Quand les réseaux sociaux se prennent pour des médias d'information mondains

Depuis la rentrée, les réseaux sociaux se prennent pour des médias d'information mondains. Facebook et Twitter nous ouvrent-ils davantage à l'actualité du monde et aux gens qu'un journal ou qu'une émission ne le font ?

Média d’info et réseau social 

S’il est vrai qu’aujourd’hui plus de 91% des journalistes utilisent les réseaux sociaux dans le cadre de leur profession et que les plateformes font tous les efforts pour attirer les journalistes, à l’instar de Facebook qui va lancer Signal, un service de veille médias destiné aux journalistes, nous devons garder à l’esprit que le fonctionnement des réseaux sociaux diffère de ceux des médias d'information ou de curation, — sites ou newsletters, du fait que leur fonctionnement repose essentiellement sur un système de mise en relation avec des followers, amis, contacts. Ce sont eux les relais des liens vers des contenus produits par des journalistes. 

Le réseau social, parce qu’il fait se rencontrer des personnes, semble nous donner accès à tout le monde et nous rendre familiers tous les endroits de la planète, quand l’information produite et diffusée par les médias traditionnels parait toujours éloignée, puisque filtrée par l'exigence de distanciation du journaliste. C’est ainsi que les applications sociales donnent l’impression aux gens de "faire société", autrement dit, d'être mondains. 

Depuis que les réseaux sociaux sont devenus des applis et plus de simples sites web, nous nous promenons partout avec. Accompagnés par la technologie de la géolocalisation et par les algorithmes de recommandation, qui permettent d’affiner les choix de personnes avec qui communiquer, découvrons nous encore des gens et des espaces ? 

Facebook, Instagram, WhatsApp ou Snapchat prétendent ainsi dévérouiller à l'utilisateur un univers infini de profils attrayants. Pourtant, ces applis nous font vivre un monde réglementé par l’algorithme de recommandation et la géolocalisation (dans le cas où cette fonctionnalité est activée). On ne prend donc pas ou très rarement contact avec n’importe-qui, mais avec quelqu’un installé près de chez nous, issu du même milieu culturel, exerçant dans le même segment de professions et qui a probablement fait des études similaires aux nôtres. De la même façon, la publicité dont ces applications sont jonchées nous préconise des activités et des sorties en fonction de notre « profil ». Nous voilà débarrassés de l’effort d’aller vers l’inconnu, et en même temps, privés de la joie de se laisser surprendre. 

Conséquence : là où le monde était un entourage illimité, la recommandation algorithmique fait de l’espace vécu un environnement saturé par des calculs mathématiques invisibles. En un mot : chacun est à sa place !

Vivre en commun ?

En un quart de siècle, les lieux communs comme les cafés, les gares, les places et les espaces culturels ont été confisqués, aseptisés, labellisés. A cela s’ajoute la crainte croissante du terrorisme, qui, depuis 2001, entrainent partout un stress palpable. Les parcs, les métros, les bancs publics, deviennent à leur tour des unités hostiles. Il est de plus en plus mal aisé d’échanger une parole, de se suivre du regard, d’éclater de rire ou d’entamer les prémisses d’une discussion politique.  Résultat : les plateformes sociales qui ont fait leur apparition cette décennie sur l'internet ont remplacé progressivement ces espaces physiques. 

Les applis dites de "rencontre", à l’instar de Tinder, marquent peut-être le summum d’un échec du vivre en commun : la prise de contact s’établit depuis un lieu privé, et le lieu de rendez-vous entre les deux partenaires qui se « matchent » est un espace privatisé, un extérieur qui n’est pas un dehors. Sous couvert de cool et de piquant, on accepte ainsi de se clore sur soi-même dans ce qui reste son périmètre de confort. Quand nous repérons les lieux avant de les éprouver, et indexons les gens avant de les regarder, où et avec qui pouvons-nous dire que nous vivons ?

Il est bien possible qu'un article de journal ou une émission de radio soient finalement plus sociaux que tout réseau social. Les lieux sont indiqués, les individus cités, ce qui permet vraiment d'aller voir, de rencontrer, d'écouter. Sans impératif de recommandation algorithmique. 

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
myslowmedia@tumblr.com

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • Merci pour vos pertinentes observations qui, certes, ne demandent pas trop de commentaires particuliers!

    J'ai juste besoin de faire remarquer (au risque de vous répéter) , que les réseaux sociaux participent d'une manière ou d'une autre, à alimenter tant bien que mal le contenu des articles de journal. Ils deviennent un riche relais pour bien peaufiner les journaux là où le journaliste n'arrive pas ou ne peut pas avoir accès avec précision aux détails utiles sur les infos à diffuser: autrement dit, pour certains faits non moins importants ils déverrouillent des secrets forts utiles à la bonne compréhension des travaux journalistiques.

    Le gros bémol à relever, enfin ici, c'est que souvent ces soutiens le sont parfois dans un langage indigeste qui dénature tous les propos supposés venir en appoint à un surplus d'infos; de même, le risque d'intoxication ou de déballage de mensonges n'est pas exclu dans ces efforts de clarification des infos, une autre paire de manche à surmonter par le journaliste qui ne tient pas à se gourer ou se tromper.

    Comme médias, les réseaux sociaux, à mon avis, sont un nid de journaleux!

  • Hmmmm. No Comment!!!

This reply was deleted.

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...