Adolfo Suárez, l'homme ayant réussi à sortir l'Espagne de l'isolement en Europe en 1977, est décédé. Les funérailles furent pompeuses. En essayant de se battre afin de conserver la monarchie et créer un système de partis, il finit marginalisé au cœur de la politique en 1982. Au fil de sa vie il était atteint d’Alzheimer. Cette maladie cynique ne lui permit pas d' apprécier son œuvre au péril de s'écrouler. Tant mieux.

Il était la dernière pièce franquiste dans ce jeu d'échec que l'on a titré "Transition Démocratique espagnole" après la mort du dictateur Franco. Sans ce cavalier - ci hors de l'échiquier politique, il nous reste que le roi, la reine et le peuple que l'on peut surnommer « pions ». Les républicains indignés, réclament l'arrivée de la république. Le roi ne compte plus sur son cavalier qui s'employa à défendre ses intérêts.

Suárez nommé grâce à Torcuato Fernández Miranda

 

Suárez, l'architecte de ce que l'on connaît comme transition démocratique en Espagne, est mort le 23 mars.

En 1976 il était de l'autre côté, en dehors du cercueil, à côté des pleurnicheurs d'extrême droite  qui regrettaient la mort de Franco. À ce moment là, à quoi pensait-il Suárez?

La présence de Pinochet l'aurait -il intimidé? Pensait-il Suárez déjà à prendre le rôle de son chef Carlos Arias Navarro?

Tandis que les dépouilles de Franco aboutirent au Valle de los Caídos (la Vallée des tombés), Suárez était le secrétaire de la Falange, le seul parti permis par le régime, tel que le Parti Communiste en Chine. Quel aurait t-il l'avenir de cet homme ambitieux si Arias Navarro, ami fidèle de la veuve de Franco, Carmen Polo, n'eût pas été aussi incapable de mettre en œuvre la Transition? Navarro n' était pas à la hauteur et le roi le fit démissionner sans scrupules. Cela fut l’élan qui propulsa Adolfo Suárez au premier rang.

La stratégie pour désactiver une bombe est tout d'abord la capacité d'en construire une. Suárez était un grand connaisseur du système corporel de la dictature comme un jeune médecin connait par cœur le corps humain. Quel organe saignerait le moins s'il fallait tuer un patient de la meilleure manière possible?

Suárez était fort dans ce domaine avant d’être nommé président du gouvernement en 1976. Torcuato Fernández Miranda, l'autre franquiste ambitieux, parla bien de lui auprès du roi Juan Carlos pour mettre en place son plan: se débarrasser de l’extrême droite, créer un bipartisme et marginaliser l’extrême gauche.

Afin de convaincre l'Assemblée Nationale franquiste, las Cortes, de se dissoudre sans contester ce projet politique Suárez comptait sur Torcuato Arias Navarro. Il était inconcevable que deux franquistes convaincus pussent proposer une dissolution à las Cortes? Arias, l'ancien premier ministre, n'osa pas risquer sa vie et s'engager dans un plan suicidaire de tel ampleur. Comment réussir sans faire soulever l'armée?

La mission de dissoudre l'indissoluble, "las Cortes"


Avant le Noël de 1976, le peuple espagnol devait voter "Oui" ou "non" pour le référendum qui voulait déterminer si la plupart des Espagnols étaient d'accord avec la légalisation des partis politiques et la mise en place de la liberté de presse. Mais d'abord il fallait que l'Assemblée fît approuver ce projet libéral. C'était la seule clé qui permettait d'entrer dans cette serrure rouillée, étroite et décorée d'emblèmes franquistes. C'est vrai qu'en cas de résistance, le roi lui - même pouvait faire dissoudre las Cortes. Mais ce décret - loi pouvait aboutir dans un soulèvement militaire. 

C'était une manœuvre si risquée. D'une part, il ne fallait pas aller plus vite malgré les grèves et les assassinats d' ETA et de l'autre, il ne fallait pas permettre l'affermissement du régime.

Habituellement les clés peuvent ouvrir une porte en tournant à gauche et cela ne fut pas l'exception. L'anticommuniste Suárez, tel qu'il sera appelé par le gauchiste Santiago Carrillo, décida de tourner à cette direction pour démanteler le système à laquelle il était si fidèle. La droite enragée le taxera de complexé et peu cultivé. "La droite a honte d'être de droite. C'est la faute de Suárez" écrièrent ses détracteurs.

La plupart des historiens affirment la thèse que Suárez offrit une épée à las Cortes pour qu'elles - mêmes missent fin à leur vies. L'armée fut invitée à témoigner d'un spectacle sanglant. A vrai dire, l’opération Hara-kiri ne fut jamais mise en place. Cela fait partie de la légende urbaine d'Adolf le bon. On voyait ce qu'il voulait.

Hara- kiri franquiste ?

Hara- kiri franquiste ?

Ce 18 novembre 1976, 425 sur 497 "procuradores" ou députés de l'Assemblée franquiste approuvèrent la loi pour la réforme politique de telle sorte que l'Etat convoquât des élections, les premières après plus de trente ans.  Le degré de provocation est scandaleux et honteux... Il suffit de remarquer la date choisie de cette opération: deux jours avant la première commémoration de la mort du dictateur. Mais pourquoi le sang ne coula pas sur les marches de l'Assemblée? Pourquoi la guerre ne se déclencha pas? Qui la fit stopper?

Ce fut la grande victoire d' Adolf le bon, l'autre visage du prénom Adolf. Il réussit que les deux lions, Daoiz et Velarde érigés à l'entrée de l'Assemblée n'arrivassent pas à dévorer la moitié des procuradores qui pendant quarante ans cautionnèrent tous les crimes de Franco. Personne n' payé leur trahison. Adolf le bon, fut un bon dompteur de bêtes. Il fut un grand prestidigitateur aussi tel que l'on verra plus tard.


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