Depuis ce samedi 29 novembre et pour deux jours; la capitale sénégalaise accueille la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage. En amont de cette rencontre, qui permettra de désigner le secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, plusieurs événements annexes ont été organisés à Dakar. L’équipe de l’Atelier a pu assister en particulier aux 43èmes Assises de l’Union de la Presse Francophone (UPF). Le président sénégalais Macky Sall, qui a clôturé ces assises, a accepté de se livrer à un jeu de questions-réponses avec quatre journalistes. Que pense-t-il de la révolution numérique? Comment a-t-elle changé son activité d’homme politique? Quand son pays adoptera-t-il un code de la presse qui préserve les journalistes de l’emprisonnement ? Regrette-t-il l’expulsion du blogueur et opposant tchadien Makaila Nguebla?

 

Voici quelques propos tenus par Macky Sall lors de l'entretien :

“Notre monde est en train de subir des modifications extraordinaires du fait du
numérique et du fait de la révolution de l’information.
Aujourd’hui le numérique a apporté une transformation radicale. Et la presse n’échappe pas à cette révolution (...) C’est une opportunité pour tout le monde. Nos jeunes doivent être préparés à cette révolution numérique.” 

 

Les réseaux sociaux

“J’ai été très actif sur le net à l’époque où j’avais plus de temps. J’animais ma page Facebook, je twittais. Aujourd’hui les réseaux sociaux sont une donnée réelle dont il faut tenir compte et je suis en train de me réorganiser pour que mes pages Facebook et Twitter soient actives et que ce soit moi même qui puisse les animer pour participer au dialogue.
Aujourd’hui, qu’on soit chef d’état, journaliste etc, si on est pas connecté c’est qu’on est out.”

 

Expulsion de Makaila Nguebla
En 2013 le Sénégal a expulsé un blogueur et opposant tchadien Makaïla Nguebla qui a reçu, depuis, l’asile politique en France. Nous avons demandé au président Sall s'il regrettait cette décision.

“Nous ne sommes pas là pour orchestrer une déstabilisation vis à vis de quelque pays que ce soit. Par contre tous les journalistes qui, dans le respect de la liberté de la presse entretiennent une relation de bon voisinage entre le Sénégal et le pays d’origine n’ont aucun problème.
Mais lorsque le gouvernement tchadien, à plusieurs reprises, avec des documents à l’appui, saisit notre gouvernement pour se plaindre des agissements de ce blogueur - et il y a eu suffisamment de plaintes, nous l’avons suffisamment interpellé pour attirer son attention et il a continué - la seule chose qu’on pouvait lui dire c’était d’aller continuer son activité ailleurs. Nous devons préserver de bonnes relations avec le voisinage, entre le Sénégal et le Tchad.
Nous avons encore chez nous énormément de journalistes qui viennent d’autres pays et que nous protégeons.“

 

"Nous allons voter le nouveau code de la presse"

Depuis près de 5 ans, le Sénégal doit voter un nouveau code de la presse. ce texte devrait permettre de dépénaliser les délits de presse, c'est à dire exclure les peines de prison liées à l'exercice du journalisme et de la liberté d'expression. 

“Au Sénégal nous avons une presse libre. C’est un acquis historique dans ce pays. Il n’y a pas un seul journaliste en prison pour délit de presse ou délit d’opinion. Nous n’avons pas de problème de liberté. Toujours est-il que dans notre pays la presse vient d’installer elle-même un tribunal des pairs. Désormais, si nous avons des reproches à faire à des journalistes, nous nous adresserons au tribunal des pairs et non pas au tribunal correctionnel.

Nous avons maintenant un code de la presse qui a été élaboré depuis plusieurs années et qui bloquait à l’Assemblée Nationale car un député a estimé que c’était un code attentatoire à la liberté de certains citoyens. Mais le groupe parlementaire qui est le notre a été invité à reprendre le document et nous allons nous même le réintroduire. Nous allons voter le nouveau code de la presse qui consacre la dépénalisation des délits de presse. Mais il faut reconnaître qu’il y a parfois un problème d’abus. La presse c’est aussi l’équilibre dans l’information. Lorsque des non journalistes s’invitent dans la profession et l’utilise comme un moyen de chantage on n’est plus dans le journalisme.
Il y a, je pense, urgence à voter ce code de la presse. Et de la nécessité à faire de la régulation sur le net. Car derrière l’anonymat du clavier parfois on détruit des vies. Cela mérite en tout cas réflexion.”

Lien supplémentaire

Merci à Coralie Pierret (RFI) pour son appui ainsi qu’à Khadija Ridouane (UPF), Pape Mady Diop (RTS) et Jean Kouchner pour l’entretien avec Macky Sall.

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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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Commentaires

  • Alors on est "out".Eh mais ça c'est l'anglophonie, et non plus la francophonie :-)

  • Les hommes politiques et Présidents Africains doivent désormais comprendre que nous les avons à l'oeil et que tout action maladroite de leurs parts sera tout simplement au grand jour. Mais aussi, toutes les actions qu'ils poseront pour le développement de leurs pays seront également publiés. C'est le cas pour les actions que pose le Président Ivoirien Alassane Ouattara pour l'émergence de son pays. Ce qui est à saluer.  

  • Il est clair qu'avec les réseaux sociaux rien ne sera plus comme avant pour les africains dans les domaines politiques et économiques. Nous sommes informés des gestes et fait de chaque homme politique ou d'un haut responsable.

    C'est interessant que que l'ADM a pu interviewé Macky Sall sur l'expulsion du blogueur et opposant Tchadien.

    Merci Ziad pour cet article 

    • Merci Maiga :-)

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