Sérendipité et résilience, deux notions mal comprises

Crédit photo: Estherase via Flickr/CC


Ce n’est pas la première fois que je vous parle de sérendipité et de résilience, et je devrais sans doute m’excuser auprès de ceux qui ont compris. Mais la triste vérité est que si ces termes sont couramment utilisés dans les cercles qui innovent un peu partout dans le monde, en France, et dans l’univers francophone, par contre, ceux qui les comprennent et les utilisent restent trop peu nombreux.


La sérendipité

La sérendipité, je le rappelle donc, c’est le hasard heureux, le fait de découvrir quelque chose qu’on n’attendait pas. Elle ne peut être planifiée, ce qui échappe aux managers, mais on peut la rendre possible en créant les conditions favorables à la multiplication des hasards propices.

Même si les « potions magiques » conduisant à l’innovation n’existent pas, on retrouve toujours certaines composantes dont les deux plus importantes sont les espaces ouverts et la diversité. Ils permettent que les idées fusent de conversations imprévues. De là l’importance des machines à café et autres lieux de détente dans les bureaux. J’ajouterais volontiers aujourd’hui l’image parlante de « collision », souvent utilisée par Tony Hsieh, fondateur de Zappos, le premier site ayant su nous vendre des chaussures online. Il faut, presque littéralement, rentrer dans quelqu’un que l’on ne s’attendait pas à voir, aborder un sujet improbable pour que l’on ait des chances de voir sortir des étincelles créatives.


La résilience

La résilience part de l’acceptation de l’échec si importante et si mal comprise. Ça se joue à trois niveaux.

  • Il faut d’abord le tolérer. 
  • Il est bon d’être capable de le récompenser car ceux qui n’échouent pas n’ont pas essayé d’aller assez loin. 
  • Il faut enfin se donner les moyens de rebondir après avoir échoué.


C’est ça la résilience et c’est la partie la plus importante puisqu’elle débouche, quand tout va bien, sur une nouvelle vie, de nouvelles opportunités. Le terme se retrouve dans de multiples disciplines dont vous trouverez la liste sur Wikipedia. En voici deux :

  • « En écologie et en biologie, la résilience est la capacité d'un écosystème, d'une espèce ou d'un individu à récupérer un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation. » C’est l’image fondamentale, celle qu’il faut retenir. 
  • « En économie, la résilience est la capacité à revenir sur la trajectoire de croissance après avoir encaissé un choc. »


La résilience est donc une réponse positive à l’acceptation de l’échec avec laquelle nous avons tant de mal. Elle implique intégration des risques. Elle se traduit, pour celui ou celle qui échoue, par la confiance dans la possibilité et la capacité de se reprendre. Pour un système c’est, à côté de l’érection de protections, la mise en place des mécanismes permettant de redémarrer.

Vous devez vous dire que c'est un peu lointain pour la plupart d’entre nous. Je me suis posé la question mais en fait le terme nous concerne tous dans la mesure où il est la capacité psychologique de renaître de sa souffrance comme l’a montré le psychiatre et psychanalyste français Boris Cyrulnik. Et ce qui me passionne c’est qu’il s’applique, bien évidemment aux villes, entités complexes et vivantes comme nous. Notamment en cette période de changement climatique.

Il semble que dans la littérature anglophone, la résilience est à ce début de siècle « ce que le développement durable était aux années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. » Il serait temps de mettre nos montres à l’heure. Le recours au concept s’est encore accéléré après les ravages causés à New York par l'Ouragan Sandy. Le raisonnement est maintenant qu’au lieu de prétendre se mettre à l’abri de tout il est préférable de créer les conditions d’un redémarrage rapide. C’est un vrai changement de paradigme qui consiste à se donner les moyens de nager dans la tourmente plutôt que d’essayer de faire barrage à la crue…


Chaque semaine, Francis Pisani chronique les évolutions et révolutions de la société numérique dans l'Atelier des médias. C'est notre vigie à l'affût des nouveautés, des frémissements, des évolutions de nos usages qui indiquent que les médias (au sens large) sont en train de changer d'ère. Depuis 2013, Francis publie également des chroniques dans La Tribune et l'Opinion.

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