Refonte de l’armée ivoirienne

Tout est encore au point mort

 La hiérarchie militaire a tenu ses premières assises à Grand-Bassam, du mercredi 1er au vendredi 3 février 2012. Plus de neuf après, les Ivoiriens s’interrogent encore sur le réel motif de ce séminaire dont la mise en application des recommandations est vivement recommandée.

Depuis la guerre de septembre 2002, la grande muette, est devenue une véritable caisse de résonance. Les militaires parlent, parlent et parlent à tout vent. Sans l’accord de leur hiérarchie ( ?), comme le recommande la déontologie de ce noble corps de métier. Ce dysfonctionnement dans la corporation est pardonnable dans une crise où il est difficile de tout canaliser. Mais quand on en sort et que cela continue avec des dérives graves et des sons discordants, entre ce que propose la hiérarchie et ce que soutiennent leur subalterne c’est qu’il y a problèmes. La guerre est terminée en Côte d’Ivoire après l’arrestation de l’ex-chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011. Les éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) qui ont joué un grand rôle dans ce qui est qualifié de "libération de la Côte d’Ivoire" doivent rejoindre les casernes. Cela a été maintes fois soutenu par les autorités militaires et le  ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi. Sans aucun résultat. Et pourtant, Félix Houphouët Boigny a réussi à laisser à la Côte d’Ivoire, une armée de référence. On nous dira qu’il n’y a pas eu de guerre. Mais là, la réponse coule de source, "c’est parce qu’il a su mettre des hommes qu’il faut à la place qu’il faut", nous a confié un haut gradé, qui ajoute sous le sceau de l’anonymat, "nous avons circonscrit des attaques contre la Côte d’Ivoire par des pays ". "C’est pourquoi, on disait, quand tu prépares la paix, il faut préparer la guerre", a-t-il rappelé. La guerre étant passé par là après sa disparition, les donnes ont changé. Aujourd’hui, la hiérarchie militaire joue gros. Surtout le ministre délégué à la Défense par le chef de l’Etat, Paul Koffi Koffi.

Le désordre favorisé

"C’est le lieu de répéter que les Frci ne seront pas oubliés car très bientôt la réserve sera mise en place pour les accueillir, les former à des métiers et les employer de façon productive à des activités civilo-militaires. Nous leur demandons d’aller au regroupement pour libérer les lieux publics ou privés afin de permettre le bon fonctionnement des administrations", avait soutenu le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi au sortir des assises de Grand-Bassam. Plus de neuf mois après les éléments des Frci n’ont pas encore libéré les lieux publics ou privés, "afin de permettre le bon fonctionnement des administrations". Les éléments des différents commandants de guerre ont-ils été identifiés, enrôlés ? Ceux qui doivent être militaire ont-ils des matricules ? Pourquoi continuent-ils de porter des treillis non conformes au béret avec des chaussures qui laissent à désirer. En somme des tenues de "papor" (pour parler le langage du militaire) ? Ce qui est sûr, c’est que, la nuit tombée à Abidjan et à l’intérieur de la Côte d’Ivoire, ils érigent des barrages partout sur les grandes artères et les rues des quartiers. Rien que pour sécuriser leurs poches à défaut de faire usage de leurs armes pour braquer d’honnêtes citoyens. Ils sont les premiers à demander les pièces d’identité des occupants de véhicules, comme si cela faisait partie de leurs missions. Le mal dans tout ce dysfonctionnement c’est qu’ils font descendre des passagers à des barrages souvent érigés dans le noir (le cas de celui sur l’échangeur au niveau de la forêt du banco en prenant tout droit la voie qui mène de l’Onuci et passant par Borris-bana qui relie l’autoroute). Ils sont chaque fois postés là à partir de 21h, dans le noir, arme de guerre au poing. Sur la route de Dabou, ils continuent de faire descendre les passagers des véhicules, les alignent et rançonnent ceux qui n’ont pas de pièces. Idem au niveau d’Elibou, sur l’autoroute du nord. Ce désordre achève de convaincre que rien n’est encore fait quant à la réforme de l’armée. Même si de façon exceptionnelle, vu la situation trouble, il est recommandé par les autorités que l’armée, la gendarmerie et la police travaillent concomitamment. Le militaire dit Frci (ici) doit être en retrait et non au premier plan. Secundo, ces contrôles et fouilles qui sont normales doivent se faire à des barrages autorisés et à des lieux éclairés, avec du matériel conventionnel. Cela éviterait la prolifération de barrages où des bandits de tout acabit vont opérer en portant des treillis-militaires. Des actions sont menées certes, dans ce sens avec le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko. Mais, la coordination sur le terrain pose problème. C’est ici le lieu de se demander si le ministère en charge de la Défense, fait des propositions concrètes au chef de l’Etat? La hiérarchie militaire est-elle associée à l’élaboration des travaux ? En tout état de cause, "le renforcement de la discipline au sein des Frci en général, mais surtout au niveau des jeunes associés volontaires", dont il a fait cas au séminaire de Grand-Bassam, le ministre Paul Koffi Koffi demeure encore des paroles en l’air.

                                                              Sériba Koné

 Encadré 1

 Ces généraux…

Du Président Félix Houphouët Boigny au Général Robert Guéi en passant par du Général Ouattara Thomas d'Aquin au Général Mathias Doué, l’histoire retiendra. Sous les refondateurs les Ivoiriens ont vu leur Chef d’Etat major de l’armée (Cema) et autre grands chefs des Forces de défense et sécurité (Fds) passer des journées entières à l'aéroport pour se faire voir par l'ex-Président Laurent Gbagbo. S’ils n’y sont pas à son retour ou départ d’un voyage, cela doit se justifier par l’animation d’un ou des meetings des jeunes patriotes. Pourtant, ces grands chefs ont l'outil de défense et de sécurité à refondre. Ils sont restés à danser avec ces jeunes patriotes et autres miliciens et à dire des contre-vérités à Gbagbo et  aux ivoiriens. Le reste, on le connaît. Il faut donc, s’inspirer du passé pour construire cette nouvelle armée. Les grands chefs militaires sous le Président Alassane Ouattara devraient s'inspirer de l'histoire très récente de la Côte d’Ivoire. Ils ont plus à faire. Il s'agit pour eux d'asseoir la politique du Président de la République, rassurer les investisseurs et autres bailleurs de fonds, réunifier et réformer l'armée, assurer la sécurité de tous ceux qui vivent en Côte d'Ivoire et de leurs biens, mettre fin aux activités de sabotage des assaillants et aux attaques des casernes militaires, des brigades de Gendarmerie, des Commissariats de Police. Ils ont à mettre de l'ordre dans les Institutions qu'ils dirigent. Pour ce faire, ces grands chefs devraient se trouver plus dans leurs laboratoires que constituent leurs Etats-Majors (entourés de leurs officiers)  pour concocter des stratégies devant leur permettre de venir à bout des ennemis en mettant fin à leurs activités funestes. Voici quelques points sur lesquels ils sont  attendus. Le Président de la République qui leur a fait l'honneur de les nommer à ces hauts postes de responsabilité sait qu'ils ont pour lui un dévouement plein, entier et total, et ne s'étonnera pas de ne pas les voire partout où il se trouve. Soit à des cérémonie à l'hôtel Ivoire, en partance ou en provenance de voyage à l'aéroport d'Abidjan, à l'inauguration de tel complexe ou de telle usine, etc.... Leur apparition en public devrait être considérée comme un événement, à l'instar des généraux Thomas d'Aquin, Ibrahima Coulibaly, Zézé Baroan, Félix Ory, pour ne citer que ceux-là. Ceux-là, étaient des monuments, des masques sacrés (pour garder la tradition). Comme leurs nobles, dignes et illustres devanciers cités supra, les Ivoiriens demandent aux grands chefs de défense et de sécurité d'être des monuments, des masques sacrés qui leur apportent sécurité, sérénité et stabilité. Ils en ont les capacités et les moyens pour avoir tous fait de grandes écoles de renommées internationales. Le chef suprême doit donner l’ordre afin que cela soit "exécuter".

                                                                           Sériba K.

Encadré 2

La sécurité des personnes et des biens ou rien

Ce que les Ivoiriens qui ont élu, le Président Alassane Ouattara demandent aux grands chefs militaires qu'il a nommés à des hautes fonctions de responsabilité,  c'est de leur procurer un climat de sécurité, de sérénité et de stabilité plutôt que d'organiser des séminaires sans lendemain et sans effet.
Les contrôles des barrages et des positions tenues par leurs hommes se font aux sons stridents des sirènes comme pour les prévenir de leur arrivée afin qu'ils adoptent des postures correctes. Et dans le même temps, dire aux poseurs de barrages anarchiques de les démonter et se planquer pour les remettre en place après leur passage. Le tout filmé et présenté au journal de 20heures comme pour dire qu'ils sont à l'ouvrage et que tout va bien.  Et pourtant, il ne se passe pas de jour ou de nuit à Abidjan tout comme à l'intérieur du pays sans qu'il n'y ait des cas de braquages de véhicules, de vols à mains armées, souvent avec mort d'hommes. Au moment où des responsables militaires passent leur temps au journal télévisé de 20h des coupeurs de route dépouillent leurs victimes de tous leurs biens un peu partout en Côte d’Ivoire. Ça suffit !

                                                                                                    S.K.

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