Texte Eric Mwamba http://www.e-mwamba.blogspot.com

Mille quatre cents! Oui, vous avez bien vu, 1.400 ! C’est l’effectif de professeurs que compte l’ensemble d’universités et enseignement supérieur en RD Congo alors qu’il en faut 50 mille pour une population estimée à 60 millions. Un bel exemple pour illustrer le manque du personnel qualifié dans un pays indépendant depuis 50 ans. Seulement, voilà « l’enseignement est la 5è roue de la voiture » répétait le Maréchal Mobutu (1930-1997) du haut de ses 32 ans de règne sans partage. N’en déplaise à Duhamel qui écrivait : « Un peuple est grand quand il produit de grands hommes ». La parenthèse Laurent-Désiré Kabila ouverte en 1997 et vite refermée après son assassinat début 2001 ne devrait pas changer la donne. Une lecture soutenue du programme « 5 Chantiers » de Joseph Kabila ne révèle rien sur sa volonté d’investir dans le cerveau, moteur de tout développement. Depuis le départ des Belges jusqu'à présent, l'Etat Congolais n'a construit aucune école primaire au Kasaï, et dans d'autres parties du pays. Aux Etats-Unis, Canada, Australie, Angleterre … l’enseignement est, avec la santé et la sécurité, parmi les priorités dans lesquelles le gouvernement investit des sommes vertigineuses. On comprend pourquoi ces pays sont hyper développés.

Dans 60 jours, c’est la fête de …euh, dites « indépendance » si cela vous enchante. Dans bon nombre de capitales africaines, on a déployé de grands moyens, de sommes faramineuses en guise de préparation. Tapis rouge, défilé, honneurs militaires, danses … meubleront la fête le jour J. Au moins, à cette occasion, les droits du ventre et … et de fesses seront bien respectés. A Kinshasa, l’événement sera particulier avec la présence du Roi Albert II de Belgique. Qui rira certainement au nez des populations en mangeant au couvert en or massif devant son hôte, Joseph Kabila, tiré à quatre épingles. Les hérauts des médias entonneront en chœur « la ville s’est revêtue de sa plus belle robe ». Dans le cadre du cinquantenaire des indépendances africaines nous avons eu un entretien exclusif avec Samuel Tshijuke Kabongo (photo), Historien, Professeur Ordinaire et travailleur social à Kananga, Kasaï-Occidental, en R D Congo. Lisez !

Samuel TSHIJUKE, vous exercez plusieurs activités, comment peut-on vous définir ?

Je suis un Historien, Professeur d’Université et Animateur pour le Développement intégral à travers la lutte contre la faim et la pauvreté.

L’Afrique célèbre le cinquantenaire de son indépendance, comment vivez-vous ce moment en tant que Professeur d’Histoire ?

En tant que Professeur d’Histoire, je ne peux pas être en marge de ce qui se passe en Afrique. Je réfléchis sur les leçons de la période de 50 ans d’indépendance d’Afrique que nous vivons aujourd’hui. Je contribue à la production scientifique qui peut nous permettre d’améliorer le présent et de préparer convenablement l’avenir.

Où étiez-vous le 30 juin 1960 quand l’indépendance du Congo fut proclamée, quel souvenir gardez-vous de cette date ?

Né le 04 février 1944, j’avais 16 ans, élève en première secondaire à l’Institut de Katubwe. Le Kasaï était dans la tourmente politique avec le conflit Luluwa-Baluba. A Katubwe, les élèves Luba furent rapatriés vers le Sud Kasaï dans la peur des milices Luluwa. Etant originaire de la mission protestante de Mutoto, j'ai regagné mon terroir qui fut aussi dépeuplé des résidents luba qui y vivaient depuis plus de 75 ans. Ils partirent au lac Munkamba qui sépare les deux Kasaï à l'Est.

Le 30 juin 1960, un défilé eut lieu au chef-lieu du secteur de Diofwa. Nous y sommes rendus à pieds en parcourant au mois 3Okms, à Bena Tshikulu. Nous sommes restés debout pour écouter des discours et assister aux réjouissances populaires.

Vous êtes le Président du Comité Scientifique pour la Province du Kasaï Occidental dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance du Congo, quel est le sens de l’atelier « Kasaï-Occidental, hier, aujourd’hui et demain » que vous avez organisé en février dernier ?

Cet atelier avait pour buts de tracer l’historique de la Province du Kasaï-Occidental dans tous les domaines et dégager les problèmes qui empêchent son développement. Ensuite, proposer des solutions à l’endroit de chaque problème pour aider le Kasaï-Occidental à décoller vers un développement durable.

Est-ce un atelier de trop ?

Je ne pense pas. La recherche scientifique est dynamique, elle nécessite une réflexion permanente.

Quelles en étaient les principales résolutions ?

Excusez-moi de ne pas en parler car la primeur de nos résolutions est réservée au Secrétariat National du Cinquantenaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo.

Le visage actuel de la Ville de Kananga montre une progression négative, regrettez-vous la fin de la colonisation belge ?

La colonisation belge a exploité la population Kasaïenne au profit de la Belgique. Elle était un courant impérialiste qui devait disparaitre. La ville de Kananga est engagée aujourd’hui dans le courant de la démocratie qu’il y a lieu de soutenir.

Où se trouve la salle ayant abrité les travaux de la Constitution de Luluabourg de 1964, et dans quel état se trouve-t-elle aujourd’hui ?

La salle qui avait abrité les travaux de la Constitution de Luluabourg de 1964 se trouve dans la Commune de Kananga en état de délabrement total. Une épave pour bien dire.

Quel rôle les Congolais vivant à l’étranger peuvent-ils jouer au Congo ?

Ils peuvent jouer plusieurs rôles, spécialement dans la lutte contre la faim et la pauvreté et les antivaleurs. Savez-vous que la République Démocratique du Congo figure parmi les PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) alors que notre pays constitue un scandale géologique et de la biodiversité ? Ils peuvent investir leurs richesses en République Démocratique du Congo, par exemple dans les infrastructures à l’instar de l’athlète MUTOMBO DIKEMBA.

Quels sont les problèmes qui se posent dans l’Enseignement Supérieur et Universitaire au Kasaï-Occidental ?

En termes des bilans, en 1966, il y avait un seul établissement de l’E.S.U. l’Ecole Normale Moyenne (E.N.M) actuel Institut Supérieur Pédagogique (I.S.P.) Kananga. En 2010, nous comptons 30 Etablissements Supérieurs et Universitaires et 33 Professeurs alors que pour tout le pays on compte 1400 professeurs au lieu de 50.000 professeurs. Il y a donc une carence du personnel qualifié ; des infrastructures sont inadaptées avec une capacité d’accueil débordée, des bibliothèques moins équipées ou inexistantes de même que les laboratoires. En outre, il y a l’essaimage des établissements suite à des pressions menées par les élus du peuple en faveur de leurs territoires d’origine. Il faudrait un regroupement des établissements dans peu d’endroits viables. L'enseignement n'est pas adapté. L'option pédagogique est généralisée au détriment des options techniques et professionnelles. Il s’agit d’un enseignement peu exigeant pour son fonctionnement mais non adapté aux besoins et marché d’emploi.

Propos recueillis par Eric Mwamba

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Commentaires

  • Mon cher Mwamba,
    Que de pesanteurs depuis les indépendances pour les pays africains. Donneras- t-on raison à ceux qui pensent que l'Afrique est malade de ses enfants? A quand la prise en charge réelle de l'Afrique par ses enfants? Quand vous avez la chance de vous replonger dans l'histoire pré, colo et post coloniale du continent, vous avez les traits tirés et abattus. Afrique qu'ont-ils fait de toi? Indépendance qu'en ont-ils fait?
    abc
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