Si l’état haïtien savait, si jeunesse pouvait.

Le refrain est connu de tous. Du moins de tous les parents des classes pauvre et moyenne vivant dans les provinces. Ecole, université, travail, voilà les 3 mots qui constituent le crédo qu'ils répètent inlassablement à leurs progénitures dès leur plus jeune âge. Etant enfant, le choix et la séquence de ces mots ne sauraient être objet de débat. C'est l'évangile selon « La Vérité ». Elle aurait résisté aux épreuves du temps et demeure inchangée. Seulement, avec le vaste mouvement du monde, notre pays, dans sa ténacité à s'éloigner de la stabilité, semble avoir trouvé le moyen de remplacer le point final solidement ancré du crédo « Ecole-Université-Travail », en un point d'interrogation. Et ce n'est pas la réalité actuelle qui en disconviendra.

Ce sont, chaque année, des centaines de milliers de jeunes qui quittent la tranquillité et la vie familiale des provinces pour venir braver la faim, les déceptions, les humiliations et expérimenter la promiscuité de certaines zones de Port-au-Prince, dans le souci d'entamer, et de compléter pour la plupart, des études universitaires garantes de l'obtention d'un boulot quand la volonté divine le permet.

Les parents, déjà essoufflés par les 17 années d'études dont les coûts dépassent souvent largement les maigres rentrées accidentelles de plus d'un, font les derniers pas extrêmement éprouvants de la traversée du désert en se fixant les yeux sur ce qu'ils croient être la terre promise. Les rares possédants consentent souvent à vendre leurs bétails et leurs terres pour payer l'ultime étude de ceux qui ont combattu le beau combat et à qui devraient être réservés le lait et le miel.

Cérémonie de graduation. Des visages sillonnés de larmes de fierté et de reconnaissance au regard du chemin difficilement parcouru. Les espérances brisent alors les carcans de la modestie. Les rêves concurrencent l'arc-en-ciel. Et vite les cauchemars s'y mêlent. Pas de réponses aux CV déposés. Pas assez d'offres d'emploi. Recrutement déloyal et sexuellement conditionné. Ils se tournent vers l'Etat. Déception, refus, nombre d'années de militance insuffisant.

C'est alors que les plus persévérants et les plus assidus se rappellent quelques conseils du livre de Robert Kiyosaki « Père Riche et Père Pauvre », et décident de travailler pour leur compte en créant leurs propres entreprises. Une fois le domaine d'intervention choisi, le plan d'affaires élaboré et les consultations terminées, ils se rendent tardivement compte que l'argent nécessaire au lancement n'a pas répondu à l'invitation. Des investisseurs non plus. Les choix s'amenuisent, une seule option reste à explorer: un emprunt en banque !

Celle-ci pourrait bien aider. Mais le taux d'intérêt exorbitant et la garantie inaccessible exigés se liguent en ennemi farouche de ses jeunes qui ne résistent plus à l'envie de se livrer au malheureux destin qui les entraîne. Maintenant que la volonté de Dieu soit faite !

Ils sont sur le béton. Frustrés et décontenancés. Pas d'électricité. La chaleur est paralysante. La mendicité, l'envie, l'audace mal placée et hypertrophiée, la haine, la violence, la débauche, la corruption, les vertus inversées, tous ces mauvais recruteurs sont alors à l'oeuvre et beaucoup se font finalement engager. Voilà comment le noble crédo se voit désagréger. Si l'Etat haïtien savait, si jeunesse pouvait...

Si l'État haïtien savait, il encouragerait la diversité des filières, valoriserait les métiers manuels et artistiques, renforcerait la formation des enseignants tout en augmentant leurs salaires, exigerait l'excellence des étudiants, récompenserait les valeureux, définirait une vraie politique de jeunesse et prêcherait l'exemple par l'exemple. Et si les jeunes pouvaient, ils réfléchiraient mille fois avant d'accepter un poste pour lequel ils ne sont pas qualifiés et dont l'unique objectif est d'exhiber leurs incompétences à la face de ceux qui ne cessent de réclamer une intégration pas suffisamment définie et planifiée. Ils résisteraient à l'envie de mordre à l'hameçon du gain rapide et facile.

Ils comprendraient que l'heure est au leadership collectif. Ils se formeraient davantage pour être plus compétitifs. Ils apprendraient des erreurs des aînés et les surpasseraient. Ils épouseraient de manière non équivoque la cause de ce pays dont le destin est marqué du sceau de la gloire.

La population haïtienne est trop jeune pour être pauvre. Ce n'est pas l'énergie qui manque, mais sa canalisation vers un objectif élevé. Ce ne sont pas les têtes bien faites qui manquent, mais des coeurs humbles et aimants. Ce n'est pas l'étranger qui nous prend un boeuf pour chaque verre de lait servi en guise de don qui nous relèvera de notre ruine. Une fois de plus, dépassons nos intérêts individuels siamois de la mesquinerie, transcendons-nous et réalisons l'idéal de ce qu'exprime notre chère devise nationale : « L'union fait la force ! »

Dr Valéry Moïse lyvera7@yahoo.fr

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