TNT en Afrique: ce n’est pas demain la veille

TNT en Afrique: ce n’est pas demain la veille

 Le fameux 17 juin 2015 ! C’est la date qui a été retenue pour la migration vers la télévision numérique en Afrique. Nous y sommes et à la fausse surprise générale de nombreux pays manquent à l’appel. A l’exception de quelques pays  qui ont plus ou moins achevé la transition les autres sont à la traîne. Et pourtant on en parle depuis 2006.

Un processus entamé depuis une dizaine d’années

L’accord de passage au numérique a été signé avec l’UIT (Union Internationale des Télécommunications) depuis le 16 juin 2006. S’en est suivi un nombre impressionnant de séminaires et de réunions « d’experts » qui ont dégagé un synoptique de transition en sept étapes.

  • Mise en place d’un comité national de transition
  • Elaboration d’une stratégie nationale de transition numérique
  • Disponibilité du financement de transition
  • Disponibilité d’un texte sur le paysage audiovisuel
  • Elaboration de texte créant l’opérateur de diffusion
  • Opération de numérisation de la télévision
  • Information grand public de la population

Evidemment tous les comités nationaux ont été mis en place (ca on sait faire). Mais depuis plus aucune action conséquente dans de nombreux pays. Pas d’élaboration de stratégie, pas d’information grand public et parfois même aucune idée de l’opérateur de diffusion. Le retard accusé est tel que 33 des 54 pays souhaitent une prolongation du délai de cinq ans. A croire que nous avons confondu la date limite de transition avec la date de début des travaux. Et pourtant les choses ont été clairement explicitées. La transition devrait se faire avant et pas  le 17 juin 2015 encore moins après. C’est quand même désolant de voir des responsables de comité se pointer à la télé    la veille de la date butoir pour annoncer que le délai ne pourra être respecté. Un peu partout la raison est la même. Manque de financement (boo boo nous sommes pauvres. On y peut rien). Certains sont allés même jusqu’à évoquer les élections comme facteur de retard. Et pourtant le Rwanda l’a fait, le Malawi l’a fait, la Tanzanie l’a fait. N’y a-t-il eu aucune élection dans ces pays depuis 2006 ? Au Bénin, le secrétaire permanent de la Commission Nationale de Migration de l'Analogie au Numérique (Cnman) veut prioriser la formation  des professionnels des médias pour leur permettre de faire face à cette révolution numérique. Peu importe que l’on continue à commercialiser des postes de télévision incompatibles avec la TNT. Peu importe que le citoyen lambda confonde TNT avec le composant chimique Trinitrotoluène ou même que le terme ne lui évoque rien du tout.

Pour nous en Afrique, « il vaut mieux arriver en retard plutôt qu’en corbillard ». Malheureusement ce retard ne sera pas sans conséquences.

Pas de migration vers le numérique et alors ?

Si l’UIT conserve sa décision de ne pas prolonger le délai de juin 2015, les retardataires professionnels pourraient voir leurs signaux analogiques brouillés du fait de l’utilisation de nouvelles fréquences par des pays voisins. D’un autre côté, le passage au numérique devrait permettre de libérer des fréquences réutilisables pour le déploiement des réseaux 4G. Fait paradoxal au Bénin, on nous parle depuis quelques temps d’un projet e-Bénin visant à faire du Bénin le « quartier numérique de l’Afrique ». Et pourtant la 3G n’est même pas une réalité dans le pays. A ce rythme, on se demande quand est-ce que nous entendrons parler de 4G ? Comprenons-nous vraiment le sens du mot numérique ? Au Sénégal, l’autorité de régulation a permis aux opérateurs de télécommunications d’expérimenter la 4G en vue de l’octroi d’une licence prochainement. Au moins ici il ne s’agit pas d’une utopie puisque le processus de transition est très avancé même si comme le disent les burkinabés « c’est bon mais ce n’est pas encore arrivé ».

L’échec général de la transition vers le numérique était prévisible. Malgré cela les choses ne semblent pas vouloir changer dans les pays les plus en retard. Parmi les 33 pays qui demandent un délai de cinq années supplémentaires combien disposent d’une stratégie de transition dûment établie ?  A croire que les uns et les autres n’ont pas vraiment idée de l’impact de la TNT sur l’économie des pays. Ce sujet fera certainement couler encore beaucoup d’encre et de salive. Espérons que d’ici l’arrivée des retardataires, le concept même de la télévision ne soit devenu obsolète.

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Ingénieur Telecom... préfère la cuisine et les livres à tous ces blabla de réseaux et de technologie... mondoblogueuse... Si vous aimez le scrabble on a forcément un point en commun :)

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Commentaires

  • This reply was deleted.
    • heureusement ce n'est pas la seule façon de jouer...

      Pour la TNT, il y a également un manque de volonté manifeste...

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