Tourisme au Pakistan


Dans les gigantesques mines de sel de Khewra, des galeries souterraines sont ouvertes aux touristes. Les mineurs se fraient un chemin parmi les nombreux visiteurs. Ailleurs au Pakistan, le tourisme est en voie de disparition.


Dans l’édénique vallée de Swat, les Pakistanais découvraient les joies des sports d’hivers avant que des taliban ne brûlent la station deMalam Jabba. Chez les Kalash (peuple païen de la vallée de Chitral déclaré « infidèle » par les taliban), des centaines de curieux venus des grandes villes du pays assistaient aux différents festivals marquant le passage des saisons. A Lahore, des touristes arrivés de New Delhi finissaient leur traversée du sous-continent indien en plaçant leur pas dans ceux de Rudyard Kipling.Tout cela, il n’y a pas si longtemps.
Quelques années, quelques mois à peine. Les plus belles régions du Pakistan sont aujourd’hui des mots qui font peur.


Bien que le tourisme n’ait jamais vraiment tiré l’économie du Pakistan vers le haut, ces sites jouaient un rôle non-négligeable. Ils offraient au Pakistan l’image d’une terre d’aventure, allégeant l’impression d’avoir affaire à un pays sous tension permanente.Aujourd’hui, certains lieux ont gardé leurs plus fidèles vacanciers malgré la tourmente. A la manière des Anglais de l’avant partition, les grandes familles pakistanaises possèdent toujours leur retraite d’été dans les hauteurs himalayennes, notamment à Murree et à Nathia Gali.


D’autres sites culturels et touristiques du Pakistan sont toujours d’actualité. La frontière de Wagah par exemple qui sépare l’Inde et le Pakistan (voir l’article Cérémonie sans frontière) est rythmée quotidiennement par une procession militaire à laquelle assistent des centaines de Pakistanais et quelques étrangers. Ou encore Taxila, ville située à une heure d’Islamabad, qui abrite les ruines de la civilisation de Gandhara. Enfin, les mines de sel de Khewra, les plus importantes du monde après celles de Wieliczka en Pologne, sont certainement le lieu de villégiature le plus prisé du moment par la classe moyenne.


Un Pakistan de sel


A Khewra, on s’y rend en famille, le temps d’une journée. Un gisement y est spécialement dédié aux visiteurs. Pendant les vacances, ils sont des centaines à poser en rang d’oignon devant les blocs de sel oubliés dans les carrières. Lorsqu’il fonctionne, le petit train de la mine amène directement dans les galeries destinées aux touristes et permet de garder un œil fixé sur la beauté du lieu. Sur les voûtes basses, roses et blanches, orangées. Sur les variations chromatiques du sel himalayen.


Sous terre, c’est un Pakistan de sel que les autorités locales ont voulu mettre en scène. L’idée, kitch au possible, a été un succès : les Pakistanais adorent leur pays. Une petite mosquée faite en briques de sel est au cœur du lieu. Les mineurs y prient sans jamais se demander s’il s’agit d’un gadget ou d’un monument à prendre au sérieux. Une reproduction en sel du Minar-e-Pakistan de Lahore, cette tour construite à l’endroit où fut demandée la création du Pakistan pour la première fois, est l’une des autres grandes réalisations de la mine.


A Khewra, la plupart des familles s’offrent les services de guides, des hommes qui délivrent aux visiteurs une mythologie montée de toute pièce : « Voyez ce mur : c’est celui des amoureux. Si vous léchez la pierre, vous vivrez en harmonie avec votre famille. Et voici la muraille de Chine… » expliquent-ils aux spectateurs souvent
médusés. A un endroit, il y a comme un dessin naturellement formé dans la roche, que les guides comparent à une célèbre photographie du poète et philosophe Allama Iqbal, grande figure pakistanaise. Les visiteurs
n’ont pas l’air dubitatif lorsqu’on leur désigne, à « l’état brut », toutes ces références à la culture de leur pays. Taillé dans la pierre de sel, l’image donnée du Pakistan sonne un peu faux.



Diamants de sel rose du Pakistan


En contrebas, le long de la route qui traverse le village de Khewra où vivent la plupart des mineurs, on peut acheter des lampes et des statuettes sculptées dans des blocs de sel rose. Les lampes en sel assainiraient l’air des maisons. A Khewra, les vertus du sel ne sont plus à remettre en question. Une clinique a même été créée dans la mine en 2007. Des patients asthmatiques y passent plusieurs jours. Leur traitement ? Respirer les particules de sel contenues dans l’air.


Dans le paysage montagneux qui entoure la mine, des camions transportent de gros blocs roses que l’on retrouvera après traitement dans les épiceries fines françaises sous le doux nom de « diamants de sel rose du Pakistan ».


Khewra est une exception. Avec sa mauvaise image, le Pakistan n’accueille pas beaucoup de touristes. Les Pakistanais eux-mêmes ne voyagent plus dans beaucoup de régions du pays. Il faut dire que les hommes au pouvoir n’ont jamais vraiment communiqué sur la culture pakistanaise. Aucun Etat n’a autant renié ses richesses. Le nouveau ministre du tourisme pakistanais, Mullah Atta ur Rehman, est un religieux affilié au parti Jamiat Ulema-e-Islam considéré comme proche des taliban. Son seul fait d’arme est d’avoir interdit la vente d’alcool aux non-musulmans dans tous les PTDC (Pakistan Tourism Development Corporation), ces hôtels gouvernementaux que l’on trouve un peu partout dans le pays.


Photographies de Lou Garçon


En ligne: http://lechodeshalimar.wordpress.com/
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Commentaires

  • Merci Lou pour ce joli billet!
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