Photo: Antonin Moreau

Enseignant d’Histoire-Géographie au collège, Ronan Cherel a été pris par surprise lorsqu'aux lendemains des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, certains de ses élèves ont commencé à tenir des propos conspirationnistes. Depuis, il a intégré dans son cours tout un programme dédié à l’éducation aux médias et à l’information.

Comme aux lendemains des attentats de janvier, des dizaines d’images défilent à la télévision et sur Internet depuis vendredi 13 novembre. En janvier, l’émotion et l’incompréhension avaient laissé petit à petit la place à la méfiance envers les médias et aux discours de type conspirationniste. Beaucoup d’enfants et d’adolescents s’étaient tourné vers Internet pour tenter de répondre à l’incompréhension, s’égarant parfois dans océan de faux messages diffusés sur les réseaux sociaux.

Depuis vendredi 13 novembre, et pendant plusieurs jours encore, ces mêmes jeunes se posent de nouveau une avalanche de questions. C’est notamment le travail des enseignants de les écouter, de tenter de répondre et d’accepter, aussi, qu’il n’y a pas de réponses à tout. A Rennes, dans l’ouest de la France, j’ai rencontré un de ces enseignants, Ronan Cherel. Ce professeur d’histoire-géographie avait publié le 20 janvier, dans l’hebdomadaire L’Obs, un article intitulé “Charlie Hebdo : la théorie du complot séduit mes élèves. Je veux les former à l’analyse.” Son article m’avait interpellée parce que, jusqu’à présent, je pensais que le conspirationnisme c’était plutôt une affaire marginale et surtout une affaire d’adultes, de youtubeurs et d’illuminés.

«Comme d’habitude, le complot judéo-maçonnique Illuminati »

Je me suis entretenue avec lui début novembre, deux semaines avant les évènements récents de Paris. il m’a raconté les jours qui ont suivi les attentats de janvier et, notamment, l’adhésion  de certains de ses élèves aux théories du complot, «avec les rétroviseurs qui changent de couleur, le fait qu’il n’y a pas de sang  qui coule de la tête du policier qui s’est fait abattre, etc.» Une lecture des évènement qui coïncidait de manière troublante avec celle avancée par les détenus de la prison de Rennes, à qui il enseigne également.

«(Les détenus) m’ont dit: “Tout ça, on le sait bien, c’est comme d’habitude le complot judéo-maçonnique Illuminati. Ne nous dis pas que tu crois vraiment à la thèse officielle de ce qui s’est passé durant les attentats de Charlie Hebdo ou du 11 septembre.” »

Ronan Cherel n’a pas été le seul enseignant en France à avoir eu avec ses élèves des discussions sur les théories du complot en ligne. Internet est d’une certaine manière une fabrique de complotisme car, contrairement aux médias classiques, les réseaux sociaux ne suivent pas une logique de hiérarchisation et de vérification de l’information.

A la suite des évènements de janvier 2015, la ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait annoncé le lancement d’une campagne nationale, intitulée “Grande mobilisation de l’Ecole pour les valeurs de la République”. Parmi les onze mesures de cette campagne, il y avait le renforcement du programme scolaire pour lutter contre «la mésinformation des élèves», «la pénétration des théories du complot» et «la défiance à l’égard des médias traditionnels».

Médiaparks comme bouclier contre les conpirationnismes

Dans sa classe, Ronan Cherel a souhaité prendre le problème à bras-le-corps pour vacciner ses élèves contre les réflexes complotistes. Il a ainsi consacré une grande partie de son cours à l’analyse critique des médias.

« On apprend aux enfants à juger au mieux du fonctionnement des médias, pour recevoir ce qui est acceptable et mettre de côté ce qui ne l’est pas. Ils ont visionné les informations quotidiennes sur le journal télévisé et les ont croisé avec d’autres médias d’information et ce qu’ils voyaient sur Facebook. (...) Ce n’est qu’au croisement de différents médias que l’on finit par déterminer un petit quadrilatère qui s’approche précisément de la vérité. »

Mais il n’y a pas que le programme d’histoire-géo qui a changé pour Ronan Cherel. Depuis la rentrée, il a décidé de mettre ses élèves dans la peau de journalistes. La salle où Ronan Cherel donne son cours est devenue depuis la rentrée une véritable salle de rédaction. Sur les murs sont affichées page par page les maquettes de la revue Médiaparks, qu’il a crée avec ses 3 classes de 4ème. Le titre est un clin d’oeil au site d’information Mediapart. C’est aussi un jeu de mot avec le nom du collège,  Rosa Parks, en référence à cette afro-américaine qui a défié les lois ségrégationnistes des Etats-Unis en refusant de céder sa place à un Blanc en 1955.

«Cette année j’ai mis en place un protocole leur permettant de construire un média, en s’appuyant sur une éthique journalistique qui permet de développer chez les élèves un regard responsable et une écriture responsable. Ceci leur impose de vérifier leurs sources car ils ne peuvent pas se permettre de véhiculer quelque chose qu’on pourrait contredire. Ils doivent être absolument honnêtes et impartiaux.»

La jeune équipe de Médiaparks a ainsi publié deux éditions thématiques depuis la rentrée: un numéro consacré à la liberté et un autre consacré à l’égalité.

 

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Melissa Barra est journaliste à L'Atelier des médias de RFI
@MelissaBarrra

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Commentaires

  • la question fondamentale est posée a travers votre billet.nous vivons dans un univers terrible .les enfants peuvent ils comprendre le sens de votre démarche.je pense qu,il faut une nouvelle une éducation.

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