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Sylvio Combey

Système LMD au Togo, la chronique des attentes déçues

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http://sylviocombey.wordpress.com/2009/08/31/universites-du-togo-le..." target="_blank">Depuis la rentrée 2008-2009, les Universités du Togo sont entrées de plein pied dans un système d’éducation anglo-saxon. Un système de formation avec une architecture en 3 grades Licence-Master-Doctorat. Et, parce que les Universités de l’Occident ont jugé opportun de mettre en route ce système, les responsables des Universités de Lomé et de Kara se sont jetés à l’eau. Une démarche que des professeurs de ces universités n’ont pas hésité de qualifier de pure ‘‘copier-coller’’. Un an après l’application test de ce système, les étudiants commencent déjà par grincer les dents, ils ont été déçus ‘‘La jeunesse constitue la relève de demain’’, ces paroles, les responsables du pays n’hésitent pas à en faire leur crédo quand ils font face à des questions relatives aux jeunes ; études, sous-emploi, chômage, vagabondage, prostitution et bien d’autres préoccupations y afférant. Sinon, comment comprendre qu’à cette rentrée, des étudiants de certains départements n’aient toujours pas les résultats de l’année écoulée. Nombreux sont ces étudiants à s’élever contre la dernière décision des premiers responsables de l’Université de Lomé, demandant à ceux en troisième année des départements de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLESH), ‘‘de rester chez eux à la maison, afin de recalculer les notes et leur faire une moyenne arithmétique’’. Des signes qui prouvent à suffisance, que les autorités ont embrassé précocement, et maladroitement, un système qu’ils ne maîtrisent pas, et dont les conditions élémentaires ne sont d’ailleurs pas remplies pour son application.
Au prime abord, s’il s’est avéré que le monde est en perpétuel mutation, en plein développement et à la recherche de meilleurs voies et moyens pouvant permettre d’évoluer et tendre vers l’excellence et la perfection, on ne devrait pas oublier que, avant de mener ces pas, il est très impérieux de mener des recherches, de sonder le terrain pour réellement tâter le pouls de la réalité et les exigences de l’heure. Malheureusement, cette stratégie, les responsables des universités du Togo, semblent le feindre. Les Universités anglo-saxonnes, ont bien compris qu’à l’heure de la mondialisation il n’est point besoin de toujours demander de passer des heures dans les amphithéâtres pour suivre des cours à longueur de journée et ont trouvé la solution, celle de permettre aux apprenants de pouvoir apprendre à distance. C’est-à dire les apprenants peuvent être chez eux, faire des recherches, vaquer ensuite à d’autres occupations et passer au moment opportun, les examens de fin d’année. Seulement pour faire croire qu’il est animé d’une bonne volonté de développer le secteur éducatif, le Chef de l’Etat Faure Essozimna Gnassingbé a pris en 2008, un décret instituant ce système dans l’enseignement supérieur foulant au pied, les réalités auxquelles font face les étudiants depuis des décennies.
Ce décret insinuait que le système LMD va permettre de développer la professionnalisation des études supérieures, d’intégrer l’acquisition des compétences transversales, notamment la maitrise des langues et de l’outil informatique. Que le gouvernement parle de maitrise de l’outil informatique alors qu’en réalité, les étudiants n’ont jamais touché du doigt, les claviers d’un ordinateur sur ces sites de formation. De quelle maitrise parle-t-on si des dispositions pratiques ne sont pas prises pour permettre aux étudiants de réellement cerner les contours de ce qu’on leur enseigne, si ce n’est la théorie de midi à quatorze heures. Une chose est de prendre des décrets, l’autre est d’étudier la faisabilité de ces décrets. Cela ne sert à rien de passer des plumes sur des papiers et sortir après quelques minutes de conseil de ministre, des décrets qui ne font que construire des châteaux en Espagne..
Les étudiants disent ne pas comprendre comment les premiers responsables de ce pays, peuvent parler de professionnalisation des études supérieures s’ils ne disposent du minimum d’infrastructures. Des amphithéâtres insuffisants, d’autres par contre pleins à craquer, des apprenants qui enlèvent leurs chemises à cause de la chaleur infernale dans les amphis. Des étudiants contraints d’aller au cours à l’aube juste pour suivre un cours de 7 heures, des étudiants contraints de se tenir debout pour suivre des cours et d’autres poser leur fesse sur des briques de pierres, qui traînent sur le site, ne serait-ce que pour pouvoir copier les cours. Ces problèmes, les autorités universitaires ne nous diront pas qu’ils le méconnaissent et ne nous diront pas non plus que les étudiants en Occident s’asseyent sur des briques de pierre pour suivre les cours. Ils devraient comprendre pourquoi, des parents plus ou moins fortunés, n’inscrivent jamais leurs enfants dans les universités au Togo. Pas parce-que il n’y a pas de professeurs compétents, mais c’est un véritable parcours de combattant avec des facilités quasi-inexistantes.
Ce système, dans les pays du nord, est caractérisé par la structuration des formations en parcours ou filières et en ensembles cohérents d’unités d’enseignement (UE) organisant des progressions pédagogiques adaptées. Au Togo, chaque unité d’enseignement a une valeur définie en crédits déterminés sur la base de la charge de travail requise de la part de l’étudiant pour valider l’unité. Ainsi la Licence nous dit-on, est créditée de 180 en six (6) semestres au minimum, le Master avec 120 crédits en quatre (4) semestres au minimum et le Doctorat qui vient s’ajouter avec ses 180 crédits en six(6) semestres un peu comme la licence.
Il est du moins indéniable que l’introduction du système LMD dans l’enseignement supérieur était censée faciliter la lisibilité et la comparaison des diplômes délivrés par les établissements d’enseignement supérieur, de favoriser la mise en œuvre de méthodes d’enseignement et d’évaluation adaptées et faisant éventuellement appel aux technologies de l’information et de la communication ; de permettre la prise en compte et la validation des acquis de formation antérieure , de favoriser la mobilité des enseignants-chercheurs au niveau sous-régional, africain et international. Mais, ils ne devront pas mentionner qu’au Togo, cela va permettre d’accroître l’attractivité et la crédibilité des offres de formation. De quelle attractivité seront sujets ces étudiants s’ils n’ont jamais eu droit à des séances pratiques. C’est d’ailleurs ce qui va amener certains, à la suite de l’obtention du Baccalauréat, à se tourner vers des écoles de BTS, même si certaines coûtent les yeux de la tête.
Tout récemment, le Regroupement des Jeunes africains pour la Démocratie et le Développement (REJADD) était monté au créneau pour dire tout haut ce que d’autres pensent encore tout bas. Ils ont revendiqué entre autres, la construction de nouvelles bibliothèques bien garnies des cybers pour la documentation, d’espaces sanitaires, de restaurants adéquats, l’équipement des amphithéâtres et des laboratoires en matériels de travail adéquats. Pour le REJADD, il faut instaurer l’allocation d’une prime de recherche à chaque étudiant en année de soutenance, le bannissement des frais d’inscription pédagogique. Ces revendications ne devraient pas paraître pléthoriques si on se rend compte des conditions de travail de ces étudiants.
D’ailleurs, au début de l’application de ce système, des étudiants regroupés au sein d’un mouvement s’étaient levés assez tôt. Ils ont exprimé leur désarroi, soulignant que les universités du Togo n’étaient pas encore prêtes à appliquer ce système, avec les difficultés qu’ils rencontrent déjà. Comme pour les remercier, les responsables de cette association ont été interdits d’études sur les deux sites, alors qu’on parle de modernisation du système d’enseignement. D’un autre côté, il a été accordé aux quarante cinq mille (45000) étudiants (selon les statistiques de l’année dernière) une augmentation de leur tranche d’aide au premier trimestre. Une tranche qui était passé de vingt cinq mille (25000) à trente cinq mille (35000) francs Cfa, l’année dernière juste pour les faire taire et boucler toutes voies de manifestation. Pauvres étudiants. Ils sont nombreux à travers ce calvaire. Malgré cela, le mois dernier, certains étudiants étaient sur le point de manifester mais le mouvement a été étouffé in extremis par les autorités estudiantines.
En revanche, au lieu de chercher de meilleures conditions de travail pour ces étudiants, on préfère regrouper une frange de ces étudiants dans des associations fantoches, leur distribuer des liasses de billets et les amener à, semer la diversion dans les rangs de ceux qui, conscients de la situation, sont animés par l’esprit de revendiquer ce qui leur revient de droit.
C’est au vu de toutes ces réalités que des professeurs d’université ont eux-aussi fustigé l’introduction ‘précoce’ de ce système au Togo et accusant les autorités universitaires de se livrer malgré leur quotient intellectuel, à un sal jeu de ‘copier-coller’. D’autres professeurs, bien que mesurant la taille de la catastrophe nous ont confié qu’ils ne peuvent pas refuser. Pourquoi ? « C’est une décision politique, elle vient de là haut ». Tout compte fait, le système a été appliqué cette année, et les résultats sont là. Le bilan est beaucoup plus catastrophique. On peut encore entendre le grincement de dents des étudiants et leurs cris de détresse.

Sylvio. COMBEY

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