#Sarcellopolis: voyage au coeur de la «diverse cité»

Cette année, le prix Visa d’Or 2015 du meilleur web-documentaire a été décerné à Sarcellopolis. Ce film interactif plonge le spectateur au coeur de Sarcelles, une ville de banlieue, au nord de Paris, devenue un emblème de coexistence multiculturelle. Le documentaire est construit autour d’une balade interactive à bord du bus 368. Un voyage où se croisent huit destins. L’Atelier des médias a rencontré l’auteur de Sarcellopolis, Sébastien Daycard-Heid, pour aborder avec lui les dessous de cette réalisation.

Sarcellopolis, c’est le récit d’une ville en mosaïque. D’emblée, on est accueilli dans une cité qui dort encore. Petit à petit, la ville se réveille et l’on entre dans l’intimité d’individus anonymes, aux destins méconnus. On embarque avec eux à bord d’un bus sarcellois et s’engage la conversation. Le bus parcourt la ville au fil des rencontres. Le temps d’un trajet, ces personnages se révèlent les héros d’un roman interactif et visuel. Ce roman, Sébastien Daycard-Heid et son co-rélisateur Bertrans Dévé, ont voulu l’écrire pour combattre les préjugés sur la banlieue. Il est produit par François Cusset de Yes Sir Films et la photographie est signée Cédric Faimali.

«Il s’agissait de rendre hommage à la diversité de cette ville. (...) Sarcelles est une ville que tout le monde connaît ou a vu à travers les médias, mais, comme d’habitude, personne n’y va jamais.»

Le grand ensemble revisité

Le titre du web-documentaire fait allusion à l’oeuvre littéraire homonyme de Marc Bernard, qui a résidé à Sarcelles pendant trois mois dans les années 60. Dans cet essai, l’auteur décide de déconstruire l’imaginaire et les idées préconçues liés à l’émergence des cités-dortoirs. Une démarche qu’a souhaité reprendre Sébastien Daycard-Heid dans son web-documentaire. A travers des rencontres en apparence fortuites, Sarcellopolis se présente comme un remède à la «sarcellite», cette maladie invoquée par les médias des années 60, qui accorde aux grands-ensembles et aux banlieues un caractère anxiogène.

Depuis 50 ans, Sarcelles est devenue un «observatoire des banlieues», selon Sébastien Daycard-Heid, pour qui la ville est «une des plus belle réussites de notre modèle républicain.»

«On retrouve à Sarcelles toutes les questions que la société française aujourd’hui se pose sur l’intégration et sur la conjonction des identités. L’assimilation n’a jamais existé en France, c’est un mythe. Il n’y a pas une identité nationale qui effacerait toutes les autres. Il y a plusieurs identités que les gens ont besoin de conjuguer.»

Du microscopique au macroscopique


Sarcelles est une mosaïque. La « diverse cité » est à l’image du monde. Dans cette ville aux 60.000 visages cohabitent 90 communautés ethno-religieuses, dont deux vastes communautés, l’une juive et l’autre musulmane. « A Sarcelles, on est toujours à New York ou Jérusalem, c’est selon. »  Les personnages de Sarcellopolis sont les dignes représentants de cette multiculturalité pacifique.

Les créateurs de Sarcellopolis ont fait le choix de structurer la narration en privilégiant une forme de «speed dating» limitée dans le temps: un trajet de bus dure 20 minutes, cela oblige l’internaute à choisir les rencontres qu’il veut faire parmi huit films-portraits. Bambi est Bretonne et Mauritanienne, elle est lycéenne et veut devenir chirurgienne militaire. Belkacem est Algérien et habite Sarcelles depuis près de 50 ans. Il y a aussi Madeleine, qui fait partie de la communauté assyro-chaldéenne, Michel, éducateur culturel, et Ludjy, passionné de football.  On rencontre aussi Eddy, chauffeur du bus 368. «Ceux qui connaissent le mieux une ville ce sont les chauffeurs de bus, car ils sont le lien entre tous les quartiers et tous les habitants » explique Sébastien Daycard-Heid.

Mais Sarcellopolis évoque également une réalité conflictuelle, une réalité qui a valu à la ville ce surnom de “Petite Jérusalem”. A l’été 2014, Sarcelles a vu ses rues cristalliser les tensions entre pro-Israéliens et pro-Palestiniens. Les portraits croisés de Nabil Koskossi et de son avocat Arié Alimi remettent en contexte les conditions qui ont donné lieux aux émeutes de juillet. Pendant les bombardements israéliens sur la bande de Gaza, une manifestation de sympathisants palestiniens s’était transformée en émeutes. Nabil Koskossi, qui avait organisé ce rassemblement initialement pacifique, avait fait l’objet de poursuites. Avec l’aide de son avocat, la plainte déposée par la ville de Sarcelles a été classée sans suite.

REUTERS/Benoit Tessier

« Depuis les émeutes, Sarcelles est traumatisée, les gens doutent d’eux-mêmes et de leur ville, de leur capacité à pouvoir encore vivre ensemble. Une méfiance s’est installée, de part et d’autre, entre les communautés » souligne Sébastien Daycard-Heid.

Le web-documentaire est accessible directement sur son site internet, mais il sera également hébergé sur le site de Médiapart à partir du 18 septembre. Il sera accompagné d’un documentaire radiophonique sur France Culture le 16 octobre et d’un documentaire TV diffusé sur France 3 Ile-de-France le 17 octobre.


Pour voir plus loin...

Le portfolio photographique de Jean Fabien, réalisé avec un iPhone dans une autre ville emblématique de la banlieue parisienne - Good Morning Montreuil.

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Melissa Barra est journaliste à L'Atelier des médias de RFI
@MelissaBarrra

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