David Paul Morris/Bloomberg via Getty Images

Cette semaine, je vous présente Tristan Walker, un entrepreneur de la Silicon Valley. Son entreprise, Walker & Company, vend… des kits de rasage par abonnement. Pour 30 dollars par mois, vous pouvez recevoir à domicile un bon rasoir, un blaireau, et des produits pour la peau. Le kit s’appelle Bevel et cartonne auprès des consommateurs et des investisseurs aux Etats-Unis. Pour que son projet voit le jour, Tristan Walker a levé 2,4 millions de dollars.

 

Tristan Walker n’est pas juste un marchand de lames. Son histoire révèle ce que le système de la Silicon Valley permet de meilleur autant que ce que la Silicon Valley ne réussit pas à être ni à faire. Il y a quelques semaines à Stanford, le jeune entrepreneur est revenu sur son parcours, un parcours atypique que je trouve essentiel de partager.

D'origine afro-américaine, Tristan Walker a 30 ans. Il a été élevé dans le Queens, à New York, par une mère célibataire, il vient d’un milieu très modeste. Ce qui lui a permis de comprendre très tôt qu’il ne voulait pas revenir à ce mode de vie. Il va donc obtenir une première  bourse pour un pensionnat très chic en Nouvelle Angleterre, puis une autre pour la Stony Brook University à Long Island.

 

Pour gagner de l’argent, trois options se présentent à lui par rapport à ses origines: artiste, athlète ou Wall Street. Il choisi de partir travailler deux ans comme trader. Là s'enclenche un tournant. En quête d’opportunités plus passionnantes, il s'installe à Stanford, à 24 ans, pour faire un MBA à la Business School. Stanford, c’est cette énorme université dans la Silicon Valley où naissent de nombreuses startups et entreprises de l’internet. Il y découvre alors le monde de la Silicon Valley. Un monde fait d’entrepreneurs et d’entreprises qui font des semi-conducteurs. Mais il se rend également compte des défauts de cet univers. Par exemple, il y a très peu d’étudiants en informatique latino ou afro-américains dans ces startups. C’est un monde encore très dominé par ce qu’on appelle aux Etats-Unis “le mâle quadragénaire blanc”.

Donc Tristan Walker va lancer Code 2040 avec un camarade. Il s’agit d’une association qui, le temps d’un été, place les jeunes étudiants informatiques latino et afro-américain dans les startups de la Silicon Valley. Après un stage chez Twitter, il rentre chez Foursquare non sans acharnement. Il devient ainsi un des premiers employés du réseau social où il aura en charge le développement de l’entreprise.

 

Et cela fait déjà un beau parcours. Mais l’histoire de Tristan Walker devient encore plus intéressante par la suite. A l’été 2012, il rejoint le fonds d’investissement Andreessen Horowitz pour devenir “entrepreneur en résidence". Ce qui signifie qu’il dispose d’un certain nombre de mois pour chercher des idées, expérimenter et créer une entreprise. Il réalise rapidement qu’il faut commencer par quelque chose d’authentique. Un problème que lui a connu, et qu’il est donc mieux placer pour résoudre que la réinvention du système bancaire ou la lutte contre l’obésité des enfants.

Il arrive ainsi à deux constats:

  • la culture black/latino/asiatique a un impact culturel important aux Etats-Unis. Il s’agit de populations qui adoptent très vite les nouvelles technologies

  • Mais ces populations ne sont pas servi par les entreprises de biens de grande consommation.

Tristan Walker décide alors de monter sa propre entreprise. Il veut avec Walker & Company faciliter la santé et la beauté aux peaux de couleur ; utiliser les technologies pour créer de meilleurs expériences ; et développer des services annexes comme un service d’éducation qui montrerait comment se raser sans se couper.

 

Ainsi se termine l’histoire de Tristan Walker, un personnage à suivre dans les prochaines années. Son parcours est un mini conte de fée qui montre très bien toutes les limites de la Silicon Valley.




Marie-Catherine Beuth est journaliste, spécialiste des nouveaux médias au Figaro. Elle vit depuis 2013 aux Etats Unis où elle a été Knight Fellow à Stanford. Elle est l'auteure du blog 
Étreintes digitales. Chaque semaine, dans l'Atelier des médias, elle s'arrête sur l'un des aspects de la r/évolution des médias actuellement en cours.





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News Concierge | Co-founder @getnod | 2013 @JSKStanford fellow | Correspondent @Le_Figaro @Atelier_Medias

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