Je regarde, et j’observe autour de moi. J’entends, et j’écoute la radio. Je m’attarde un instant devant le petit écran. Je jette un coup d’œil furtif au seul quotidien du pays. Tout ce que je peux voir, lire, entendre, c’est une énorme machine de propagande, des images à la gloire du Prince à chaque coin de rue, à chaque pylône, des speakers vantant à bout de bras un changement mirobolant qui n’existent que dans leur imagination.

Sur le cadran de la bande FM, d’une extrémité à l’autre, on zappe soit sur les racontars apologiques traditionnels louant les prouesses du régime en place. Soit sur les éternelles diatribes concernant les actes de corruption dans lesquels l’équipe au pouvoir en train de se vautrer.  Certes, on a le choix mais impossible d’y échapper. Dénoncer, dénoncer à longueur de journée. On ne fait que çà dans ce pays !

Quand va-t-on enfin passer à l’acte et sévir une bonne fois pour toute contre tous ces abuseurs des biens de l’Etat ?

Entretemps, les choses continuent d’aller bon train pour une petite clique. Elle se la coule douce. La grande majorité des souffre-douleurs - ces damnés de la terre pour citer Fanon- croupissent en silence dans la misère la plus abjecte. Ses dirigeants sont en train de la gaver de promesses. Promesses électorales non-tenues. Promesses postélectorales reniées. De la propagande à  longueur de journée.

Au moment où je griffonne ces quelques lignes, la bougie est en train de se livrer à une danse  vacillante endiablée. Comme pour me rappeler, non sans une once d’amertume, la promesse du premier ministre  que Port-au-Prince serait alimentée en électricité 24h sur 24h à partir du mois de juillet. Encore une promesse transformée en vœux pieux.

Aujourd’hui, je veux consacrer ce billet à la rentrée des classes encore une fois reportée au mois d’octobre. Une fois n’est pas coutume, deux fois cela devient une habitude. Initialement prévue pour le 2 septembre, l’annonce de ce report avait été faite au Conseil des Ministres. La date m’a totalement échappé. Vous ne m’en tiendrez pas rigueur, j’espère. Ce qui a surtout retenu mon attention, ce sont les motifs abracadabrantesques du ministre. Il soutenait sans gêne que ce report est dû au retard enregistré dans la correction des copies des examens du baccalauréat. Les résultats de la session ordinaire étant proclamés en retard, la session extraordinaire  se déroulera elle aussi plus tard que prévue. Donc, au niveau du ministère, les responsables n’avaient pas trop le choix que de reculer la réouverture des classes. Pathétique. Excuses bidon. La population a accueilli mi-figue mi-raisin ce sursis d’un mois. Car, c’est un secret de polichinelle.

Ce report est dû à l’énorme difficulté économique des parents qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Encore moins, envoyer leurs enfants à l’école. On est en droit de se demander : « pourquoi ce report ? », « Quel est son bien-fondé ». Quand on sait que le gouvernement, si peu avare en chiffres et pourcentages, ne cesse de clamer haut et fort qu’il a déjà placé sur les bancs de l’école plus de 1.5 millions d’enfants. Certains prétendent, de bonne foi – je présume, que ce nombre dépasserait les 2 millions. Arrêtons-nous un moment, je vous prie, sur ces chiffres plus que flatteurs pour quelques considérations.

Si 2 millions d’enfants ont été envoyés à l’école grâce aux bons offices du gouvernement, alors pourquoi reporter cette réouverture des classes ?

Même sans ce report, les écoliers haïtiens auraient eu moins de jours de classe que leurs pairs des autres pays. N’est-ce pas les plus nécessiteux, ceux qui n’avaient jamais auparavant été scolarisés, qui sont pris en charge gratuitement par le gouvernement ?   On peut  y ajouter  les enfants vivant dans les quartiers difficiles et ceux des campagnes.  Et puis, il faut compter  les enfants de la classe moyenne qui, bon gré mal gré, allaient toujours en classe. Sans être un féru de statistiques, je crois le calcul est aisé à effectuer. Si l’on tient compte des enfants des familles aisées, ceux de la classe moyenne et les 2 millions du gouvernement,  le compte y est. Du moins, sur papier. Ces trois catégories d’enfants ne représenteraient-elles pas la majorité des enfants haïtiens scolarisés ?

Pour une population totale de 10 millions d’habitants, j’avoue que c’est beaucoup.

Fort de ce qui précède, ce report n’est plus que superflu. A moins que l’Etat soit insolvable et ne peut plus honorer ses engagements envers ces enfants. Si c’est le cas, quid du Fonds National de l’Education (FNE) ?  Ce fonds qui est alimenté grâce à la taxe imposée à la diaspora sur chaque appel entrant vers Haïti. Le Programme de Scolarisation Universel Gratuit (PSUGO) serait-il à bout de souffle à peine 2 ans après son lancement ? Si c’est le cas, son instigateur ne peut s’en prendre qu’à lui-même. C’est ce qui arrive quand on passe tout l’été à faire la fête. A danser, à l’instar de dame Cigale. Conséquence de l’organisation du Carnaval des Fleurs en juillet alors que la rentrée des classes était prévue pour septembre.

Or, l’éducation fait partie des 5 E prioritaires du gouvernement. L’équipe au pouvoir peinerait-elle à bien définir ses priorités ? Peut-être qu’à la place des E si elle avait opté pour la lettre C, elle ne s’en mêlerait pas ses pinceaux ainsi. Avec les maitres-mots Corruption, Carnaval, Concussion, Collusion…, le gouvernement se serait senti comme un poisson dans l’eau. Et peut-être aussi, le résultat aurait été tout autre qu’il l’est aujourd’hui. 

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