Reportage/ Anyama, Abobo

"Nous avons laissé derrière la guerre en direct"


-Comme Bouaké en septembre 2002

Les commandos invisibles, FONGNON (le vent en langue malinké) sont bien visibles, arme au poing sur la voie menant d’Abobo à Anyama. Depuis plus de deux mois, ils mènent de durs combats contre les Forces de défense et de sécurité restées fidèles à l’ex-Président dictateur, Laurent Gbagbo au nord d’Abidjan. Habillés la plupart simplement dans des pantalons jeans, tee-shirt polo ou autres habits civiles, ils contrôlent fouillent et évitent de trop d’échanger avec les passants. Nous n’avons entendu aucun tir au moment où nous mettions les pieds vers 13h à Anyama, capitale du cola le samedi 12 mars 2010. "Nous n’avons pas de problèmes avec quelqu’un ici, depuis que nous avons été libérés des forces pro-Gbagbo nous vivons en parfaite harmonie avec les forces qui sont là", nous indique un groupe de jeunes que nous avons rencontrés autour d’un kiosque à "café express" (café noir), en plein cœur de la commune d’Anyama. "Ici, la seule difficulté pour nous, c’est que nous n’avons plus d’argent parce que nous sommes des déplacés d’Abobo", soutient Mlle M.R. "Ces dernières 48h, il n’est pas facile aux populations de sortir d’Anyama pour Abobo. Hier, j’ai été priée de rebrousser chemin, parce que, les hommes en arme que j’ai rencontrés m’ont prié de retourner car je ne suis pas en sécurité". Evidemment, de loin, soutient-elle, "j’entendais des tirs mais, je voulais me rendre à la maison (Abobo-Avocatier) pour prendre un peu d’argent".Hormis cela, rien de particulier. La population vaque tranquillement à ses occupations, même si elle a augmenté ces derniers temps. La vie a repris et les tirs sporadiques ne sont qu’un vieux souvenir. On se croirait à Bouaké en septembre 2002. Les fouilles se font minutieusement et on vous laisse partir. Les causeries entre populations tournent autour de l’investiture du Président, Alassane Ouattara. Chacun y va de son commentaire. Certains parlent d’une investiture à Abidjan pour prouver à Gbagbo que "le fauteuil présidentiel appartient désormais à Alassane Ouattara" quand d’autres soutiennent que Son Excellence  Alassane Ouattara respectera parole et "cette grande fête aura lieu à Yamoussoukro". Sur ces notes notre équipe de reportage met le cap à Abobo.

Abobo, "la guerre" ou "Bagdad" la guerre en direct

Il est environ 15h, nous sommes vers le fameux quartier PK 18, les signes des affrontements de dures semaines de combat sont visibles. Difficile de rencontrer quelqu’un dans la rue déjà déserte. Si ce n’est des hommes en arme. Surement ceux qu’on surnomme "commando invisible". Pas de camouflage. Ils parlent bien la langue française. La route est libre. Aucun véhicule en vue, encore moins un taxi communal (wôrô-wôrô) ou un gbaka. Silence de cimetière entrecoupé par des tirs à l’arme lourde venant de la direction de Cocody, dans une commune d’environ 1,5 millions d’habitants. On nous fait remarquer que la population a été priée de rester chez elle. Mon guide les taquine au niveau de l’un de leurs corridors au carrefour AGRIPAC, non loin du dépôt 9 de la SOTRA, à la sortie de la voie venant du sous-quartier N’Dotré pour faire passer la peur et l’angoisse. "C’est vous les commandos invisibles ?" Celui qui fouille notre véhicule nous répond par ce qui suit :" si vous venez pour nous attaquer, c’est fort possible que vous n’allez pas nous voir. Je vous demande de faire très attention et de sortir de la zone parce que nous sommes en guerre". Nous nous dirigeons directement vers le camp commando. Difficile d’y accéder. On se rend compte que nous avons choisi le mauvais jour. Mais, nous nous sommes déjà jetés à l’eau. Cela fait partie des risques du métier. "Ne vous hasardez pas là-bas. Cherchez à sortir d’Abobo", nous conseille poliment "le guerrier", arme au poing. Nous n’aurons pas le temps de démarrer que nous sommes happés par plusieurs hommes en armes. Nous prenons peur mais, heureusement les maitres des lieux nous conseillent le chemin à emprunter.

Des tirs à l’arme lourde tonnent du côté sud vers Cocody-Angré. Renseignement pris, les insurgés ont décidé de contrôler entièrement la commune d’Abobo. "Pas question de laisser une seule parcelle aux tueurs de Gbagbo qui rafalent sur les populations chaque fois qu’ils rentrent dans la commune", martèle notre interlocuteur. "Au moment où vous parlons, nous avons encerclés le camp commando où il y a des mercenaires et des miliciens que les forces à la solde de Gbagbo viennent rationner chaque jour. C’est en venant les rationner qu’ils raflent au passage la population", argumente notre source. Qui explique que si ce n’est que des tirs sporadiques qui sont entendus au niveau du sous-quartier Abobo-Sogefhia où il y a le camp commando et les deux cités universitaires où logent selon lui "les rebelles" de Gbagbo, c’est parce que le secteur est sous contrôle et ils attendent la sortie du premier "gaou".

L’heure est grave, le temps joue contre nous avec, partout des tirs biens nourris. Il nous faut sortir de ce bourbier. Nous tombons nez à nez avec deux blindés, quatre transports de troupe remplis de militaires, et un pick-up avec des mortiers vers Angré star7. Plus de causerie entre mon guide et moi, nous vivons en direct les échanges de tirs lointains. Les forces pro-gbagbo parlent "de déloger des rebelles". Du côté des commandos maintenant visibles, "il faut contrôler Abobo".

Pour y parvenir, il faut avoir la mainmise sur des sorties passant par le quartier Plateau-Dokoui et Angré en passant par Abobo-Baoulé pour aboutir au carrefour d’Abobo-Samaké. "C’est pourquoi, depuis plus de deux jours des tirs à l’arme lourde tonnent aux environs de Pétro-Ivoire à Angré et au Plateau-Dokoui", soutient un insurgé joint plus tard par téléphone.

C’est dans des bruits assourdissants de tirs à l’arme lourde que nous sommes sortis de cette zone d’affrontement. Du côté de Cocody-Angré vers 17h, dans un quartier complètement vide où les échanges de tirs tonnaient à nos pieds. Laissant non loin de nous la guerre que nous avons vécue en direct. Avec un seul mot aux lèvres. Que Dieu soit loué !

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