Barton Gellman, journaliste au «Washington Post», est l'un des journalistes ayant révélé l'affaire des écoutes de la NSA.

REUTERS/Katherine Frey/Washington Post/Handout via Reuters

En 2014, le prix Pulitzer, qui est la plus haute distinction en matière de journalisme aux Etats-Unis, a été décerné à l’édition américaine du Guardian et au Washington Post, dans la catégorie "service public". 

 

L'affaire Snowden et la surveillance des données, révélation de l'année

En découvrant, sur la base des révélations d'Edward Snowden, l'étendue et la complexité du réseau de surveillance de l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA), les deux journaux ont informé le monde entier sur la façon dont le gouvernement américain surveille les données privées de millions de personnes.

Le retentissement donné par les deux grands quotidiens aux dires d'Edward Snowden a été notamment l'occasion de signaler certaines pratiques diplomatiques contestables : les alliés des Etats-Unis, à l'instar de la France, ont exprimé leur courroux en apprenant que Washington enregistrait des conversations de certains de leurs dirigeants tacitement scellées par le secret diplomatique. 

 

A la suite des enquêtes réalisées par Glenn Greenwald, pour le Guardian US, et Barton Gellman, pour le Washington Post, les journalistes du monde entier se sont mis à enquêter sur la sécurité des données privées à échelle des gouvernements, mais aussi des entreprises et des foyers. Désormais, le grand public est informé que les données échangées au quotidien par internet ne sont pas invisibles. 


Au delà de l’effet de scoop, une action de service public

Le Guardian et le Washington Post n'ont pas simplement cherché à provoquer un scandale international. 

Glenn Greenwald et Barton Gellman ont sciemment agi dans une optique de service public en relayant les documents de Snowden. Ils ont saisi l’importance d’alerter une opinion encore peu avertie aux conséquences pour la vie privée que peuvent avoir des pratiques de surveillance telles que celles mises en place par la NSA.

Probablement, les preuves établies par The Guardian US et The Washington Post à partir des renseignements communiqués par l'ancien employé du gouvernement américain permettront, à terme, de contraindre les hauts fonctionnaires responsables des programmes abusifs à rendre des comptes, et à limiter les prérogatives de ces agences. 

 

Snowden avait-il le droit de relayer ses informations sur la NSA à la presse ?

Cette semaine, les lauréats du prix Pulitzer continuent d'assumer les débats houleux qu'a suscité la publication des allégations de Snowden. Une part de la société américaine considère encore cet homme comme un traitre prêt à livrer des secrets d’Etat. 

Le 24 juin 2013, lorsque David Gregory, journaliste vedette du show Meet the Press sur la chaine NBC, allait jusqu’à douter de la partialité de Gleen Greenwald en questionnant la légitimité du journaliste du Guardian à se faire l'avocat d'un "félon", ce dernier a suggéré à son collègue de la télévision de mettre en cause sa propre éthique et celle de bon nombre de journalistes américains.

Une opinion que partagerait volontiers le républicain Peter King, ex-président de la commission sur la Sécurité intérieure de la Chambre des représentants américaine, et pour qui « récompenser du Pulitzer le complice Snowden était une honte ». 

Que le citoyen Edward Snowden, tenu au secret professionnel par une loi centenaire, ait eu le droit ou pas de faire des révélations à la presse au sujet du système de surveillance américain, la presse, elle, a agi de manière licite en les recueillant et en les examinant.

Un impact positif pour l'avenir du journalisme citoyen 

Les journalistes ont de ce fait permis à Snowden de trouver à s'exprimer, mais aussi d'éviter que les renseignements qu'il détenait finissent pas se mourir en rumeurs éclatées sur les réseaux sociaux ou dans les couloirs des hautes administrations.

En honorant d'un prix des journalistes qui se sont appliqués à faire le jour sur une situation où les libertés individuelles étaient atteintes, le jury du prix Pulitzer a donné en exemple un journalisme  citoyen. 

Et, la récompense du Guardian et du Washington Post pour leurs travaux sur la NSA va sûrement inciter les journalistes à imaginer de nouvelles façons d'informer à partir des sources fournies par les blogueurs et les lanceurs d'alerte, afin que d'autres révélations d'utilité publique puissent éclore. 

 

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
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