Rozana : la radio des citoyens journalistes syriens

Salle de formation de Rozana et Logo de la radio (photo Z. Maalouf)

Durant 15 jours, au mois de mai, la ville de Gaziantep en Turquie a accueilli une formation de jeunes journalistes venus de la Syrie voisine. L'objectif : professionnaliser les futurs correspondants de la radio Rozana. Un media destiné aux populations syriennes de l'intérieur. Qu'est ce que ce projet? Qui sont ces correspondants? Quelles difficultés pratiques et politiques rencontre cette radio syrienne ? Nous consacrons deux émissions spéciales à ces questions avec ce reportage Rozana : la radio des citoyens journalistes syriens.


Une radio, un contexte

Il y a un peu plus de deux ans, dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne, le peuple de Syrie se soulevait contre le régime quarantenaire des Assad, de leur armée et de leur parti, le Baas. Plus de 24 mois après le début de ce soulèvement pacifique, la situation à l'intérieur du pays ne cesse de se dégrader. A chaque jour son lot de morts, de massacres, de réfugiés et de déplacés. Chaque jour aussi, l'opposition, devenue armée, s'enfonce dans les luttes intestines et les dérives islamistes de certain. C'est dans ce contexte que doit naître la radio Rozana. Un projet soutenu par Canal France Internationale, CFI, et l'IMS, l'international media support au Danemark et appuyé par Reporters Sans Frontières. C'est également dans ce contexte, et au moment ou la Turquie était la cible d'attentats à sa frontière syrienne, que vingt jeunes filles et jeunes hommes sont arrivés à Gaziantep pour être formés aux techniques du journalisme radio. Vingt jeunes qui viennent de subir deux ans de guerre. Deux ans de risques. Deux ans à raconter la vie à l'intérieur de la Syrie avec des films et des histoires produites sans moyen et sans expérience. C'est la deuxième fois que Rozana réunit ses futurs correspondants. Son lancement est prévu depuis Paris cet été. La plupart des jeunes venus à Gaziantep, cette base arrière des ONG travaillant sur la Syrie, ont pris de nombreux risques pour arriver jusque là: check points, arrestations, tortures, snipers, bombardements. Leur histoire est celle d'un pays inquiet et déchiré, nous l'avons racontée durant deux semaines. Sachez que presque tous les noms de ces reportages sont des pseudonymes. Les voix aussi ont été modifiées.

 

Formation au son sur Audacity (Z. Maalouf)

La guerre en Syrie a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de citoyens. En parallèle des combats armés et des massacres, une bataille médiatique est menée par les deux camps. Un combat qui, du côté de la révolution, implique des centaines de jeunes journalistes improvisés. C'est grâce à leurs images, leurs témoignages et leur courage que des informations arrivent de ce pays où les professionnels de l'information sont la cible du pouvoir. La radio Rozana est un des projets les plus ambitieux actuellement pour structurer ces jeunes journalistes et informer, par les ondes, la population syrienne. La formation à Gaziantep regroupait une vingtaine de personnes, venant de toutes les régions syriennes. L'objectif était de renforcer les capacités de ces futurs correspondants d'une radio qui doit, si tout va bien, voir le jour dans quelques semaines.

 

Chanson à la gloire des révolutionnaire syriens

 

Les objectifs de Rozana

 

Le projet radiophonique qui les rassemblait est extrêmement ambitieux. Si tout se passe comme prévu, radio Rozana devrait commencer à émettre depuis Paris au mois de juin. Elle s'appuiera sur un réseau de correspondants locaux qu'elle a formés à deux reprises. Beaucoup n'avaient aucune expérience dans le journalisme avant le début de la révolution. Tous sont motivés par l'idée de créer un média sérieux. La révolution syrienne a contribué à l'émergence de centaines d'organes de presse. Malgré cela, il y a un gros déficit d’impartialité et de crédibilité. Il manque également des médias d'opposition d'envergure nationale à destination des Syriens de l'intérieur.

 

Pour pouvoir émettre en FM, ce qui est crucial étant donné que l'accès à internet et l'électricité sont rares, Rozana va devoir s'appuyer sur des partenaires extérieurs. Pour être écoutée, la radio table sur de nouvelles pratiques parmi la population. Aujourd'hui, selon Hala Kodmani, les Syriens écoutent peu la radio. Ils sont plus habitués à suivre les informations télévisées. Les voitures, lieu d'écoute du média radiophonique, sont peu utilisées par manque de carburant. Pourtant, ce média facile à produire et à capter est probablement le plus adapté au terrain syrien actuel. Le besoin d'information est énorme. Les moyens d'en obtenir sont extrêmement réduits sans électricité, sans téléphone et sans internet.

Manifestation à Deir Ezzor, Ous El Arabi, mène les revendications avec ses slogans

J'ai pu assister aux premiers jours de la formation. L'objet était clairement de professionnaliser ces futurs correspondants en leur apprenant l'écriture, la diction, le montage et les techniques radiophoniques. Le niveau était extrêmement soutenu. L'implication des stagiaires était permanente. Il y a eu, pendant ma présence, de nombreuses discussions et débats passionnés. Un vote a même été organisé pour choisir les termes et expressions que l'on peut employer à l'antenne. Comment nommer Bachar El-Assad ? Le Président Syrien? le Président Bachar El-Assad ou juste Bachar El-Assad sans aucun titre? Peut-on employer le mot "martyr" ou doit-on préférer "victime"? Autant de questions essentielles pour un média né d'une révolution mais qui souhaite se distinguer par un positionnement et un style professionnels. Il ne faut toutefois pas être naïf. Radio Rozana sait à quel camp elle appartient et, dans le contexte syrien, il est impossible de donner la parole à l'adversaire. Tous les journalistes travaillent sous le coup de l'anonymat et risqueraient leur vie s'ils voulaient interviewer un officel du régime.

 

Le tableau blanc illustrant les débats sur les mots à employer ou non (Z. Maalouf)

 

Ma part de cette histoire

 

J'ai donc eu, il y a quelques semaines, la chance d'être informé qu'une rencontre de journalistes syriens était organisée en Turquie. Comme on me l’a expliqué, cela concernait les correspondants d'une radio qui était en train de se monter. Rozana, c'est son nom. Une référence à la chanson de Fairuz selon certains, un terme qui désigne les puits de lumière dans les toîts des maisons traditionnelles arabes pour d'autres. Un nom qui a pour ambition, quel qu'en soit le sens, de se démarquer des médias révolutionnaires aux appellations militantes. Je me suis donc rendu en Turquie pour assister aux premiers jours de cette formation, rencontrer ses organisateurs et ses bénéficiaires.

Poème sur la Syrie lu par et écrit par Ous  El Arabi

 

C'est un des sujets les plus bouleversants que j'ai été amené à traiter depuis que je suis reporter et journaliste pour RFI. Partager le quotidien de ces jeunes filles et ces jeunes hommes déterminés à raconter leur pays malgré les dangers immenses auxquels elles et il s'exposent. Songer qu'à tout instant, elles et ils risquent la mort. Les voir, pourtant, s'amuser, plaisanter, chanter ensemble toute la nuit comme si leur vie, depuis des mois, n'était pas un cauchemar. C'est en toute sincérité, je crois, que certains d'entre eux m'ont affirmé qu'ils ne craignaient plus la mort. L'un des plus jeunes stagiaires, Jamaleddin, m'a même expliqué que le bruit des bombardements matinaux lui manquait.

Les jeunes de Rozana chantent ensemble

 

Les médias en Syrie

Pour comprendre dans quel contexte s'inscrit ce projet Rozana, j'ai demandé à Hélène Michalak, une jeune française installée à Ganziantep et probablement une des meilleures spécialistes actuelles de l'opposition syrienne, à quoi ressemblait le paysage médiatique de l'opposition syrienne. Elle m'a fourni une liste de liens que vous partage ici. Si vous en avez d'autres, faites nous signe dans les commentaires. 

 

 

 

Liste de journaux (non exhaustive)
1- Souriatna - سوريتنا

Tous à l’intérieur, un des e-magazines les plus sérieux. Tous les semaines. 86 numéros.

 

2- Tala'na 'al hourie - طلعنا على الحرية
3- Hurriyat - حريات
4- Souria bedda hourie سوريا بدا حرية
5- Enab Baladi (Daraya) عنب بلدي داريا 

rédaction basée hors de Syrie mais correspondants à l’intérieur. 63 numeros.

 

6- Al Haak (Al Midan) الحق – عن تنسيقية الميدان

 

7- Oxygen (اوكسجين (الزبداني
8- Sendian – Minorities newspaper (Latakia)

 

9- Graffiti غرافيتي – County of Messiaf newspaper
10- Tamod تمرد-
11- Jaridet Al Thawra جريدة الثورة – جامعةحلب

 

12- Ahed Al Sham عهد الشام – المجلس الثوري في دمشق

 

13- Ana afkar أنا أفك
14 - Zaman Al Wasel- جريدة زمان الوصل
15- Majala Basira مجلة بصيرة
16- Al Sahwa الصحوة -
17- Rashia Mandassa ريشة مندسة
18- Jaridet Sharara Adharجريدة شرارة آذار 

 

19- Jaridet Emissa جريدة إميسا 

 

20- Majala al thawri al muthaqaf مجلة الثوري المثقف جريدة ورقيةالعدد السادس 

 

 

21- Aboona مجلة آبوناجريدة القابون 

 

22- Hurriya جريدة حرية العدد الاول
23- Jaridet Hanta جريدة حنطة
24- Sharara Adhar Al Akbaria شرارة آذار الإخبارية

 

25- Shems Al Huriyya جريدة شمس الحرية – منبج

 

26- 17 nessanجريدة حركة شباب 17 نيسان للتغيير الديمقراطي
27- Jeridet itlifal al yassar جريدة ائتلاف اليسار السوري  

 

28- Jeridet Al Damir جريدة الضمير -

 

29 - Al berke bil shabab مجلة البركة بالشباب

 

30- Zeiton زبتون
31- Yasmin Souria ياسمين سوريا

 

32- Zaman ا مجلة رامان في كوباني

 

33- Ana thawri ثوري أنا

 

34- Jaridet Al Raqqa جريدة الرقة جريدة جسر

 

35- Al Karameh جريدة الكرامة

 

36- Sendian مجلة سنديان

http://issuu.com/88835

 

37- Ahfad Khaled جريدة أحفاد خالد 

 

38- Al mantraa جريدة المنطرة 

 

 

39 Malaweh : journal gay

 

40 Walat : journal qui parait en kurde et arabe

Journaux imprimés en general à 5000 exemplaires.

 

 

Les Radios 

 

Radios FM : Al Asima, Huna Sham, Radio Al Kul (radios soutenues par SMART)

 

Radios sur internet : Nasaim Suria, Suria li (basée au Caire),Radio Damas

 

 

 

Organisations qui aident les médias

 

Basma, ASML, Internews, CFIIMSRSF

 

A lire aussi :

 

le numéro de Vice consacré à la révolution syrienne

 

 

 

 

* Merci à tous les stagiaires de Rozana, aux équipes de la radio, à Nour Hemici et Hélène Michalak pour leur appui et pour la traduction.

 

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Ziad Maalouf est journaliste, producteur de l'Atelier des médias RFI

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Commentaires

  • Bon courage aux futurs correspondants de Rozana!

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