Snapchat : quand l'éphémère a une fin

Le président de la République sera la deuxième personnalité politique française (après Fleur Pellerin) à disposer d'un compte sur Snapchat, un réseau social basé sur le principe du dialogue évanescent et qui génère un intérêt grandissant, aussi bien pour les personnalités que pour les médias.

Démocratie Bottom-Up

Il n'y a pas que les grands médias privilégiant le temps long d'une tribune ou d'un entretien qui ont une finalité aux yeux des personnalités politiques lorsque celles-ci cherchent à s'adresser aux citoyens. Dans le courant de la première quinzaine de novembre, François Hollande va ouvrir un compte Snapchat, a fait savoir Gaspard Gantzer, le conseiller en communication de l’Élysée, à l'hebdomadaire Stratégies.En faisant son apparition sur ce réseau social plébiscité par les plus jeunes et qui revendique plus de 100 millions d'utilisateurs actifs dans le monde, François Hollande emboite le pas aux candidats à la présidence américaine, qui savent aller là où les répliques fusent. Bernie Sanders, le Démocrate qui tente de tenir tête à Hillary Clinton dans les sondages, a ainsi fait ses débuts dès mi-juillet sur Snapchat.

L’application, du fait de son caractère à la fois exclusivement dialogique et éphémère, est à même de « redynamiser la relation démocratique », estime Gaspard Gantzer. Le réseau social basé sur le principe du dialogue immédiat d’égal à égal permet en effet de basculer vers une pratique de la démocratie bottom-up : une initiative politique ne s’applique pas sur la réalité de la vie quotidienne comme elle descendrait des dorures de l’Élysée vers les smartphones du peuple sous la forme d’une notification push, mais c’est la réalité des gens, dans son caractère mouvant et éphémère, qui est à même de forger une idée, voire même de tester une décision. Preuve que l'éphémère peut avoir une fin sur le long terme. 

Principes théoriques et mesures pragmatiques ne se présentent plus dans l'espace d'une dualité irréductible, mais, en constante interaction, activant une dynamique nouvelle. Cette forme de dialogue, Facebook et Twitter ne la permettaient pas encore pleinement. Facebook, avec son « mur » accordant le primat au « profil », sert surtout de vitrine pour les personnalités politiques, qui se contentent le plus souvent d’y consigner leurs visites et leurs actions. Twitter, plus réactif, est davantage propice au débat, mais là encore, la logique du compte personnel façonné et géré à dessein entre en contradiction avec l’humilité et la vivacité d’un dialogue à bâtons rompus.

Snapchat recrute des journalistes

Progressivement, Snapchat est entrain de devenir la matrice du débat politique spontané et sporadique. C'est  la presse, qui, dans un second moment, se charge de reconstituer (trier et organiser les captures d'écran), de commenter et de conceptualiser les données produites par les échanges. Avec Snapchat, la valeur ajoutée du journaliste est donc encore plus forte que lorsqu’il s’agit de relater une polémique politique sur Twitter ou sur Facebook. Ce n’est pas un hasard si l’application recrute des journalistes depuis 2014 en vue de couvrir la présidentielle de 2016. Ils sont chargés de rassembler les « Snaps » (messages, photos, vidéos) par géolocalisation, de les sélectionner et les assembler pour en faire une narration, une « Story ». En avril, Snapchat a d’ailleurs débauché une pointure de CNN, Peter Hambry, pour en faire son directeur des informations. Dans le même temps, la plateforme a noué des partenariats avec des médias populaires comme Vice, le Daily Mail et Sky News, pour partager les contenus de Discover, son service qui distribue de l’information.

Spontanéité sur fond de temps long

Grâce à cette fonctionnalité de « Story », qui induit la considération d'un temps long et construit, les utilisateurs peuvent accéder à un flux de contenu lié à une marque ou à un événement. De quoi expurger toute tentation de verser dans l’hybris sous prétexte que les photos et les propos que l'on dépose se dégradent instantanément — d’autant plus que le réseau social vient de s’octroyer le droit de stocker, d’utiliser, d’afficher et de reproduire sous quelque forme et dans tous les médias ou les méthodes de distribution les contenus émis par les utilisateurs. Mais, de quoi aussi pour les personnalités politiques qui se prêtent au jeu d'être amenées malgré elles à se corseter dans des dialogues plus maîtrisés, et peut-être plus crispés que des discussions sans trace ni suite. Comme si l'éphémère avait un jour une fin.  

 

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias).
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