Radio Passagers, le média de ceux qui passent

Radio Passagers, une radio collective et gratuite pour les migrants. C’est le projet que vient de lancer le journaliste Léonard Vincent qui a imaginé une université libre de la route. Il s’adresse à une population trop souvent désoeuvrée et livrée à elle même. Léonard Vincent est notre invité cette semaine.

Radio Passagers est une agence de production de programmes radiophoniques à destination des migrants, réfugiés et demandeurs d'asile. Ce projet, imaginé par Léonard Vincent, correspondant de RFI à Rabbat et écrivain français, a pour vocation d’accompagner "ceux qui passent". En voyageant sur les routes d’exil, le journaliste a été frappé par la solitude et l'ennui des migrants. "Ces jeunes sont dans un état de détresse physique et de vide psychique. Traqués par la police, ils se cachent et se sentent coupés du monde.” C’est pourquoi, il a lancé une plateforme gratuite et accessible à tous, où les voyageurs peuvent télécharger du contenu audio en français grâce à leur mobile. “S'il y a une chose qui ne lâche pas les migrants sur les routes, c'est leur téléphone portable. C'est ce qui les relit au monde. Et pour se distraire, quelque soit l'endroit où ils se trouvent, ils s'échangent des fichiers de musique.”

Une radio pour et par les migrants

Radio Passagers est donc une radio libre en ligne qui veut répondre au besoin de s'informer, de communiquer et de se distraire des migrants. “Je voudrais fournir aux auditeurs des cours, des reportages, des histoires, du contenu qui leur permettrait de se relier entre eux à travers les frontières." Alors, pour son fondateur, l’association Radio Passagers est un atelier ouvert, un outil qui appartient à ceux qui l’écoutent et le construisent. Une fois financée, la plateforme sera animée et coordonnée par un producteur à plein temps à Paris. Les reportages sont fabriqués par les correspondants et pigistes de RFI ou d'autres médias francophones en poste dans les pays de transit ou de destination, ainsi que les migrants eux-mêmes. “Le but est qu’ils s’approprient l’outil pour en faire leur propre radio. Ces jeunes sont en âge et en capacité de créer, de structurer leur pensée et de s'exprimer dans la belle langue qu'est le français."

Pour Léonard Vincent, l’objectif de Radio Passagers est surtout de cultiver les migrants, de les aider à s’intégrer dans le pays d’accueil en les renseignant sur le monde dans lequel ils évoluent. "Aucun média ne s'adresse directement à eux en leur parlant de leurs droits ou des risques qu’ils encourent. Personne ne vient occuper la place laissée vide par la dureté de l'exil. Quand on parle de questions migratoires, on n’entend jamais les personnes concernées. Alors, Radio Passagers sera un média fait par eux et pour eux."

Les voix de quelques passagers

  • Tony le guide camerounais, à Oujda, près de la frontière algérienne

  • Puis d’un colosse gambien, au chaud près de sa théière

  • Mais aussi une femme en chaise roulante qui s’appelle Marie

  • Ou bien encore dans une chambre clandestine, sans fenêtre, à Rabat, dans la "favela" de Taqaddoum, avec un très jeune garçon prénommé Moktar et son ami Abdelkerim

Pour soutenir le projet, rendez-vous sur la plateforme de crowdfounding (financement participatif) Ulule. Un système de « vases communicants » financier soutient le budget de fonctionnement, qui s'appuie par ailleurs le sponsoring de certains programmes et les cotisations des membres de l'association: les visiteurs du site peuvent acheter, pour la somme de leur choix, du temps d'antenne. Les donateurs ont le choix de fabriquer à leur guise, avec l'équipe de Radio Passagers, le temps d'antenne acheté ou de l'offrir à la radio.

Les programmes sont classés en 4 grandes catégories :

Le passé : histoire des pays, des peuples, du présent, des phénomènes de migration...

Le présent : apprentissage des langues, des métiers, des traditions, des droits, des devoirs...

Les autres : dialogue entre migrants séparés, entre familles divisées, entre ceux qui sont partis et ceux qui ne le sont pas...

Soi-même : création des migrants, de leurs idoles, de leurs proches, de leurs soutiens...

L'absence d'une antenne « linéaire » permet de proposer des programmes selon leur rythme de fabrication, de n'être pas tenus par le remplissage d'une grille, de gérer la fourniture de l'antenne selon l'actualité, les opportunités, la créativité de l'équipe de production.

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