Le 19 Avril 2011, le gouvernement ivoirien décide de la fermeture des universités ivoiriennes. Ainsi, l’Université de Cocody, l’Université d’Abobo-Adjamé et son annexe l’URES de Daloa, l’Université de Bouaké et son annexe l’URES de Korhogo ont vues leurs portes fermées. Au début de l’année 2012 le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique M. Cissé Ibrahim Bakongo lors d’un entretien accordé à la chaîne principale de la télévision publique affirmait que cette fermeture répond à une nécessité de restructuration, de restauration. Coût estimé des travaux : 110 milliards de Frs CFA soit un peu plus de 168 millions d’Euros. Parmi les travaux annoncés figurent en tête de liste la construction de nouvelles salles de travaux dirigés (TD), l’installation d’une connexion internet wifi avec accès libre, l’installation de matériels de vidéoconférence, la mise en ligne de tous les cours dispensés. A terme l’étudiant ne serait plus obligé d’être au sein de l’université pour assister aux cours, il pourrait le faire à partir d’un terminal lié au réseau internet. En Novembre 2012, le Chef de l’Etat M. Alassane Dramane Ouattara organise en grandes pompes les cérémonies d’ouverture à l’Université de Cocody devenue Université Félix Houphouët Boigny après 21 mois. Au vue de la durée de la fermeture, de la somme investie, des réformes et innovations attendues quelles sont les travaux qui ont été réalisés au sein de l’Université Félix Houphouët Boigny ? A l’entrée de l’Université Félix Houphouët Boigny, l’atmosphère semble bien s’être imprégnée du ‘‘départ nouveau’’. Les arbres ont été abattus, les murs repeints etc. cependant il y a comme une amertume sur les visages : les travaux effectués justifient-ils 2 années blanches ?la restauration ne pouvait-elle pas se faire en trouvant des moyens pour permettre à l’université de continuer de fonctionner ? Après le 19 Septembre 2002, date marquant la naissance de rébellion armée en Côte d’Ivoire, l’université de Bouaké avait été fermée. Cependant cette fermeture n’a pas empêché ladite université de fonctionner. Elle avait été délocalisée à Abidjan et les étudiants prenaient cours dans des amphithéâtres des universités d’Abidjan quand ceux-ci étaient libres et dans d’autres structures d’accueil. Cette université a fonctionné ainsi de Septembre 2002 à octobre 2012 avant de retourner sur son site de Bouaké. Les conditions de travail n’étaient certes pas faciles mais les cours ont quand même été dispensés et les étudiants ont tant bien que mal pu poursuivre leur formation. Il est donc légitime de se demander pourquoi de telles mesures n’ont pas pu être prises pour sauver l’école ivoirienne pendant ces 2 années ? Selon M. Cissé Ibrahim Bakongo, les travaux de restauration n’ont duré que huit mois, pourquoi donc fermer les universités pendant 19 mois ? Il y a bien là une incohérence mais les questions demeurent sans réponse. En face du Centre Hospitalier Universitaire de Cocody, une foule d’étudiants se fait vite remarquer. Ils y sont entassés en attente du prochain bus. Cet espace sans aménagement fait maintenant office de quai de bus. Avant les travaux de restauration, le quai était au sein même de l’établissement avec un parking de bus, des abri-bus et un espace suffisamment grand pour contenir cette masse d’étudiants clients de la Société de TRansport Abidjanaise (SOTRA). Aujourd’hui il n’y a qu’un trottoir sans abris pour faire patienter les futurs cades du pays avec le confort d’un soleil ardant et des intempéries dans l’attente de bus qui se font désirer aux heures de pointe. Il y règne un véritable désordre qui a malheureusement fait des victimes. La dernière en date a été amputée du pied après un accident de la voie publique. Une fois à l’intérieur, les bâtiments repeints donnent un air de neuf, sauf qu’aucun nouvelle salle de TD, ni amphithéâtre n’a été construit pendant ces travaux. Les amphithéâtres les plus neufs avaient vu leur construction débuté pat l’ancien régime avant que tout ne soit interrompu pendant la crise postélectorale après la pose des toitures. Rare sont les amphithéâtres qui disposent de vidéoprojecteurs. La connexion internet wifi quant à elle, n’existe que de nom. Certaines salles ne disposent même pas de microphones. Les bibliothèques, bien que leurs locaux aient bénéficiés des travaux de restauration demeurent fermées. En ce qui concerne les infrastructures sanitaires, l’un des principaux problèmes observé est l’absence de toilettes fonctionnelles dans les différentes UFR. Pour des raisons que nous ignorons, la quasi-totalité des toilettes au sein de ladite université reste fermée. Au plan des infrastructures sportives, des terrains de sport ont été restauré pendant que d’autre sont en construction ou en restauration comme la piscine de l’université. Ces infrastructures de qualité, nous l’espérons, permettrons de redynamiser l’encadrement de nombreux sportifs. Les universités ivoiriennes souffraient principalement de la surpopulation et du manque d’infrastructures notamment les amphithéâtres et les salles de TD en quantité et en qualité. Pour régler le problème de la surpopulation, le nombre d’étudiants à été réduit de façon drastique. Plus de 2ooo étudiants ont étés renvoyés parce qu’ils étaient en situation irrégulière. Le chemin à été privilégié pendant qu’il aurait été possible d’offrir à ces derniers l’opportunité de rester à l’université le temps pour eux d’obtenir leurs diplômes. Une réflexion plus approfondie de la situation aurait bien pu éviter à ces jeunes d’être livrés à eux même dans un système ou le diplôme de l’université publique ne garantie pas l’obtention d’un emploi. L’absence de diplôme tue tout espoir d’épanouissement et d’émergence. Dans le fond, ce désengorgement effectué n’est qu’une goutte d’eau prélevé à la mère puis que les problèmes engendrés par la surpopulation des universités demeurent intact. En effet, le manque d’infrastructure contraint certaines UFR à dispenser les cours de manière intermittente. Ceci a pour conséquence un retard dans le programme académique qui pourrait aboutir à un chevauchement des années académiques d’une UFR à l’autre. Le manque d’infrastructures est l’une des plus grandes insuffisances de cette réhabilitation. Les étudiants sont obligés de faire cours dans des bâtiments dédiés à d’autres UFR ou d’autres départements quand ce n’est pas dans des locaux extérieurs à l’université comme l’Institut d’Histoire d’Archéologie Africaine d’Abidjan situé à Treichville, l’école PIAGER situé à Cocody Riviera 2. Tous ces problèmes constituent un véritable problème pour l’instauration réelle du système LMD. La migration intégrale de l’enseignement supérieur public dans le système LMD prôné par le ministre de tutelle M. Cissé Ibrahim Bakongo se fait bien désirer. En effet, même si certaines UFR de l’Université Félix Houphouët Boigny ont commencé à l’adopter, force est de constater que les réformes instaurées en vue de cette migration sont mineures. Ce système nécessite la construction de nouvelles salles de classe et d’amphithéâtres. Vu l’état actuel des choses il faudrait augmenter les infrastructures de plus de 50%. Comment parler de LMD pendant que des départements de certaines UFR ne savent pas ou faire cours ? Le LMD permettra certainement un meilleur encadrement de la masse estudiantine et un épanouissement du corps enseignant, mais il faut qu’il existe réellement et non de façon factice. Le coût de l’inscription aux universités quant à lui a été le véritable coup de massue de ce « départ nouveau ». Les coûts des frais d’inscription ont augmentés de 6 ooo Frs Cfa pour tous les niveaux avant la restauration à 1oo ooo Frs Cfa (153Euros), 2oo ooo Frs Cfa (306 Euros), 3oo ooo Frs Cfa (459 Euros) respectivement pour la License, la Maîtrise, le Doctorat. Comment comprendre une telle hausse quand en France ou le SMIC est de 964 Euros soit environ 63o ooo Frs Cfa, le cout des inscriptions aux universités publiques est inférieur à 3oo ooo Frs Cfa (460 Euros) ? Une telle décision dans un pays en voie de développement ou le Salaire Minimum Inter Confessionnel (SMIC) est fixé à un peu plus de 4o ooo Frs Cfa, tend à limiter l’accès à la jeunesse au temple du savoir. Pourquoi payer 16 à 50 fois plus cher une même formation pendant que les perspectives d’emploi se font de plus en plus rares. Au terme de cette immersion au sein de l’Université Félix Houphouët Boigny, fort est de constater une véritable méconnaissance de l’enseignement supérieur publique de la part des gouvernants. Une réelle communication avec les étudiants et le corps enseignant permettrait de juguler plusieurs problèmes. Il serait salutaire que l’état se penche réellement sur les problèmes universitaires, surtout que l’histoire nous montre que la stabilité à l’université est source de développement et de richesse.

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