“Sans A_”, le pure-player des invisibles

“Rendre visible les invisibles” c’est le projet de Martin Besson (20 ans) avec “Sans A_”. Lancé en mars 2014, ce média en ligne s’intéresse aux laissés-pour-compte de la société française, à celles et ceux qui sont “sans-abri, sans argent, sans attention, sans amitié”... En racontant leurs histoires, Martin et son équipe entendent lutter contre les préjugés qui pèsent sur les personnes qui vivent dans la précarité et par ricochet, créer du lien social.

Dans notre reportage sur “Sans A_” à écouter ci-dessous, nous avons utilisé des extraits du documentaire “Travailleurs de galère” réalisé par Morgane Baghlali-Serres, Jean-Christophe Catalon, Nathalie Gresset et Sasha Mitchell.

En octobre 2013, Martin n’a que dix-huit ans, il veut créer une application qui permettrait de mettre en relation des sans-abri avec les habitants du quartier alentours. Pour mieux comprendre le quotidien des personnes sans domicile fixe (SDF), Martin se lance dans une expérience d’immersion. Un matin, il sort de chez lui, un sac de couchage sur le dos et dégote un morceau de carton sur lequel il écrit un message destiné à faire la manche.
Il est frappé par la désaffection des passants à son égard, cette ignorance et ce mépris qui plongent les sans-abri dans une “solitude complète”. À la fin de la journée Martin rentre chez lui. Le lendemain matin, il se souvient d’une phrase que lui avait lancée un sans-abri : “les gens me regardent mal alors qu’ils ne connaissent pas mon histoire”. À partir de ce moment, Martin se dit qu’il faut donner plus de visibilité aux personnes en situation précaire. Comment ? En dressant leurs portraits et en les publiant sur un média en ligne. Ce média, Martin le nomme “Sans A_” et le lance en mars 2014.

Sans A_ mais avec histoires

« À l’inverse des médias traditionnels, nous nous consacrons à comprendre et à exposer les vies de ceux que l’on ne voit plus », Martin Besson

Si, à ses débuts, le pure-player se concentrait sur les histoires des sans-abri, aujourd’hui il s’intéresse plus largement aux personnes touchées par la précarité (économique, affective, sociale, physique). Sur “Sans A_” on peut croiser Anne qui a “connu l’inceste, la rue et les viols à répétition”, Pierre qui a “des dettes jusqu’au trottoir”, Haibah un homme d’origine sahraouie qui a trouvé refuge en France ou Ariane qui se bat contre l’endométriose. Une chose frappe sur ce pure-player : les photographies aussi poignantes que les récits.
“Sans A_” raconte aussi les réfugiés dans “L'exil : la sortie de secours” et “Les lois de la Jungle” de Stéphane Guerrini ou dans “Refugee Blues”, le journal de bord de Maguelone Girardot qui a passé dix jours à Calais en tant que bénévole au Secours catholique. Martin Besson regrette la façon dont les médias traditionnels parlent des réfugiés : “ C’est souvent des mauvaises nouvelles qui contribuent largement aux stéréotypes et aux préjugés, sans pour autant proposer des solutions”.
Qu’est-ce que “Sans A_” apporte de nouveau au traitement médiatique des réfugiés ? L’équipe s’attarde sur les récits de vie des réfugiés, “on prend le temps de le faire, on s’attarde beaucoup sur la photo. Chaque histoire doit avoir ses propres images, ses propres sons, ses propres vidéos ”.

Parler des exclus pour lutter contre les préjugés

Serge (Crédit photo : Benjamin Filarski)

« Son "coin", à lui, c’est le quartier de Denfert-Rochereau à Paris. Un carré de pelouse posé sur une vaste allée ombragée, une tente et quelques affaires qui s’accumulent. Né d’un père harki, violent, qui frappe sa mère, il est placé dès l’enfance, avec ses douze autres frères et sœurs, en famille d’accueil au fin fond de la campagne bretonne. Serge s’appelle aussi Salah, c’est son deuxième prénom, mais tout le monde l’appelle Serge.
« Salah, c’est parce que je suis un fils d’harki », une origine qu’il revendique, mais qu’il se fasse appeler Serge ou Salah, il n’en a pas grand-chose à faire», (Extrait du portrait de “Serge : guerrier du bitume” écrit par Samuel Chalom)

Pourquoi ne pas avoir créé une association ou une maraude pour venir en aide aux réfugiés ? Pour Martin, dresser le portrait des exclus est un acte social : “Ces personnes ont une vie absolument incroyable. Si les gens connaissent leurs histoires ça peut créer un élan de solidarité, rendre le monde plus humain, reconnecter les gens entre eux” explique-t-il.

Pas seulement l’hiver

« On souhaite parler exclusivement de la précarité. C’est un segment de l’info que beaucoup ignorent. C’est un peu le marronnier de l’hiver. Personne n’en parle l’été. » (Martin Besson dans une interview accordée à Street Press)

Dans la presse, il est habituel de lire des articles sur les sans-abri en hiver, les réduisant presque ainsi au rang de marronnier (un sujet d’article récurrent et prévisible comme les soldes, les fêtes de fin d’année par exemple). “Il faut en parler toute l’année” préconise Martin, car “les sdf ne meurent pas seulement en hiver”, c’est ce qu’explique cet article publié en décembre 2014 par Les Décodeurs du journal Le Monde.

“Sans A_” est alimenté par près de quatre-vingts membres, tous bénévoles.

http://www.sans-a.org/

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