A l’occasion de la Journée mondiale de la radio, samedi 13 février, l’Atelier des médias vous emmène à Hambourg, en Allemagne, pour découvrir Refugee Radio Network (RRN). Lancée en octobre 2014 par des réfugiés, cette radio associative s’adresse aux migrants mais aussi aux auditeurs européens. Depuis un an et demi, le vieux continent fait face à un pic migratoire exceptionnel, avec l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés en provenance d’Asie et d’Afrique. Rencontre avec l’équipe de RRN pour comprendre le rôle que peut jouer la radio dans cette crise humanitaire, politique et sociale.

 

Dans le quartier de Sternschanze, à Hambourg, une poignée de réfugiés se rend chaque semaine dans les studios d’une radio locale pour produire et enregistrer les émissions de Refugee Radio Network (RRN). Les interviews, les débats, les libres-antennes et les productions artistiques sonores rythment le flux de cette radio associative multilingue, qui a vu le jour à l’automne 2014. A l’origine de ce projet : un groupe de réfugiés nigérians, arrivés en Europe en 2011 et installés à Hambourg depuis 2013. Refugee Radio Network est née pour « raconter notre histoire à notre manière, sans que les autres médias ne le fassent à notre place », explique Sammy Ojay, un de ses fondateurs.

Le pouvoir des ondes

RRN se veut avant tout une caisse de résonance des détresses mais aussi des espoirs de celle et ceux qui ont quitté leur pays pour rejoindre l’Europe. « Nous essayons de nous focaliser sur les principaux problèmes et les principales souffrances que vivent les réfugiés en Europe » explique Sammy Ojay. Récits de vie, témoignages, poèmes et conseils se succèdent à l’antenne, comme un moyen de se réconforter et de combattre les préjugés. « Dans nos émissions, nous évoquons la situation actuelle des réfugiés. Quand les gens les écoutent, ils oeuvrent pour l’améliorer. Je parle des gens qui se soucient des réfugiés mais aussi des politiciens. Le fait de nous écouter leur permet ensuite de réfléchir ensemble à un moyen de résoudre le problème. »

  

L’objectif de Refugee Radio Network consiste également à orienter les nouveaux arrivants en leur fournissant des informations pratiques les concernent : les démarches à entreprendre ou les institutions et associations qui peuvent leur venir en aide. « Pendant cette crise migratoire, la radio aurait du être privilégiée en tant qu’outil de communication pour les personnes en mouvement » souligne Larry McCauley, fondateur lui aussi de la radio associative.

« La radio est partout. On peut facilement la capter. Que vous soyez en train de marcher, de conduire ou que vous soyez chez vous, vous pouvez toujours écouter nos émissions. C’est un outil très puissant pour diffuser un message. » - Sammy Ojay, co-animateur sur Refugee Radio Network.

L’équipe fondatrice de Refugee Radio Network est composée de réfugiés présents en Europe depuis plusieurs années. Elle été témoins de l’arrivée massive récente de familles qui cherchaient à fuir la guerre en Syrie. Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, près d’un million de migrants ont traversé la Méditerranée pour se rendre en Europe en 2015. Depuis quelques mois, RRN a accueilli Moaz, 22 ans. Ce jeune activiste syrien réalisait des vidéos engagées en Syrie et en Egypte. Aujourd’hui, il est la voix en arabe de la chaîne. « J’interview de nouveaux réfugiés, des Allemands ou des personnes que je trouve intéressantes, pour savoir ce qu’ils font, ce qu’ils ont vécu. J’ai interviewé par exemple une personne qui aide les nouveaux arrivants. Il discute avec eux, ils les aide et leur donne de la nourriture, alors qu’il est lui même réfugié. Ça fait seulement 5 ou 6 mois qu’il est en Allemagne. »

“Lampedusa à Hambourg”

L’histoire de RRN est intrinsèquement liée à celle du mouvement “Lampedusa à Hambourg”. En 2011, lorsque la guerre civile en Libye a éclaté, des centaines de migrants d'Afrique sub-saharienne, qui s’y étaient installés pour y travailler, ont du traverser la Méditerranée dans des embarcations de fortune pour rejoindre l’Italie, où ils ont débarqué sur l’île de Lampedusa. Ayant effectué leur demande d’asile en Italie, un permis de travail leur a été accordé. Un permis valable uniquement dans le territoire italien, selon les dispositions du règlement de Dublin II. Mais la recherche d’emploi est restée vaine pour certains. “Lampedusa à Hambourg” s’est formé en 2013, lorsque 250 de ces migrants se sont rendu dans la ville allemande à la recherche d’un travail et se sont heurtés aux restrictions du règlement européen. Depuis, ils militent pour la reconnaissance en Allemagne de leur droit de travailler, à travers, entre autres, l'installation permanente d’une tente en bâche devant la gare centrale de Hambourg.  « Cette tente est le symbole de notre lutte sociale, le symbole du mouvement “Lampedusa à Hambourg” et aussi le symbole de tous les réfugiés » défend Larry McCauley, de Refugee Radio Network.

 

Les émissions de Refugee Radio Network sont disponibles en ligne en flux continu mais aussi en podcast sur le site Internet de la radio. RRN diffuse également ses programmes à travers plusieurs stations partenaires à Hambourg, Berlin, Munich et Marbourg. Vous pouvez la suivre sur Facebook et Twitter.

 

Vous pouvez suivre également la Journée mondiale de la radio sur le site Internet dédié de l’Unesco et sur Twitter, avec les mots-dièse #RadioSavesLives et #WorldRadioDay

 

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Melissa Barra est journaliste à L'Atelier des médias de RFI
@MelissaBarrra

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