Cette semaine nous avons rencontré deux journalistes évangélisateurs des nouvelles technologies. L’un (Nicolas Becquet) travaille en Belgique et l’autre (Cédric Motte) en France. Tous deux ont en commun la passion du journalisme et du web. Chacun tente, à sa manière, d’encourager les rédactions à intégrer les nouvelles technologies dans le processus de production de l'information.

Nicolas et Cédric sont des références en terme de nouveaux usages. Et si nous avons choisi de les rassembler cette semaine dans l’Atelier des Médias c’est parce qu’ils ont également en commun le soucis de transmettre leur savoir au plus grand nombre.

 

Nicolas Becquet: un "homme-média"

Crédit photo: Kristof Kvanaccom


« observateur attentif et passionné du web, qui (le web) jour après jour, ouvre de nouvelles perspectives et modifie en profondeur le métier de journaliste et notre mode de vie ».

Nicolas Becquet est journaliste et développeur éditorial au pôle multimédias pour le quotidien belge L'Echo. Il a été formé au Celsa à Paris et a notamment travaillé chez RTL en Belgique. Après 3 années passées dans l'univers de la "hard news" (actualité chaude) il a décidé d'arrêter et de suivre une formation en développement web (enseignement aux langages informatiques) pendant 9 mois. "Il y a un moment" dit-il, "où à force de ne plus rentrer en profondeur des sujets on a envie de faire autre chose". Nicolas Becquet a alors choisi de passer par la case "web" qui selon lui: "permet de décloisonner la pratique journalistique".



Code or not to code? That is the question

  • L'une des réflexions qui taraude les journalistes c'est la place à accorder à la programmation informatique dans le journalisme. Un journaliste doit-il absolument savoir coder? Doit-on apprendre le code aux étudiants?

 

Une journaliste américaine a d'ailleurs écrit à ce sujet. Elle explique que les cours de code ne lui ont servi à rien:"Si vous voulez être un journaliste l'apprentissage du code ne va pas vous aider. Ne perdez plus ce temps que vous auriez dû utiliser pour écrire des articles ou faire des stages. Les véritables facteurs qui conduisent à ce métier sont de plus en plus rares".

Ce billet a suscité de nombreuses réponses sur la toile, dont une qui énumère 6 bonnes raisons d'apprendre le code aux étudiants en journalisme.

  •  Ce que Nicolas Becquet a retenu de sa formation en programmation informatique c’est l'importance de comprendre la mécanique du web. Apprendre à connaître les rouages d'internet n'implique pas forcément que le journaliste devienne un codeur explique-t-il: "Je pense qu’il faut connaître la mécanique, mais de là à dire que les journalistes vont développer des applications, je n’y crois pas."

  • Nicolas cite quelques exemples: Si l'on veut bloguer et que l'on dispose d'une plateforme comme Wordpress "il faut avoir un minimum de connaissances techniques".

    Deuxième exemple: la nécessité pour un journaliste d'investigation de comprendre la mécanique du web. Aller dans le code source (Ctrl+U) d'une page web peut permettre au journaliste de connaître la provenance des images d'un site afin de "retracer la navigation des contenus qui sont de plus en plus repris" (problème de traçabilité).

  • Enfin, comprendre un outil comme internet c'est en devenir l'acteur et non le simple utilisateur passif.

     



Rédactions et mutations


Journalistes dans la salle des nouvelles de Radio-Canada/CBC à Montréal par Conrad Poirier

 

Le principal défi que s'est donné Nicolas Becquet est de:"faire adopter une démarche transmédia à une rédaction (celle de son journal) qui vient de fêter ses 130 ans. Une mutation incontournable dictée par de nombreux facteurs interconnectés:

  • la transformation des besoins et des modes de consommation de l’information
  • la révolution technologique & l’émergence des terminaux connectés (smartphones, tablettes)
  • la recherche de nouveaux modèles économiques".


"Le journalisme est-il soluble dans l'ère numérique?"
Mais Nicolas Becquet pointe une limite: il faut savoir faire le bon dosage entre journalisme et nouvelles technologies au risque d'être aveuglé par ces dernières.

"C’est un peu le double mouvement que j’essaye d’avoir sur mon blog : rendre compte de mes expérimentations très pratiques (par exemple comment faire un webdoc tout seul) et en même temps mener une réflexion un presque philosophique."



"MediaType: Journalisme en mutation"

Impression écran du site de Nicolas.Becquet, mediatype.be
Le site de Nicolas Becquet s'appelle "mediatype", ce qui n'est pas sans rappeler le terme "prototype". Si il a choisi ce nom c'est parce qu' "on n'est pas sûr, on essaye on est dans la période de la fabrique" explique-t-il.

 

 

Il y dresse une "liste d'outils indispensables, gratuits et testés pour tous les journalistes qui travaillent sur le web. Réseaux sociaux, édition multimédia en ligne, manipulation des codes et langages de programmation... Ce post est mis à jour au fur et à mesure des découvertes".

 

 



Nicolas Becquet propose dans ce billet la panoplie parfaite pour un reporter, le tout construit autour de la base d'un Ipad (mini). "On rajoute une coque en plastique qui permet de le fixer à un trépied. On peut filmer de façon correcte". Prix de l'opération? 806 euros (prix de l'Ipad compris) c'est à dire bien moins onéreux que l'équivalent en matériel professionnel.

 

 

Enfin pour Nicolas Becquet, la démocratisation de ces outils est une "chance extraordinaire" de produire du contenu de qualité et enrichi. L'enjeu c'est leur "intégration dans les rédactions".

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Cédric Motte "tâte des outils modernes"


Cédric Motte est consultant médias mais aussi journaliste. Son surnom, "chouing", il le tire d'un souvenir, celui d'un petit cousin qui lui demandait souvent des "chewing".

Cédric Motte fait partie de ces gens qui ont vécu les balbutiements d'internet. "La première adresse e-mail qui m'a été attribuée était une adresse IP" (adresse de votre ordinateur sur le réseau).

 

Son credo c'est qu'internet "n’est pas une fin en soi, on ne travaille pas pour le web, on travaille avec le web". Et le problème explique-t-il, c'est que "beaucoup de journalistes ne sont pas encore rentrés dans cette logique". Par la voie du conseil d'entreprise Cédric Motte essaye de convaincre ses "confrères" de l'intérêt d'utiliser internet comme outil. Des confrères qui, "historiquement se sont trop peu intéressés aux outils en général".

 

Ses conseils, il a décidé de les centraliser sur News Resources, un site né d’un document ouvert à tous et où n’importe qui pouvait partager les nouveaux outils qu'il découvrait. Dans la même veine il a aussi créé le célèbre groupe sur Google+ "Journalistes qui tâtent un peu des outils modernes". Dans ce groupe, les journalistes les plus technophiles partagent leurs outils aux collègues qui le sont moins.

 

Son dernier projet, Mediacadémie, il l'a créé avec Philippe Couve, Damien Van Achter et Cyrille Frank. Sur le principe d'une newsletter mensuelle ces observateurs proposent ce qu'ils ont jugé être le meilleur de leur veille médiatique: "Il y a des journalistes qui ont les outils pour faire une bonne veille et une multitude de journalistes qui n’ont pas le temps. Donc le but c’est de partager ce qu’on trouve".

 

Alors à vous journalistes, sachez que "dans chaque rédaction se cache un Nicolas Becquet. Il faut juste le trouver". Et c'est Cédric Motte qui le dit !

 

 

 

 

 

 

 

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Journaliste en contrat pro à l'Atelier des Médias de RFI
Twitter: @manonmella

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Commentaires

  • Merci beaucoup Catherine ! ;o)

  • Merci pour ce double portrait de deux journalistes que je suis assidument depuis quelques mois. Ils sont les journalistes du XXIème siècle, ils ont compris que le journaliste est un homme (ou femme) aux multiples compétences au service d'un métier qui se complexifie un peu mais qui au fond reste le même. Les outils, les moyens, le matériel évoluent et pas que dans ce métier d'ailleurs, il faut savoir s'en saisir, se former, les adapter à ses besoins et à ses pratiques, tout comme il faut adapter ses pratiques aux nouveaux supports par exemple. Voilà deux précurseurs à qui il faut emboîter le pas !
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