Bénéficiaire d'une bourse de formation en France suite à un concours
d’orthographe organisé par l’institut français à Dakar, Bousso Dramé renonce à son visa à cause de l'humeur exécrable du consulat de France. Elle publie sur le net, le jeudi 20 juin 2013, les motifs de son désistement dans un billet qui fait aussitôt le tour du net. Elle s’illustre dans un déploiement d’éloquence qui séduit.

 

Son compte twitter, @BoussoDrame passe de 200 à 900 twitos en 2 jours.

Sa page facebook, créée le 12 juin, compte déjà des milliers d’abonnés. Toutes les rédactions se saisissent de cet événement et en font leur gros titre. Une icône est née. Logique, il n'y a pas besoin d'être un spécialiste pour sentir que cette réaction sera un tournant important dans l'accueil et le traitement des demandeurs de visas dans les différents consulats de France. Ce renoncement spectaculaire de Bousso Dramé remet surtout la dignité au centre du combat d’affirmation identitaire qu'elle prône.

 

Plus qu'un langage de sourd, la réaction d'Alain Jouret, consul général de France à Dakar, sur les motifs du boycott de la jeune lauréate persiste dans la même attitude paternaliste qu'on reproche aujourd'hui à la France à l'égard de l'Afrique. Loin d'adoucir celle qui se présente, sans conteste, comme la voix d'une dissidence à un comportement au relent colonial d'antan, les justifications du consul, dans le fond comme dans la forme, ont eu pour seul effet de raviver le punch épistolaire que Bousso Dramé nous a fait découvrir dans sa première missive.

 

C’est au site leral.net que le consul de France, certainement par parallélisme des formes, a estimé apporter une réponse à la même échelle médiatique en se disant « vraiment désolé » après la découverte de la lettre de Boussou Dramé.

 

« Elle aurait dû me contacter pour m’expliquer ce qui s’était passé. Je lui ai aussitôt envoyé un courriel auquel elle n’a toujours pas répondu. On ne reste que cinq minutes au guichet pour récupérer son visa, le contact a peut-être été froid, peu cordial. La seule chose que je sais c’est qu’il n’y a pas eu d’insultes.»

 

« A mon arrivée, j’ai mis en place un système qui fait que personne ne fait la queue plus d’une heure. J’ai également renouvelé l’ensemble du personnel, désormais en grande partie issu de la diversité culturelle : franco-sénégalaise, franco-ivorienne, Dom-Tom, etc... »

Alain Jouret nous révèle que les plaintes pour « manque d’égards » de personnes ayant reçu leur visa sont rarissimes : « Nous avons mené une enquête de satisfaction, et 82% des personnes interrogées se disent satisfaites ou très satisfaites. »

 

La réponse de Bousso Dramé n'a pas tardé, sa réaction aux propos du consul sur sa page Facebook est dans la même rhétorique et aussi percutante que sa première correspondance.

"Par rapport au Consul General de France au assé. Je lui ai aussitôt envoyé un courriel auquel elle n’a toujours pas répondu".

La formulation est inappropriee, ce "aurait du" n'a pas lieu d'être. Car je ne suis pas sous tutelle de ce respectable monsieur. Je n'ai pas a lui rendre compte. Je ne suis pas une de ses employés. Je suis occupée, par ailleurs et, par conséquent, je ne peux répondre a toutes les sollicitations. Cela vaut pour tous les messages plus courtois que je reçois.

Je suis un demandeur de visa comme tout autre et j'ai suivi la même procédure que les autres, pour la finalite que l'on connait. Monsieur JOURET, Consul de France, dit "82% des personnes interrogées se disent satisfaites ou très satisfaites". Je suis ravie de ce chiffre annonce. Dans mon monde a moi, au moins 82% des demandeurs de visa, sont blesses par la façon dont ils sont reçus. L'adhésion massive a ma lettre ouverte clos le débat.

Bonne journée.

Africainement votre,"

 

La note de cette marque de condescendance à l’égard de Bousso Dramé risque d’être très salée car elle reflète déjà, dans sa couverture médiatique, les arriérées d’impayés de pas mal de frustrations et de sentiments de mépris thésaurisés sur plusieurs années. Il faut passer à la caisse maintenant.

 

Solo Niare

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