Rencontre avec les mondoblogueurs ivoiriens

De passage à Abidjan, l’Atelier a réuni quelques contributeurs de la grande famille Mondoblog pour mieux les connaître. Qu’est-ce que le blogging en Côte d’Ivoire ? Comment appréhender les lecteurs ? Tour d’horizon de nos plumes ivoiriennes dans cette émission spéciale Mondoblog.


Chroniques des temps nouveaux


Emile Bela Kouakou, blogue sur
Chroniques des temps nouveaux depuis un an. Il y raconte “ce qui se passe dans son environnement immédiat” et analyse des sujets d’actualité regroupés en diverses catégories comme la politique ou les nouvelles technologies.

Le 5 avril 2011, au plus fort de la guerre en Côte d’Ivoire, Emile s’est retrouvé bloqué chez lui, avec son ordinateur comme seul moyen de communication. C’est ainsi qu’il s’est essayé au blogging, pour raconter sa situation, pour laisser une trace. Il a d’abord ouvert un blog autonome puis a rejoint la communauté Mondoblog. Pour lui, la plateforme lui a donné plus de visibilité et a fait mûrir ses idées et ses connaissances en matière de blogging.

Récemment, Emile a publié un billet intitulé Blogueurs, vos lecteurs sont vos doubles dans lequel il explique le rapport qu’il entretient avec son lectorat. Voici un extrait :

« Certains blogueurs disent écrire pour eux-mêmes d’abord, pour leurs lecteurs ensuite. Ceux-là sont mus par la passion qu’ils ont pour l’écriture et le besoin de s’exprimer. D’autres soutiennent qu’ils écrivent pour dénoncer une situation, pour susciter le changement à travers des propositions. Ces derniers sont motivés par le désir de créer un impact positif.
Qu’il se situe dans l’une ou l’autre des deux catégories ou même dans les deux à la fois, n’importe quel blogueur est ouvertement ou discrètement « hanté » par le souci d’intéresser davantage de lecteurs à son blog tout en fidélisant ceux qui y sont déjà. C’est ici que commence le rapport « blogueur-lecteur », souvent mal géré…. »

 

Le jeune ivoirien explique que le blogging réclame aussi de la passion et de l’investissement:
«
Nombreux sont ceux parmi nous, blogueurs, qui disent être arrivés au blogging par passion. Par cette même passion, ils sacrifient plusieurs plaisirs. Certains perdent même des amis chers parce que n’ayant plus de temps à leur consacrer. Ils consacrent à leurs blogs, entre 1 et 2 tiers de leur temps. Ils bloguent avec leur cœur, sans rien attendre ni recevoir en retour. On pourrait, par exagération, parler de sacerdoce lorsqu’on considère le temps, les ressources financières, l’énergie intellectuelle qu’ils investissent dans la gestion de leurs blogs, et dans l’espoir d’être lu. »

 

Humeurs nègres
 

Derrière les Humeurs nègres se cache Babeth Lalie. Elle se définit comme “juriste de formation, ingénieur des Ressources Humaines et passionnée de liberté et d’équité.” Pourquoi Humeurs nègres ? Parce que Babeth a voulu se réapproprier un terme péjoratif. Son blog, elle le considère comme un espace de liberté où elle exprime ses joies, ses exaspérations d’appartenir à une société “malheureusement encline à nous maintenir dans un esclavage éternel. Un esclavage politique, technologique, familial, coutumier...”

 

 

Avec un style plein de liberté, la blogueuse dénonce un esclavage environnant dans lequel les jeunes filles ne peuvent pas choisir avec qui se marier. Les citoyens élisent des leaders politiques qui ne respectent pas leurs engagements. Les smartphones fabriqués par l’homme polluent les moments passés entre amis, etc. C’est aussi par le biais de l’humour que Babeth pointe du doigt l’exploitation de l’homme par l’homme. Dans un récent billet, elle décrit le statut de stagiaire en Côte d’Ivoire. Extrait :

 

« A son premier jour en entreprise, le stagiaire arbore un large sourire, dissimulant son arrogance, son angoisse et les aspects les plus retors de son caractère, sous une pseudo sociabilité et une fausse modestie.
Il joue les gentils toutous, démontrant à l’envie, que le : « Ayant un très profond désir de réussir mon insertion professionnelle, je sais m’adapter et ai le sens des responsabilités, de l’organisation et de la rigueur », contenu dans sa lettre de motivation, n’était ni du bluff, ni un leurre.
Il fera montre d’une disponibilité qui frise le harcèlement auprès de ses supérieurs, en quémandant presque, du travail.

[...]

Le cursus du stagiaire en entreprise est un grand classique. Il l’amorcera par une agaçante carrière d’archiviste-coursier. Il sera désormais responsable de tous les documents, y compris ceux dont il ignorait l’existence et qui lui seront exigés, non sans la menace de voir son stage s’écourter.

Puis, s’en suivra une initiation intensive à l’art de la photocopie ! Je ne sais pas si la photocopie fait l’objet d’un cours de spécialisation dans toutes nos institutions académiques, mais, en tout cas, une chose est sûre, la majorité des stagiaires ont la maîtrise des photocopieuses les plus complexes.

A ce stade, il n’a pas encore touché le fond. Le déclin survient lorsque des impudents à l’autorité démesurée, notoirement habitués à être servis, confondent le statut de stagiaire à celui de domestique. »

 

Le secret d’écriture de Babeth est de raconter ses billets et non de les écrire formellement. Elle confie n’avoir jamais blogué avant Mondoblog et elle le fait sans crainte. “Je n’ai pas du tout peur de parler de sujets sensibles car la liberté d’expression passe aussi par mon blog.”

La Côte d’Ivoire vue par Abidjanais

Abidjanais est un nouveau membre de Mondoblog. Il a ouvert son blog, La Côte d’ivoire vue par Abidjanais, en septembre 2013 pour raconter son environnement au travers du regard des Ivoiriens. “La Côte d’Ivoire est sortie d’une crise et l’image que les autres ont du pays n’est pas forcément juste. Je pense que le blogging est un bon moyen pour expliquer ce que nous vivons à Abidjan.”

Sur son blog, Abidjanais parle aussi et surtout de politique. En effet, chez nous à Abidjan, on a coutume de dire « La politique, même si tu ne la fais pas, elle finira par te faire ». “

 

Par exemple, l’un des récents billets publiés s’intitule Afrique, si nos hommes politiques savaient s’arrêter, inspiré d’une questions d’un journaliste à un dirigeant africain : Allez-vous changer la Constitution pour rester au pouvoir ? “Voici la conception que les hommes politiques africains ont donné d’eux-mêmes et ce n’est normal.” Extrait :

« Si je demande à chacun de vous de me donner une définition au groupe de mots « grand homme », les réponses différeront certainement d’une personne à l’autre. Pour moi, un « Grand homme », c’est celui qui naît, devient une référence pour sa génération et laisse ses traces dans les archives de l’humanité afin que les générations après lui, puissent s’en servir comme modèle. Jésus Christ, Bouddha, Mahomet, Einstein, Molière, Pélé, Lincoln, De Gaulle sont ceux qui me passent par la tête au moment où j’écris ce billet. »

 

Le Blog de Behem

 

Moussa Bamba est un amoureux des mots mais quand on lui demande de parler de lui, il s’y prend à deux fois. Lauréat du Concours des 10 mots de la francophonie en 2005, il a ouvert Le Blog de Behem en 2011. Il y parle principalement de nouvelles technologies et des nouveaux usages du web en Côte d’Ivoire. Connecté il l’est, puisque quand il ne blogue pas, il est rédacteur en chef et community manager de son propre magazine en ligne, Men Magazine.

 

L'un des billets les plus remarqués de Moussa est un top 10 des expressions Nouchi : 

« 1- Ya Foye« Il n’y Rien » dans le sens de « Rien à Signaler » « Tout va bien ».

2 - Etre enjaillé : « Aimer » quelque chose. 

3 - Ça ne ment pas : Quand on dit « Ça ment pas » à Abidjan pour qualifier une chose, on veut tout simplement dire qu’elle est de bonne qualité. 

4 - Affairé / Kpakpato : une personne qui aime les commérages.

5 - Prendre drap : veut dire qu’on est guetté par un danger.

6 - Tu me moyen pas :  « Je ne peux (pas) le batte ».

7 - Avoir pierre/jeton : avoir beaucoup d'argent.

8 - Plomb/ Togo ces deux mots symbolisent la pièce de 100 Francs CFA et par ricochet le chiffre 100. 

9 - Etre moisi ou piqué : être dans une situation financière précaire.

10 - Connaisseur connait, gaou passe : souvent utilisée pour démontrer qu’on a un œil d’expert.»


Étaient également présents autour à cette table ronde et ont participé aux interviews :

Aly Coulibaly, Au pays des éléphants ; 

Kahofi Suy, La Côte d’Ivoire au jour le jour ;

Fofana Baba Idriss, Vis à vis 

 

Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Commentaires

  • bon boulot bonne continuation brother

  • Cette émission : ça ment pas !

  • Vraiment super ces bloggeurs, surtout ma STAR à moi

    :-)

  • Et l'after vraiment... J'ai encore l'eau à la bouche... Bel article et surtout belle émission

  • Raph, ton bara est propre comme l'eau de dent de Man. Prend notre gbo.

  • Beau billet de Raphaelle Constant. Malheureusement, l'émission sur les blogueurs ivoiriens se termine mal. Je dis quand même merci à Simon et à Ziad... pour le travail abattu. 

  • Merci bien pour ce clin d’œil sur le blogging en Côte d'Ivoire, car le pays en compte pas mal de blogueur.

  • Soutenons les en les suivant et en les lisant...

  • Le Français ivoirien trop cool, on a pas besoin d'aller en classe pour le comprendre. Est à la portée de tout le monde. Et je dirai même le français facile. 10/10 ivoirien comprend le français, qui est malheureusement détesté dans la sous région. Même au bout du monde tu les reconnaitras a travers vieux père ou peyi frère.
  • Super!

This reply was deleted.

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...