Seconde partie de notre interview avec les fondateurs du projet de journal en ligne "The Absolute", à quelques semaines de son lancement officiel. Où nous décortiquons cette fois un peu plus les enjeux, atouts et défis de ce projet de presse très attendu, qui fait bruisser le tout Paris des médias et de la communication.Héliotte Karver, vous êtes présenté comme le CEO de "The Absolute". Vous êtes donc l'adjoint de M. Zane?Non, c'est plus simple encore, je le remplace. Un comité extraordinaire des actionnaires a été organisé pendant votre interview avec lui, et au vu des résultats insuffisants de M. Zane, celui-ci a été mis en minorité, et moi-même placé en majorité.Mais, M. Zane n'avait pas encore lancé le projet...Justement. Son business plan commençait à prendre du retard. Dans ce métier, être à l'heure c'est déjà avoir loupé un train. Dans les média modernes, tout va plus vite, il faut s'adapter. M. Zane garde son utilité pour nous cependant : nous l'avons nommé "master chief evangelist officer". Il va animer désormais des tables rondes, conférences, salons, clubs... sur l'avenir de la presse et la crise des médias. C'est un créneau porteur où on a besoin d'experts pointus et matures : au moins 3 rendez-vous par semaine rien qu'à Paris! Zane est un orateur né et un grand capitaine d'industrie. Il y a aussi besoin de vrais seniors dans ces cercles, face à tous ces jeunes blogueurs et experts auto-proclamés qui tiennent le haut du pavé et monopolisent les débats. C'est lassant à la fin.Bon, bien, M. Karver, vous avez vous 27 ans. Présentez-vous un peu à nos lecteurs...Prépa maths spé et HEC en parallèle; HEC, Sciences-Po et l'X en accéléré (je perdais mon temps sinon). Une spécialisation finances à Stanford, un stage salle de marché à la London Business Schools : mes classes en entreprises étaient achevées. Après j'ai dirigé plusieurs cabinets de gestion de hedge funds, de VC, de NTPF et de close-up exchange à N.Y, ainsi qu'un peu de flat sharing bunds sur le second marché obligataire en Asie. La WC, actionnaire majoritaire de the Absolute, m'a alors head hunté pour occuper le poste de VP cost killing où j'ai évolué 6 mois, le temps de fermer 3 filiales et gérer 2 plans sociaux mondiaux. Cet aspect créatif de ma personnalité a du peser pour me confier une charge de développement sur ce nouveau défi.La presse, vous aimez donc ça?La presse hydraulique? J'adore. Cette puissance écrasante mue par de simples poussées minimales optimisées... ça m'inspire pour mon management quotidien et le cadrage de mes équipes.Revenons à The Absolute : un journal sans journaliste, c'est osé comme concept non?Pas vraiment, c'est dans l'air du temps, d'autres ont ouvert la voie ou laissé faire. Je me suis basé sur les travaux de cabinets comme AT Kearney : ils ont ausculté et décortiqué le temps de travail de ce que vous appelez "journalistes". Sans être péjoratif, ce sont juste de grosses faignasses : ne démarrant jamais avant 10h, plusieurs pauses café et cigarettes dans la journée, 2 à 3h de déjeuner avec des patrons, 1 heures de réunionite, 1 ou 2 papiers par semaine dans le meilleur des cas, pas de contenus en ligne ou alors après de dispendieuses formations... Totalement improductif et inutile. Apprenons les leçons du passé : des usines sans ouvriers, c'est possible. Des bateaux sans pilote, aussi ! Il n'y a pas de sot métier mourant, il n'y a pas de rot de soutier mourant. En tout cas rien de dérangeant.Vous souhaitez donc aussi... robotiser la production de contenus?Je suis un peu gêné... (gêne visible manifestée par un rictus facial déformé, ndlr) l'information dont vous parlez est encore en validation pour diffusion de CP et webcasting international. En fait oui. Notre groupe mère, la WC, a investi aussi dans un éditeur informatique, l'indien CrashFactory : son logiciel croise bases de donnée, reconnaissance automatique de caractères, CMS, multicasting et gestion commerciale. Nous allons le tester en sus des apportateurs volontaires et motivés de contenus participatifs et communautaires.Reste ce grand journaliste que vous recrutez. N'est-ce pas une caution aisée? Et cette polémique qui démarre sur son salaire chez vous...Ben non, le marché est juste ouvert, il faut savoir en profiter. La presse regorge de pointures, patrons et managers en souffrance de salaires et de projets, virés de groupes exsangues : ça nous permet juste de négocier à meilleur prix avec eux, vu le vivier actuel et leur prétention individualiste. Et puis, 200 K€, vous savez, ça reste bon marché.200 K€ par an! Mais c'est énorme... la presse est en crise!Pardon, je voulais dire par mois. Mais son fixe n'est que de 100 K€ : le reste est en part variable sur résultats, notes de frais, rééditions d'ouvrages, avantages et ASLN.ASLN? Je ne connais pas cet acronyme..."Avance sur licenciement négociée" : chacun sait désormais dans la presse, que passé deux ans sur un poste de management, c'est une éternité. Nous négocions donc à l'avance des indemnités de départ pour licenciement abusif suite à harcèlement moral et dépression. Tout le monde y trouve son compte : le salarié ne souffre pas et peut être réenginéré sur une autre mission; l'entreprise ne perd pas de temps ni d'énergie. C'est une sorte de package social, un parachute au sens propre du terme, bref notre vision audacieuse du social media moderne et en prise avec son temps.Je ne saisis pas M. Karver.... pourquoi "abusif, harcèlement, dépression" d'emblée...?Ah... vous l'ignorez? C'est actuellement la cause principale de rupture de contrats pour les cadres de direction, d'après une autre étude AT Kearney. Et les Tribunaux spécialisés... je crois que vous dites en France... "prudence"... "prouthommes"... bref, les juges sont débordés et les avocats indisponibles. C'est un boulevard pour un management ambitieux et préventif. Il n'y aucune raison que The Absolute vive en-dehors de son temps. Nous optimisons juste ses tares, au service de notre efficacité opérationnelle.Bien, mais en terme de contenus, je n'ai pas bien compris ce que "The Absolute" va apporter de neuf? Quelle éthique revendiquera ce journal en ligne?Neuf? Ethique? Ce sont des prismes dépassés. La nouveauté ne dure en moyenne -d'après une autre étude AT Kearney- que quelques secondes sur le web. Quant à l'éthique -excusez mon écart de langage- mais on s'en fout : si on écrit une connerie, un blogueur ou un lecteur contributeur la corrige pour nous. S'il se trompe, nous l'attaquons et le tondons en dommages et intérêts. S'il a raison, nous récupérons gratuitement son contenu participatif pour améliorer notre site en version bêta : un mail de remerciement automatique et une invitation à une conférence sur "l'avenir de la presse et la crise des médias" terminent le protocole d'échange. S'il corrige plusieurs erreurs de suite, c'est qu'il s'accroche et/ou est au chômage ou handicapé moteur bloqué chez lui : nous en faisons donc alors un modérateur ou un blogueur en télé-travail, sous contrat de réinsertion financé par l'Etat. C'est vraiment un nouveau business vertueux, du win-win pur jus.Win-win... M. Zane nous a parlé de ce "journalisme participatif" payant pour les contributeurs. C'est limite quand même? Les gens ne vont pas suivre...Mais pourquoi donc? Le win-win, c'est l'opium, la nouvelle utopie; tout comme les réseaux sociaux, la démocratie participative, les barcamps, l'amour éternel, etc. Les idées révolutionnaires sont trop dangereuses pour être mises aux mains du peuple, il faut les confier à des professionnels comme nous, qui organisent cela de manière productive et mesurée. Qui sachent aussi en faire de l'argent et le redistribuer correctement... entre professionnels s'entend.Votre nom est cité dans les milieux politiques... Vous conseilleriez même les plus hautes sphères en France sur l'avenir des médias et de l'internet, est-ce exact?Je ne peux en parler. Je puis juste vous dire (M. Karver se lève et prend alors ce genre de pose, ndlr) que nous n'allons pas conseiller qui n'en a pas le besoin et pourrait nous concurrencer. Blogs, réseaux sociaux, streaming, mp3, Hadopi, etc. les politiques n'y comprennent rien et légifèrent dessus. Il y a là un vaste marché pour les agences de conseil et web-agencies pertinentes : ce qui sera d'ailleurs à terme une activité propre et filialisée de The Absolute. Son nom? "ACCon - The Absolute Consulting Content". Nous pourrons fournir contenus participatifs, tables rondes de blogueurs experts, campagnes d'e-marketing, sites webs clés en main (en technos libres refacturées), etc. Tout est dispo en ligne et gracieusement, il n'y a qu'à se baisser pour rama... pardon, organiser et tenir notre leadership participatif. Puis enfin jouer notre rôle d'intermédiaire rémuné... pardon je voulais dire "d'animateurs du social media world".Tout ceci nous éloigne quand même fortement de la presse en ligne...Du tout. Votre vision est tout simplement étriquée. Les médias sont exsangues, les sites en ligne pas rentables, le web 2.0 bouillonnant, les gens de plus en plus chez eux au chômage. C'est un vrai boulevard! Aujourd'hui nous évoluons vers une nouvelle forme de média : le "LCMM", le life cycle media management. C'est la nouvelle tendance après le bi-média, le triple-play, le cross média... : le "dans tous les sens, n'importe comment, tout le temps, on y comprend rien c'est pas grave" média. Là aussi des études d'AT Kearney et la courbe du hype du Gartner nous confortent en ce sens. Vous avez du temps, des idées et de l'argent; nous avons la vision pour les utiliser.Merci beaucoup M. Karver. Dernière question : quelle va être votre prochaine action aujourd'hui?Il vous en prie. Là, je dois juste lire le rapport de mes assistants sur vos "traces en ligne", que je remettrai après à mes avocats. On m'a parlé de vidéos personnelles assez intéressantes vous concernant... Vous n'oublierez pas de me passer notre interview en relecture avant publication? Ensuite je dois réunir en brainstorming, nos équipes avant-vente pour shaper la phase up-sale du close-up de notre kick off grands comptes du site, ainsi qu'envisager un round-up pour la team next market. Rien de lourd, la presse, c'est un métier passionnant!
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