Lenteur des sapeurs pompiers, construction en matériaux provisoires des boutiques, absence des bouches d’incendies, branchement anarchique d’électricité et pratiques mystiques des commerçants sont quelques points recensés au terme d’une enquête sur la récurrence des incendies dans les lieux de commerce un phénomène qui devient récurrent dans la capitale économique.

 

Le dictat des flammes. Sommes-nous tentés de dire. Car, le feu a encore démontré sa force de destruction massive et abusive au courant de la semaine écoulée. Le marché de Bonamoussadi a été le théâtre de ses exploits. Au cours de cet incident, produit dans la nuit du 18 au 19 mars 2013, une trentaine de boutiques a cramé. Tout son contenu avec. Les grincements de dents et pleures ce sont, à nouveau, faits entendre au sein des familles sinistrées des commerçants. Ce n’est pas la première fois. Dans la capitale économique camerounaise en général et dans ce marché en particulier. On se souvient qu’il y a quelques mois, ce sont les marché Congo et Mboppi qui ont subi la furia des incendies. Après ceux de New-Deïdo et du marché central de Douala. Qu’est ce qui peut bien être à l’origine de cette recrudescence d’incendie dans les marchés, grands et petits, de Douala ?

Dans la cité économique, chacun, concernes ou non, à sa petite idée sur cette affaire. Dans nos investigations, les sapeurs pompiers sont les premiers indexés. Ce à cause de leur lenteur, apprend-on. « Quand vous les appelez, ils prennent du temps pour débarquer. Ils sont toujours surpris parce qu’ils n’ont jamais d’eau dans leurs camions. Ce qui fait que le temps d’aller les charger, une bonne partie du marché est ravagée », souligne Ernest M, commerçant au marché de Bonamoussadi. Madame Djaboum, ménagère, nuance pour sa part : « C’est vrai que les sapeurs pompiers arrivent en retard pour circonscrire et éteindre le feu à temps, mais il ne faut pas oublier ce problème crucial des routes que nous avons à Douala. La Cud et les mairies se renvoient la balle concernant la construction des routes. D’où les embouteillages partout. Ce n’est que normal que le corps des sapeurs pompiers arrivent en retard. On devrait revoir cet aspect infrastructurel dans cette ville ». Au camp des sapeurs pompiers à Ngodi Akwa, un soldat du feu sous anonymat, déplore l’absence d’un matériel roulant pour les interventions. « Si vous avez deux ou trois voitures et que trois incendies se déclenchent au même moment comme ce fût le cas récemment avec Chococho et les parfumeries Gandour, on ne peut rien. Même si nos collègues de l’aéroport, de Camrail et du Port autonome nous donnent de temps en temps un coup de main, il faut reconnaître qu’ils appartiennent à des structures précises. C’est évident qu’en attendant leur intervention très souvent, qu’un marché ou une entreprise brûle entièrement. Ce n’est pas de notre faute ».

Mysticisme

C’est un élément moins négligeable. Puisqu’il a été évoqué à 25% par les personnes rencontrées. « Quand vous arrivez souvent le matin au marché, vous trouvez du sel, des écorces émiettées devant des boutiques laissés après des rites pour avoir plus de clients que les autres. D’autres viennent vendre avec ça dans leur sac. Cette confrontation de puissances sont à l’origine du feu ici », révèle celle qui se fait appelée maman Lucie, commerçante au marché Mboppi. Une thèse soutenue par Tagni Sindjeu, tradi-praticien. Pour lui, les commerçants « sont à l’origine de ces feux. Vous ne pouvez pas imaginer ceux que nous, qui avons un œil supplémentaire, voyons dans les marchés à cause des écorces que les gens cachent dans leur habits, sous leur comptoirs, etc. Le feu est le résultat de cette guerre qu’ils mènent tous les jours entre eux. Ça ne pourra diminuer que si cette guerre baissait un peu. Mais, ce n’est pas pour demain ».

Estelle Mbassi, commerçante au marché Congo, et le sapeur-pompier du camp de Ngodi-Akwa, sans négliger l’aspect mystique, relèvent les branchements électriques anarchiques et l’absence des bouches d’incendies dans les marchés. « La plupart des branchements électriques dans les boutiques, explique Estelle, sont faits par les commerçants eux-mêmes. Les fils pendent partout et les coups circuits sont donc fréquents d’où les incendies ». Et quand surgit le feu, rappelle le pompier, « nous avons du mal à travailler parce qu’il n’existe pas de bouche d’incendie. Quand bien même il en existe, c’est dans les boutiques. Les conséquences ne peuvent être que graves ». Une autre catégorie de personnes, moins importante, pensent que les commerçants sont eux-mêmes des pyromanes qui incendient pour récupérer l’assurance qu’ils versent depuis des années (pour rien). Les responsabilités sont partagées. Espérons que chaque partie prendra conscience pour libérer le nombre de dégâts enregistré dans nos marchés.

Frank William BATCHOU

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