés à la fac — en pleine période de vacances, ce sont un peu des « survivants » !

Warona, 20 ans, étudiante en sciences biomédicales à UB, vient du Nord du pays

"Je suis venu à UB et n'avais pas vraiment envie d'aller en Afrique du Sud. C'est un peu dingue là-bas. Bien sûr, j'ai des amis qui y sont allés, d'autres aussi en Australie ou même au Canada. Pour les étudiants en sciences, ça vaut le coup de partir à l'étranger car il n'y a pas toutes les spécialités ici et on n'a pas toujours le matériel le plus perfectionné. Je connais beaucoup d'étudiants botswanais qui partent à l'étranger mais tous souhaitent revenir à la fin de leurs études."

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Kabelo, 20 ans, arrive à UB à la rentrée pour étudier l'économie.

"Je suis venu ici parce que c'est la seule université majeure de mon pays. Bien sûr, j'ai pensé aller en Afrique du Sud. Mais j'ai beaucoup d'amis qui étudient là-bas et certains m'ont découragé. En fait, pas grand chose ne change, si ce n'est ce qu'il y a autour. Le diplôme aussi. Un diplôme de UB a de la valeur au Botswana mais pas encore suffisamment à l'extérieur du pays. J'espère que cela va changer. Ce que je souhaite, c'est devenir un économiste connu au Botswana et développer mon pays pour le mettre sur la carte du monde."

Emedy, 20 ans, vient de Kasane, près de la frontière avec l'Afrique du Sud. Elle fait des études pour devenir puéricultrice.

"Avant, je voulais devenir médecin mais je pense avoir trouvé ma voie en devenant nourrice ; je suis plutôt contente. Je voulais faire mes études en Afrique du Sud parce que j'ai entendu qu'il y a beaucoup d'universités sympa et vraiment meilleures là-bas. J'ai pas mal d'amis qui étudient à Pretoria ou Cape Town. Ça leur plaît. Ils disent pas mal de choses positives. Mais je me sens bien ici et on n'arrête pas de nous dire que nous sommes dans une grande université internationale, il doit bien y avoir une part de vérité là-dedans."


Avec Jean-Louis Dell'Oro

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