Tunisie: Ceci n’est pas la révolution du jasmin

Cette révolution, on l’a vécu comme dans un rêve. Depuis le 17 décembre 2010, date à laquelle Mohammed Bouazizi s’est immolé, chaque jour apportait son lot d’angoisse et de peur mais aussi de courage et d'espoir. Bien loin des plages et du jasmin, les manifestations sont parties des régions intérieures du pays : Sidi bouzid, Regueb, Meknassi, Gafsa, Thala et toutes ces villes qu’on a de tout temps ignorées, à commencer par Bourguiba. D’ailleurs, les inégalités régionales camouflées par des chiffres truquées ne sont plus un secret. 



Les avocats se rallient rapidement au mouvement contestataire en dénonçant les abus du régime. Tunis, Sousse, Sfax et autres grandes villes ne tardent pas à rejoindre la cause. Comme d’habitude, le black out médiatique était présent. Le régime de Ben Ali avait verrouillé la presse tunisienne et l’a transformée en arme de propagande massive. Mais la jeunesse tunisienne est futée, la jeunesse tunisienne est branchée et deux réseaux sociaux, Facebook et Twitter, sont devenues deux véritables chaînes d’information : l’information s'y propage à la vitesse de la lumière, heure par heure, minute par minute. Mieux, les médias étrangers sont alertés et commencent à suivre les internautes tunisiens. Malheureusement, leur ignorance quasi-totale des réalités de la société tunisienne (notamment de la part des français) a fait qu’ils mettront du temps à comprendre qu’il ne s’agit pas d’émeutes de la faim (comme ils titraient au départ) mais bien d’un soulèvement populaire qui demande la liberté et la chute du régime ( comme si il nous était impossible de nous révolter pour autre chose que la religion ou le pain). Mais il faut dire que Ben Ali lui-même avait mis du temps pour comprendre qu’on ne voulait pas de lui, qu’il pouvait baisser les prix des aliments, promettre des milliers d’emplois, ses promesses et discours ne changeront pas les choses: il avait fait assez de dégâts et il fallait qu’il dégage, lui et sa mafieuse famille ! 
C'est vrai que le point départ, était une situation sociale peu confortable, mais les revendications ont très rapidement évolué et toutes les catégories sociales étaient présentes dans les manifestations. Les slogans étaient clairs : Travail, liberté, dignité. Non à Ben Ali, non à la dictature et non à la répression. Le ras-le bol du système avait atteint son comble, et plus rien n’arrêtera les tunisiens dans la quête de leur liberté. Le régime devait absolument tomber peu importe le prix. Et en quelques jours, la peur avait changé de camp; plus la Tunisie comptait ses morts, plus le régime comptait ses jours. 

Finalement, ça s’est fait un certain 14 janvier 2011. Une incroyable journée qui a commencé avec des milliers de gens criant le désormais célèbre « Dégage » devant le Ministère de l’Intérieur (tout un symbole !) et qui s’est soldée par la fuite de Ben Ali en Arabie Saoudite. La jeunesse a réussit ! La jeunesse qu’on croyait dépourvue de toute conscience politique (vu que Ben Ali a tout fait pour dépolitiser le peuple) a réussi à mettre à la porte un des plus grands minables dictateurs de la planète. 

Cette révolution, ce n’est pas la révolution du jasmin. On nous a imposé cette appellation, d’abord dans les médias étrangers, ensuite dans quelques uns de nos médias. Paradoxalement, cette appellation représente l’image avec laquelle la jeunesse tunisienne a voulu rompre. Alors, non, non et non à la révolution du jasmin ! Ceux qui ont vu leurs frères et amis mourir sous les balles, ceux qui ont revendiqué leur liberté et dignité, ceux qui ont crié leur refus de la dictature, ne sont pas d’accord avec ce terme. Le jasmin, la plage et la cage de sidi Bou Saïd, c'est juste bien pour la carte postale…

Aujourd’hui, la révolution tunisienne s’exporte en Egypte où le peuple pousse Moubarak vers la sortie, et demain on verra à qui sera le tour. Entre temps, les dirigeants dictateurs des pays arabes tremblent dans leurs palais…
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