J'ai croisé la semaine dernière à la Cantine à Paris -temple des médias de demain- le responsable d'un nouveau journal à quelques encablures de son lancement, Ken Zane Jr. Ce franco-américain travaillait il y a peu à la City, comme trader. S'y ennuyant et soucieux de varier ses expériences, après un court stage comme responsable marketing-branding au sein de la division "new media" d'une web-agency, il s'est senti armé pour lancer un projet de presse purement révolutionnaire. Il a 25 ans.Première partie de l'interview qu'il nous a cordialement accordée.Ken, votre journal s'inscrit complètement dans la philosophie web 2.0?Et même web 3.0 et même n.0! C'est simple, nous allons créer en fait le meilleur journal du monde, un portail d'informations généraliste, couvrant toutes les thématiques de presse spécialisée, d'entreprise, institutionnelle, universelle et autres. Intégrant tous les types de contenus connus et à venir. Nous combinerons flux permanents d'information, paquets d'infos livrées à heures régulières, RSS et présence en ligne élargie. Nous serons en quelque sorte le next step, l'évolution naturelle du média en ligne et du réseau social. Je me donne 1 an pour imposer notre marque, puis racheter à rythme trimestriel tous nos concurrents. Comme l'a dit un financier connu, c'est plutôt simple, ces marques ne valent plus rien, c'est comme un supermarché où tout est gratuit ou presque.Ken, vous avez aussi de fortes convictions sur un "nouveau journalisme" en réseau?Journa... quoi? Je ne connais pas ce métier, désolé, je fais de la presse moderne moi. La technologie permet aujourd'hui de travailler enfin intelligemment, de cesser de perdre du temps avec des corporatismes vains et stériles, des idées dépassées. The Abs. met en réseau tous les blogueurs, créateurs de contenu, fournisseurs de flux, pondeurs de news, buzzers, influenceurs, etc. de la planète. Notre label de qualité est aisé : toute personne muni d'un clavier, d'un mobile et sachant écrire à peu près est un collaborateur potentiel. Pour le reste, nous avons tous les logiciels idoines pour corriger, mettre en forme, rendre intelligible les contenus. Cela s'appelle -et nous déposons la marque- le "free cloud writing for nothing". Nous fonctionnons de même pour les personnels de gestion, les services généraux, les commerciaux...Matériellement, ce n'est pas dure à gérer...Du tout. Nous associons là-aussi le meilleur des process éprouvés et des technologies de demain. Et nous les sublimons. The Abs. croise open space, télé-travail, team-building, time sharing et gestion distante. Notre entreprise n'a pas de bureau (sauf le mien et ceux de mes assistantes personnelles), pas d'adresse physique, pas de téléphone... Nous sommes partout et nulle part, nous sommes là où est l'information et l'argent.Le modèle économique est aussi original, je crois...Absolument. Nous partons sur le principe de l'apportateur d'affaires. The Abs. permet à des anonymes sans intérêt ni avenir d'afficher leur contenu sur un site à forte V.A et notoriété indiscutable. Donc, ces gens nous payeront un pourcentage pour cela, c'est normal, c'est la base du business. En revanche, nous ne sommes pas des exploiteurs, nous nous appuyons sur la philosophie des social media, sur laquelle j'ai de fortes convictions : plus ces contributeurs nous fournissent de fréquentation, moins ils payeront. A chaque tranche de 500.000 visiteurs uniques, nous leur faisons des ristournes de 2% sur nos tarifs extrêmement concurrentiels. Si baisse il y a, des taxes punitives s'appliquent, mais légères.Côté pricing, nous sommes très open mind : le lecteur paye s'il veut. En lecture "free", il laisse juste ses coordonnées et son profiling. Puis une de nos équipes spéciales passe à son domicile -ô pas plus d'une fois par mois- et lui explique en quoi il est préférable, pour sa tranquillité, celle de ses enfants et sa voiture garée dehors, de passer au modèle payant. Nous n'avons à ce jour, sur nos bêta testeurs, aucun refus. Nos équipes sont formées et efficaces : c'est une nouvelle entité d'ex-militaires free lance d'Europe centrale, reconvertis dans le street marketing et le persuasion business.Et côté publicité, c'est aussi très créatif chez vous?Absolument. Le CPM, c'est archi dépassé. Notre époque nécessite un nouveau paradigme, une gestion simplifiée. Là encore la technologie le permet. La publicité est aujourd'hui participative, tribale, communautaire, intuitive, rémanente... Donc The Abs. permet aux annonceurs avec un logiciel en ligne de créer leurs propres publicités et de les monitorer, moyennant un abonnement annuel; et les lecteurs peuvent de leur côté recevoir une publicité affinée, ciblée, épurée, moyennant un autre logiciel en ligne et un abonnement.Sinon, à défaut...Si l'un et l'autre ne payent pas, nous avons bien sûr une offre "free", d'entrée de gamme, très simple et souple. Notre but est de convaincre de la pertinence de notre modèle, pas de l'imposer stérilement. Donc nous générons de fausses pubs, des fakes, qui descendent les marques et détruisent leur notoriété. Et nous noyons les mails de nos lecteurs de spams, propositions commerciales, etc. Il vaut mieux payer, c'est moins cher pour les vies numériques des uns et des autres! Dès que l'abonnement est réglé, nos opérations cessent sur le champs, c'est garanti. Enfin autant que nos call centers distants auxquels nous sommes abonnés, puissent réagir sous 48h jours ouvrés.C'est peut-être, permettez-moi cette remarque, un peu extrême...?Vous exagérez, vous êtes old school... C'est juste avant-gardiste et très organisé : nos activités de destruction de marques et de spamming sont gérées par une activité filialisée, aux îles Caïman. C'est d'ailleurs une start-up, qui nous paye un abonnement pour collaborer à notre projet prestigieux. Et croyez-moi, il vaut mieux travailler avec The Abs. D'autres projets de confrères vont bien plus loin déjà... Et ne sont pas aussi expert de la presse et de ses traditions que moi. J'ai fait un stage je vous rappelle.Un grand de la presse vous rejoint d'ailleurs je crois...Oui, c'est vrai. Je sais moi-même écrire, former et diriger des équipes seniors dans la web industry depuis longtemps, je n'ai besoin de personne. Mais un grand professionnel des médias classiques a souhaité nous rejoindre. A mon contact, il va apprendre et je saurai le recommander plus tard auprès de rédactions, quand il aura fini son temps chez nous, que j'évalue à 2 ans maximum. J'ai un carnet d'adresses assez important sur Paris, Londres, New-York, Bangalore, etc. D'ailleurs si vous même, vous en avez besoin, je peux vous recommander sur le champs. On a besoin de contenu dans la nouvelle presse et d'idées surtout. Un mail par mon iPhone et c'est fait. Mais d'abord, envoyez moi un court brief de votre vision de notre projet, de ce que vous en avez compris. Pas besoin de faire long : juste 6 à 7 slides, rédigés en anglais et maquettés svp. Et surtout pensez bien à aborder les aspects éditoriaux, commerciaux et managériaux. Ces deux derniers aspects sont le point faible endémique des gens de presse... Vous êtes trop littéraire, ça fait perdre du temps shit. Heureusement que des gens comme moi apportent leur forte expérience pour sauver ce secteur. Vous devriez nous remercier.Heu, oui, on verra. Revenons à votre journal : il cache aussi une innovation majeure?En effet. Il faut être clair, les gens ont en marre de lire aujourd'hui, et aussi d'analyser, de comprendre. C'est long, pénible, chronophage. Ce n'est pas productif et c'est même anti-social pour le pouvoir en place. Le flux d'information, selon certains chercheurs américains du M.I.T, est une énergie pure, une vibration. Nos ingénieurs ont donc conçu un dispositif original : un baladeur tactile à commande cérébrale et un câble branché directement dans un orifice des lecteurs (au choix, nous avons plusieurs plugs et formes), qui les nourrira en flux toute la journée. Nous testons aussi des connecteurs de nuque. Mais là quelques bugs sur des bêta testeurs nous amènent à prendre notre temps. Les familles en deuil souhaitent que nous échangions sur les détails techniques devant des... juges je crois, ou une profession de ce genre. Je ne suis pas français, je n'ai pas encore tous les subtilités de votre administration en tête, résidant par ailleurs à Monaco, avec mon siège social en Andorre. Mes avocats s'en occupent au meilleur intérêt de ma personne, puis après des autres.
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Commentaires

  • Tanx Jean-Pierre, Luc. C'est un peu l'idée : flirter aux frontières du réel, aux abords de la 4ème dimension médiatique... Souhaitons de ne pas y entrer pleinement, et sachons en rire aussi. L'humour nous sauvera!
  • j'adore!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    surtout les mercenaires d'europe centrale....
  • Ah Ah ! Excellent !
    Pur hoax !
    Mais je dois reconnaître certaines vérités au passage... voire même un biz-model viable pour la presse ;)
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