Spicee : le Netflix français du reportage

Nouveau venu dans le paysage médiatique français, Spicee est un pure-player qui mise sur des reportages vidéos payants. En proposant des documentaires d’investigation à la demande, comme Netflix l’a fait pour les films et les séries, la web TV au ton mordant espère reconnecter les vidéonautes avec des sujets internationaux.

Dans le sillage de la presse écrite, avec Mediapart ou plus récemment Les Jours, Spicee fait le pari d’un média vidéo en ligne payant. “100% vidéo, 100% digital, 100% indépendant”, Spicee souhaite s’émanciper de la publicité pour ne vivre que de ses abonnés. Un pari risqué qu’Antoine Robin justifie en affirmant que “le tout gratuit sur le digital est en fin de vie”, prenant l’exemple du NYT ou du Guardian qui basculent vers un modèle payant.

Après huit mois d’existence et une première levée de fond à plus d’un million d’euros (avec Xavier Niel et Marc Simoncini parmi les investisseurs), la start up compte aujourd’hui 3000 abonnés et 10000 utilisateurs. Si la web TV visait les 25000 abonnés pour son troisième anniversaire (à l’été 2018), Antoine Robin dit avoir revu les objectifs à la hausse, espérant 300 à 500 000 abonnés à l’horizon 2020.

Avant le lancement prévu de plateformes s’adressant aux communautés francophones à l’étranger (à Dubaï, au Mexique, au Maroc), Spicee a dévoilé à cet effet une version anglophone cette semaine. Le pure-player compte aussi sur la vente de ses productions à des chaînes étrangères. Le documentaire « Syrie : les escadrons du djihad », aujourd’hui le plus vu de la plateforme, a été vendu dans une trentaine de pays dont l’Allemagne, où il a été diffusé sur la chaîne publique ZDF.

Cette ambition internationale rappelle l’exemple de Vice. Né dans le creuset punk montréalais des années 90, le média américano-canadien est aujourd’hui un empire médiatique international. Une success story dont s’inspire Spicee, ne serait-ce que dans sa volonté de remettre le reportage international au goût du jour.

 

La web TV française allie ainsi des sujets inédits, dans des zones parfois sensibles et difficiles à couvrir, à une communication bien huilée. Travaillant avec une trentaine de correspondants (pigistes ou journalistes locaux implantés dans cinq bureaux), Spicee propose trois types de productions :

  • Story, du reportage avec notamment des portraits

  • Investigation, des enquêtes au long cours

  • Lifestyle, dédié à des sujets culture et société

Seule la sélection de documentaires de référence « Spicee Select » propose des reportages qui n’ont pas été produits en interne.

Plutôt que de se comparer à Vice, Antoine Robin préfère revendiquer l’esprit originel de Canal +, celui “d’Alain de Greef et de Pierre Lescure”, ainsi que le modèle proposé par Netflix, dont le prix de 9,90€ par mois a été calqué pour l’abonnement à Spicee. Louant la “plateforme de distribution de contenus extrêmement efficace” du champion américain de la vidéo à la demande, le site de Spicee ne propose toutefois pas de recommandation. L’algorithme, chez Spicee, sert à s’adapter aux nouveaux modes de consommation. En proposant des reportages à la demande (sur abonnement ou en paiement à l’acte), le nouveau média mise sur un visionnage délinéarisé et fragmenté. Les documentaires sont découpés en fonction du temps dont dispose le spectateur : 5, 15, 30 ou 52 minutes.

 

La série documentaire consacrée aux théories du complot, Conspi Hunter, illustre bien cette partition des contenus en documentaires à durée variable. Le module est basé sur le reportage de 42 minutes « Comment nous avons piégé les complotistes », sorti en 2015. Depuis, son réalisateur Thomas Huchon déploie Conspi Hunter en vidéos plus courtes pour “déconstruire et décrypter des théories du complot qui circulent sur Internet afin de permettre aux gens de s’informer de manière plus saine et de ne pas se faire désinformer” par des sites conspirationnistes qui “prétendent réinformer les gens”.

Au départ de cette série, la décision d’Antoine Robin d’inventer une théorie du complot de toutes pièces pour raconter la complosphère de l’intérieur. Si Thomas Huchon qualifie cette démarche comme étant “aux frontières de l’éthique journalistique”, il la justifie toutefois par le panel de spécialistes mobilisés, les garde-fous instaurés et la pédagogie qu’ils en font depuis dans les écoles. Pour le rédacteur en chef Matthieu Firmin, l’approche de Conspi Hunter, illustre bien ce qu’est Spicee : “des pas de côté décalés, originaux, impertinents”.

Conspi Hunter a été récompensé le 10 mars par le prix Françoise Giroud - catégorie Nouvelle Vague.

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Mathias Virilli - journaliste made in Atelier des médias

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