Plusieurs événements récents sont venus remettre en cause la liberté de la presse au Tchad. La condamnation du directeur de publication de Ndjaména Bi-hebdo à une peine d'emprisonnement avec sursis, un projet de loi qui veut serrer la vis, une profession inquiète et qui le fait savoir via une publication interdite de diffusion... L'Atelier des médias a invité les acteurs de la presse et les responsables politiques pour faire le point. Détails à lire et table ronde à écouter dans ce billet.

 

 

 

Un mot tout d'abord pour préciser que c'est l'Institut Français du Tchad qui nous a invités Simon et moi à Ndjamena. Nous avons animé ici pendant deux jours un atelier pratique gratuit avec des confrères ou de futurs confrères. Impossible pour nous, vous le comprendrez bien de passer dans ce beau pays sans tenter d'en savoir plus sur ce qui se trame dans la presse. Sans tenter aussi de recueillir différents sons de cloche. Malheureusement, le ministre de la communication était en déplacement au moment de l'enregistrement de la table ronde mais nous l'avons tout de même rencontré et l'entretien est à écouter ci-dessous.

 

 

Nous étions présents au Tchad quelques semaines après la condamnation du directeur de publication de Ndjamena bi hebdo à de la prison avec sursis et à une forte amende pour diffamation. Les conditions du procès n'ont pas permis de savoir ce qui lui était clairement reproché. Officiellement, les reproches concernaient la publication d'un extrait de pétition contre la mal-gouvernance. Il semble, en fait, que c'est l'éditorial du journal qui publiait cette pétition qui a courroucé le régime. 

 

Une partie de la profession avait réagi rapidement en se mettant en grève et en publiant un Journal des journaux au titre explicite, C'en est assez, qui exprime le ras le bol de la manière dont les pouvoirs publics traitent la presse, ou une partie de la presse. Les auteurs de ce journal éphémère et interdit de diffusion étaient avec nous pour la table ronde.

C'est dans ce contexte extrêmement tendu que le parti au pouvoir, le MPS, a fait savoir qu'il souhaitait réformer la loi régissant la presse. Un projet_de_loi a fuité. Pour les observateurs locaux, il n'y a aucun doute sur son authenticité. Le Ministre de la Communication explique, quant à lui, que ce texte ne vient pas de ses services. Nous revenons dans le débat sur plusieurs aspects de ce texte. Globalement, il est clair que l'objectif de cette nouvelle loi est de serrer la vis et limiter la liberté d'expression dans le pays. Une manoeuvre grossière qui tranche avec le discours habituel du régime tchadien, fier de la liberté de ton de sa presse.

 

Voici les premières lignes du rapport mondial de RSF qui classe le Tchad à la 103ème place sur 179 en termes de liberté de la presse pour 2011-2012.

 

"Le Tchad connait depuis plusieurs années un climat de défiance permanente entre les autorités et une presse privée parfois turbulente ne bénéficiant que d'un tirage limité paraissant surtout dans la capitale. Les menaces et les actes d'intimidation sont fréquents."

 

Les événements des dernières semaines ne font que confirmer cette analyse. Cela étant, le pays ne manque jamais de souligner qu'aucun journaliste n'est emprisonné ici. 

Nos invités pour parler de la situation des journalistes et de la liberté de la presse au Tchad étaient:

 

Geoffrey Touroumbaye, rédacteur en chef de Ndjamena Bi-hebdo. Une publication suspendue depuis deux mois au moment de notre passage à Ndjaména. Son directeur de publication, Jean-Claude Nékim, a été condamné le 18 septembre 2012 à 12 mois de prison avec sursis et à une forte amende.

 

Gata Nder, journaliste, professeur a l'université, chroniqueur politique sur Ndjamena bi-hebdo. Il a coordonné le Journal des journaux publié quelques jours après le jugement condamnant Nékim. Il s'agit du troisième numéro de cette publication qui défend la liberté de la presse. Cette édition a regroupé 13 journaux francophones et arabophones ainsi que 4 organisations professionnelles. Elle dénonce avec des mots très crus la mal gouvernance, les détournements de fonds, les atteintes à la liberté de la presse. Les accusations sont violentes, les mots durs, le ton affirmé, les titres provocateurs : L'impunité pour les nuls, Tchad le retour à la pensée unique, Le declin de la justice tchadienne, Le cimetiere des illusions perdues. 

 

 

Nguérébbaye Adoum Saleh, rapporteur général du Haut Conseil de la Communication HCC, l'autorité administrative et indépendante qui garantit depuis 1994 la liberté de l'information et de la communication et qui joue un rôle de médiation entre les journaliste et le pouvoir. Une institution bien embarrassée par le climat de tension qui règne depuis plusieurs mois au Tchad. Embarrassé aussi par le projet de loi qui circule sur internet et pour lequel son organisme n'a pas été consulté. Parmi les dispositions prévues, il y en a une qui inquiète particulièrement. Elle est relative au statut de journaliste professionnel qui doit justifier, je cite :

"...d’un diplôme supérieur délivré par une école professionnelle de journalisme, à défaut, une licence de l’enseignement supérieur assortie d’une formation professionnelle de deux ans ... dispensée dans une école de journalisme agréée par l’Etat..."

 

Mahamat Moussa Abba, journaliste à la télévision publique, Président de l'union des journalistes tchadiens, une des entités qui ont signés le Journal des journaux

 

Laldjim Narcisse, journaliste, représentant local de Reporters sans frontières, l'organisation de défense de la liberté de la presse qui a été très active pour dénoncer les errements du régime tcahdien quant au respect de la liberté de la presse. Elle est co-signataire et principal diffuseur du Journal des journaux. Elle a dénoncé le projet de loi rendu public sur internet dans des termes extrêmement sévères.

 

Hassan Sylla Bakari, ancien journaliste, Ministre de l'information et de la communication du Tchad

Vues : 408

Balises : journalisme, presse, tchad, émission

Commentaire de Réndodjo Em-A Moundona le 11 décembre 2012 à 18:08

De belles paroles qui au fond ne cachent que des lois liberticides.

Commenter

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Rejoindre Atelier des médias

Écoutez !

RFI sur Youtube

La vie de la communauté

Billet de Ghindo DIOP

Sénégal : L’Ebola de l’informaticien

Une menace a été détectée !C’est le message que j’ai reçu  ce matin en allumant mon ordinateur.     En le diagnostiquant, mon ordi de marque Sénégal a révélé qu’un virus a réussi à passer le pare-feu conçu par le géant de la Sécurité Virale, le…Plus
il y a 3 heures
Discussions publiées par JEV-TOGO
il y a 3 heures
Gabriella95 a commenté l'article The Internet's Own Boy: l'histoire d'Aaron Swartz de Sinatou Saka.
"Votre site est merveilleux et diversifié. Étant invalide et insomniaque je suis toujours occupé grâce à vous. Bonne continuation ! voyance par mail gratuite"
il y a 9 heures
Billet de Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Une autre conception de la IVe République en RD Congo

Dans un article publié dans ses colonnes, le quotidien Le Potentiel…Plus
il y a 12 heures
REGNIER Andre Leopold a recommandé la discussion de Jeunes Volontaires offre de stage/Missions humanitaire 2014 en Afrique
il y a 15 heures
Vololonarivo Myriam a commenté l'article Camerounaise cherche son "Blanc" sur le web au mépris du danger [vidéo] de Philippe Couve.
"tant de jeunes femmes sont tentées dans cette aventure L'idéologie de "se marier avec un blanc est synonyme de réussite dans la vie" fausse le vrai amour, dans nombreux cas. Je rejoins également…"
il y a 16 heures
Billet de Vololonarivo Myriam

La fin des e-piratages à Madagascar

L'office malgache des droits d'auteurs, OMDA, réclame le paiement d'Ar 2000 (équivalent de 0,85euros) par ordinateur par mois, dans les cybercafés, sous prétexte de "protection des artistes".Une forme de mendicité pour les uns, une stratégie de…Plus
il y a 16 heures
Photo publiée par jolofal
hier
Icône de profilBAOUSOUNON Ibrahim, Azor Togmbaye, Fric Afrique et 1 se sont joints à Atelier des médias
hier
Billet de kaptue florian

Pour la survie des minorités culturelles au Caméroun, le cas Bamoudjo.( ce livre est édité par Edilivre)

Parce qu’il faut répondre à l’histoire je m’engage d’écrire une nouvelle page de l’histoire douloureuse et chronique du peuple Bamoudjo. C’est un véritable sursaut d’orgueil comme pour dire si désormais l’avenir m’engage administrativement,…Plus
hier
Billet de Serge ULESKI

Comme des champignons après la pluie...

   Du « jihadiste » en veux-tu en voilà !              Sortis d’on ne sait de quel chapeau… les groupes dits « jihadistes » croissent et fleurissent : Al-Qaïda,  Aqmi, Boko Haram, l’Etat islamique...                      Al-Qaïda… justifiant ainsi…Plus
hier
AKADIRI Sèlim Akanni a publié un statut
"Stage professionnel au Ministère des Affaires Étrangères"
hier
Discussion publiée par MuzacMagazine

Les travaux de reconstruction du Lycée Alexandre Pétion en voie d’achèvement

Vue de l'ancien bâtiment détruit par le séisme de 2010…Plus
hier
jolofal a commenté l'article Boko Haram ! de nyobe baudouin.
""Trop de témérité frise la folie "  L'Afrique berceau mais aussi avenir et sauveur de l'humanité en décadence en occident et aux Amériques "
Mercredi
nyobe baudouin a commenté l'article Boko Haram ! de nyobe baudouin.
" notre Afrique quel avenir ?  "
Mercredi
jolofal a publié un statut
"Valls II nouveau gouvernement #Paris la #france"
Mercredi

Membres

Les billets à la Une

Abonnez-vous par mail :

Photos

Chargement en cours…

Mondoblog

© 2014   Créé par Philippe Couve et Simon Decreuze. Coordonné par Ziad Maalouf.

Badges  |  Signaler un problème  |  Conditions d'utilisation