Google Glass detail, par Antonio Zugaldia (Wikimedia Commons)

 

Aujourd’hui je souhaite revenir sur trois histoires différentes qui ont en commun l’accès à l’internet. Il s’agit d’un mélange d’expériences personnelles et de réflexions sur la condition connectée qui nous caractérise de plus en plus… avec ses bons et ses moins bons côtés. Du pistolet imprimé à la maison à un match du Barça en passant par les lunettes Google, je vous invite donc dans mes pérégrinations réflexives.


Le premier exemple est le plus récent puisque la nouvelle date de cette semaine : il s’agit de la réalisation du premier pistolet opérationnel fabriqué avec une imprimante 3D.

 

Il a été réalisé par un groupe d’étudiants d’Austin au Texas avec une imprimante qui coûte 8.000 dollars (6.000 euros). Ils y ont travaillé un an et ont pu réaliser le premier tir réel samedi 4 mai. Je rappelle que les imprimantes 3D produisent des objets en fondant des couches de plastique les unes sur les autres. Elles fonctionnent sur la base d’un plan virtuel

  • Dans le pistolet en question, seul le percuteur est en métal.
  • Les gens qui militent pour le contrôle des armes à feu aux États-Unis s’inquiètent de la possibilité d’en produire chez soi et de son extension probable à mesure que les imprimantes 3D gagneront en qualité et baisseront en prix.

  • Selon la BBC, dont je tire l’information, l’initiateur du projet, Cody Wilson, un étudiant de 25 ans, reconnaît volontiers qu’un tel pistolet peut causer du mal à des tiers. C’est bien ce dont il est question puisque, comme il le dit lui-même : "C’est un pistolet".

  • Je précise que la production d’armes personnelles est légale aux États-Unis. Ce qui ne le serait pas, ce serait de les vendre. Mais c’est là que les imprimantes 3D changent tout puisque chacun peut produire la sienne.

  • Le groupe qui s’appelle « Défense distribuée » a l’intention de rendre le plan du pistolet accessible à tout le monde.

Voir la vie autrement ?

 

Les lunettes Google, que je n’ai pas encore essayées, mais sur lesquelles on trouve de plus en plus d’articles qui vont de l’enthousiasme à l’alarmisme, sont mon deuxième exemple. Les fans ne manquent pas, bien évidemment. Ils sont fascinés par le fait d’avoir enfin un objet qui permet de tirer le plus grand parti de la connexion en permanence.

 


 

Les lunettes en question permettent en effet :

  • De lire ses mails,
  • D’interroger une carte ou Wikipédia,
  • De s’informer sur la personne qu’on a en face de soi, sans avoir besoin d’être devant son ordinateur ou de regarder son téléphone.
  • Celui qui les a sur le nez peut aussi filmer ou enregistrer ses interlocuteurs à leur insu, et c’est là que les défenseurs de nos libertés et de la vie privée s’inquiètent.

 

Mieux encore, un bar de Seattle et certains casinos de Las Vegas les ont interdites avant qu’elles n’arrivent. Les législateurs de l’État de Virginie envisagent de passer une loi dans ce sens. Ce qui me paraît fascinant dans ce cas, c’est que l’univers connecté qui s’ouvre à nous est tellement réel que le seul fait de l’imaginer pousse des gens à l’acquérir ou à l’interdire avant même d’en avoir fait l’expérience.

 

Voir, suivre, lire et vivre un match au stade

Je viens d’assister à un match du Barça, le club de foot légendaire de Barcelone. Je suis loin d’être un fan de football, mais je suis sur le point de m’installer à Barcelone et le moins que je puisse faire c’est d’aller au Camp Nou, le stade que la plupart d’entre nous connaissons, ne serait-ce que par écran de télévision interposé. De là, je me suis amusé à comparer les trois types d’expérience : télé, web et gradins du stade :

  • La télé me permet de voir plus précisément les détails du match et de revoir les moments les plus importants… mais à son rythme.
  • Le web me permet d’avoir toutes les informations que je veux, si je veux, quand je veux, c’est à dire une perspective personnalisée.
  • MAIS les gradins du stade me donnent la vision d’ensemble du match à mesure qu’il se déroule et l’émotion partagée avec le reste du public

 

Tout cela est complémentaire mais mal intégré.On peut maintenant avoir accès à la télé et au web, mais... dans le stade, ce que j’aurais voulu c’était voir le match à côté des fans du Barça ET voir sur ma tablette les détails qui m’avaient échappé quand j’étais distrait ou parce que j’étais trop loin. Pour de multiples raisons c’est encore difficile et c’est dommage

Quel rapport entre ces trois exemples ?

 

J’y vois des illustrations du fait que nous avons tort de distinguer ce que nous appelons « le monde réel » et ce que nous appelons « le monde virtuel ». Il s’agit – et nous en avons déjà parlé - de deux couches d’un même monde : celui dans lequel nous vivons de plus en plus.

  • Les plans de pistolet qui circulent sur le net se transforment en armes qui peuvent tuer.

  • L’accès à l’information et l’enregistrement de vidéo que permettent les lunettes Google modifient nos relations humaines, celles que nous avons avec les gens assis en face de nous

  • Ces deux cas peuvent nous exciter ou nous faire peur, mais dans le stade de Barcelone, je regrettais de ne pas avoir accès en même temps aux deux dimensions.

 

Comme quoi nous avons encore bien du mal à intégrer le rapport entre ces deux dimensions - comment elles peuvent agir l’une sur l’autre - mais il est urgent d’apprendre car c’est déjà, de façon plus ou moins prononcée, le monde dans lequel nous vivons.

 

 

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Francis Pisani
@francispisani
Perspectives on innovation, creative cities, and smart citizens. Globe wanderer. Distributed self. Never here. Rhizomantic.

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