Il est stupéfiant et ahurissant de constater que la gouvernance d’un secteur aussi vital,  complexe  et sensible, tel que celui des transports terrestres, soit conduite avec autant d’insuffisances et de médiocrités. De plus sous  le  gouvernement Duncan et l’exercice de Ouattara, sensés s’illustrer par la rigueur bien connue de ses personnalités tant sur le plan national qu’international.

En effet, ce que le ministre des Transports, Gaoussou Touré présente aux populations depuis quelque temps, à travers des publi-reportages avec l’argent du contribuable, et qui est pompeusement appelé « Réforme », qu’il prétend  de surcroît capable de  « révolutionner », n’est que du pipo ! Tant sur les motivations de ladite réforme, dans la forme que sur le fond.

 

Sur ce qui a motivé la réforme initiée par le Ministre des Transports 

 

Pour expliquer aux Ivoiriens les raisons de sa réforme, nous sous sommes appuyés sur l’interview paru le Jeudi 13 Mars 2 014, dans un quotidien de la place. A travers ses réponses les motivations qu’il donne pêle-mêle et qui semblent tenir lieu, apparemment,  du profond  diagnostic qu’il aurait dû initier  avant toute décision d’une telle importance, à savoir : " (…)Les usagers dénoncent le fait qu’ils sont obligés de faire la queue devant les guichets à partir de 4 heures du matin (…) ils s’insurgent contre le dépouillement des véhicules importés (… ) Comment comprendre qu’un demandeur d’un simple titre de transport soit l’objet de racket à tous égards ( ...) Comment expliquez-vous que le Ministre dont la signature valide toutes les opérations, ne reçoive aucune information sur ces opérations et ne dispose d’aucun moyen de suivi et de contrôle ? (... )". Sont autant d’interrogations du premier responsable des Transports ivoirien qui achève de convaincre que Gaoussou confond et mélange tout. En effet, ces problèmes qu’il dénonce, à juste titre d’ailleurs, relèvent d’abord, " d’une question de  suivi managérial de ses services sur la base d’indicateurs de performances en vue de sanctions quand il ya lieu ", comme le fait savoir Zagbamin Alfred, usager des transports terrestres à la Sonatt ajoutant par ailleurs que "dans ce sens, depuis trois ans que le ministre Gaoussou est à la tête de ce département ministériel, s’il avait mis en œuvre une politique de sanction sévère de tout agent  qui « s’assoit » sur le dossier d’un usager ou le « rackette », ou encore s’il avait interpellé et/ ou sanctionné un concessionnaire ne respectant pas les cahiers de charge relatifs aux permis de conduire et autres cartes de transport qui lui ont été confiés, il aurait sûrement solutionné ce problème" explique notre interlocuteur qui semble avoir une nette maîtrise du domaine. En conséquence, l’on est d’ailleurs en droit de se demander pourquoi depuis trois ans  il n’a pas attaqué ce problème de front sous cet angle, et c’est un aventureux chamboulement institutionnel qu’il engage, avec des mises en chaumage vraiment  gratuites et cyniques  de ses jeunes compatriotes ? "Car les agents de la Sonatt (Ndlr : Société Nationale des Transports Terrestres) et de l’Agetu (Ndlr : Agence des Transports Urbains) , dont il prétend  qu’ils seront tous recasés si leurs structures étaient liquidées, ne peuvent à la vérité travailler ni à la Dgttc (Ndlr : Direction générale des transports terrestres et de la circulation) car n’étant pas fonctionnaires, ni à Quipux car n’étant pas pour la plupart gestionnaires de base de données", a rappelé le président des Taxis-compteurs de Côte d’Ivoire Adama Coulibaly.  Quant à la nécessité de se rapprocher des usagers pour éviter trop d’affluence à Abidjan, la Sonatt a un ambitieux programme de redéploiement sur tout le territoire national, qui ne demande qu’à être soutenu par le ministre des Transports au lieu de chercher plutôt à supprimer cette importante structure pour des raisons sûrement "inavouables". Enfin, cette question du "(…)Ministre dont la signature valide toutes les opérations (… )", qui se rapporte à la volonté de Gaoussou Touré de signer tous les permis de conduire de Côte d’Ivoire, de toutes les cartes  grises en régimes national et international, et de toutes les catégories de cartes d’autorisation de transport, à en croire notre interlocuteur "il s’agit d’une aberration  managériale si énorme que cela  ne mérite même  pas que l’on s’y arrête, car il s’agit de ces types de  documents dont l’impressionnante quantité fait qu’ un ministre doit en  déléguer la signature au Directeur Général compétent ; en effet, il ne s’agit pas ici, comme le dit le ministre , d’une affaire  « …d’installation d’une base de données utilisant les techniques et les outils de dernière  génération… », car même avec un ordinateur semblable à celui de la NASA, il est matériellement illusoire pour un ministre, au regard des multiples et lourdes charges qui sont les siennes, de suivre et contrôler efficacement toutes ces quantités de tâches opérationnelles", a couper court le président de la Coordination des Gares Routières, Touré Adama (à suivre dans une interview). Enfin, pour ce qui concerne les statistiques de transports qui ne seraient pas fiables, on est en droit de se demander comment les autorités Ivoiriennes s’y prennent-elles pour  dimensionner les ouvrages routiers, programmer et faire des projections relativement aux recettes de l’Etat provenant de la fiscalité sur les véhicules (vignette, taxes sur le carburant, patente, …etc), et cela de tout temps ? De ce qui précède, il apparait manifestement que les motivations du ministre Gaoussou pour fonder sa réforme  relèvent en réalité de problèmes qui se règlent par de simples  mesures de gestion opérationnelle à prendre, et non de réforme institutionnelle envoyant gratuitement, et cela est fort regrettable, un grand nombre d’innocentes personnes au chômage.

Quand Gaoussou Touré veut opérer un passage en "force"

S’il est un autre aspect de cette affaire qui   fait « tomber à la renverse ». Selon notre usager "c’est bien la forme et la méthodologie de son montage". "D’abord l’on note à l’évidence, avec stupéfaction et regret, que le ministre des Transports n’a pas initié de diagnostic ! Or la Côte d’Ivoire se trouve  engagée, après moult réflexions en rapport avec la Banque Mondiale dans le cadre du CI-Past, dans une profonde réforme institutionnelle de son secteur des transports depuis 2000. D’importantes lois,  ordonnances et décrets ont été pris à cet effet.  Et le bilan du CI-Past réalisé  il y a environ trois ans a fait ressortir à fortiori la grande justesse et pertinence de la création de la Sonatt et de l’Agetu que le ministre Gaoussou veut supprimer on ne sait trop pourquoi !  Pour permettre d’ailleurs  à l’Agetu d’avoir les coudées franches, le rapport  final du bilan du CI-Past avait au demeurant recommandé la réaffirmation, par le Gouvernement, du  rôle d’autorité organisatrice des transports urbains de la mégapole abidjanaise telle que  confiée à cette structure", martèle Zagbamin Alfred très remonté. "Quand un pays a pris de si solides orientations pour l’un de ses secteurs essentiels, comment peut-on vouloir chambouler tout cela comme le ministre des Transports veut le faire, sans au préalable un véritable diagnostic associant les acteurs dudit secteur ?" S’interroge le président des Taxis-Compteurs. "En plus de la non réalisation de diagnostic avant d’envisager une action gouvernementale de telle ampleur, il convient également de noter que sans attendre que le Gouvernement ne lui donne le feu vert par décret, Quipux a déjà démarré son investissement de constitution de la fameuse base de données, à l’effet de  mettre de toute évidence celui-ci sur le fait accompli", a révélé notre interlocuteur qui suit le dossier comme du lait sur le feu.

 Gaoussou Touré ou le "sorcier-noir" de la réforme

Au football, l’opinion a reconnu et surnommé l’entraîneur Philippe Troussier de l’Asec, "le sorcier-blanc" pour ses performances. Peut-être que c’est cette même performance que le ministre des Transports veut impulser dans on secteur. Loin des stade, mais cette fois-ci dans un milieu où la pagaille, le cafouillage et désordre font bon ménage. L’actuel patron ivoirien des Transports peut avoir son sobriquet. "Le sorcier-noir".  Suivons-le sur le fond, c’est-à-dire son contenu et mécanismes logiques de mise en œuvre, que cette prétendue réforme initiée par le ministre Gaoussou Touré est par "euphémisme effrayante et dangereuse pour le secteur ivoirien des transports terrestres". D’abord de par la légèreté de ce qui en constitue le socle. En effet, tout repose sur ce qui apparait comme une sorte de potion magique quand l’on suit les explications du "sorcier-noir" à savoir "( …)L’installation au ministère des Transports, d’une base de données utilisant les techniques et les outils de dernière génération… grâce à la transparence qu’elle instituera dans le secteur du transport routier, solutionnera les multiples problèmes rencontrés… ". En d’autres termes, dès que l’un des services du ministère des Transports est raccordé à cette base de données, du coup, "racket, corruption et autres lenteurs administratives  disparaissent, la performance est au rendez-vous". Alors, il faut donc raccorder tous les services du ministère sur ce précieux sésame ? La question mérite d’être posée. Et c’est en même temps le lieu de rappeler à monsieur le ministre que la gestion des titres de transport ivoiriens  se fait à partir d’une base de données informatisée depuis 1985, avec du matériel qui pour chaque époque est de qualité largement suffisante pour le bon fonctionnement d’une base, et en particulier le dispositif informatique actuellement à la disposition de la Sonatt. "Les questions de racket, de corruption et autres  lenteurs dans la délivrance de pièces administratives ne sont pas essentiellement une affaire de base données, mais relèvent plutôt de la mentalité, et prospèrent partout où il n’y a pas de pratique régulière et rigoureuse de suivi-évaluation, de sanction quand il ya lieu, et de promotion ou récompense selon le mérite. C’est pourquoi à Abidjan ces  phénomènes  de mal gouvernance peuvent s’observer dans certains services publics pourtant puissamment outillés en systèmes et matériels informatiques de pointe", a fait remarquer le président du Cngrci. "De toute vraisemblance, le ministre veut emballer tout le monde dans sa politique de l’autruche sur cette question de  corruption sans l’affronter franchement, et fait de la diversion avec ce  grossier montage de base de données bidon qui n’apportera rien de plus au secteur sinon plus de cafouillages. Après l’analyse du socle de la « réforme », dont il ressort son inadéquation avec les questions soulevées par le ministre Gaoussou Touré lui-même, l’on constate que les mécanismes logiques de mise en œuvre manquent également de cohérence", soutient Z. Alfred. En effet sur le volet relatif aux « nouveaux types de permis », suivez mon regard: "Il s’agira de faire une nette distinction entre le permis « promenade-affaire » et le permis « professionnel  qui concerne les poids lourds et les cars»… ". Car il s’agit dans ce cas d’espèce, "de retoucher tout simplement les textes en la matière, et la révision d’un texte n’a rien à avoir avec  la réforme institutionnelle  d’envergure qu’il envisage. Encore que nos textes actuels font déjà cette distinction, en ce que le permis qu’il appelle « promenade-affaire », c’est le permis B,  et le permis « professionnel » est le permis BCD  pour lequel la préoccupation actuelle réside plutôt dans la nécessité de revoir les modalités de son obtention".

Pour ce qui concerne le volet « Auto-Ecoles », suivons les explications de celui qui prétend "révolutionner" le secteur des transports terrestres : « …nous n’avons pas de véritables auto-écoles…98% d’entre elles s’apparentent à de véritables « boutiques de vente de permis de conduire »…nous procèderons à  une sélection rigoureuse des auto-écoles… ». Là encore, selon l’explication de Adama Coulibaly, "il s’agit ni plus ni moins que d’initier un simple programme d’assainissement du sous-secteur des auto-écoles, rien à avoir non plus avec une réforme institutionnelle" et de révélé "un autre curieux compartiment de sa réforme" qui réside dans la création d’une autre nouvelle structure dénommée « Autorité de Régulation des Transports Terrestres et Maritimes »(Artm). Pour expliquer à l’opinion ce que des usagers qualifient de « structure chauve-souris » va faire, suivons  Gaoussou Touré "le sorcier-noir" dans son «surfing » : " Cette autorité sera chargée de réguler les activités du système de transport multinational à instaurer, pour résoudre l’épineux problème de circulation dans la ville d’Abidjan. Ce système multimodal  prévoit l’arrivée de compagnies de référence de transport lagunaire par bateaux bus de dernière génération, la mise en œuvre du projet de train urbain…elle aura en charge l’arbitrage des conflits entre les opérateurs avec les usagers ". "Là aussi il y a lieu de se demander ce que le « maritime » vient faire dans le cigle de cette autorité, dans la mesure où toutes les activités se limitent finalement à Abidjan (peut-être à cause du terme « bateau » qui est dans le mot bateau-bus !)". Il y a, surtout qu’en matière d’arbitrage pour une gestion en bonne synergie de plusieurs modes de transports, il s’agit plutôt de réaliser ce que l’on appelle l’intégration tarifaire, consistant à faire en sorte  que l’usager qui prend son ticket dans l’un des modes (train urbain, autobus Sotra ou bateau-bus) puisse emprunter les deux autres, et cela constitue l’une des attributions de l’Agetu (cette structure que le ministre étouffe depuis trois ans et qui manque de tout). En plus des questions de régulation et d’organisation globale de l’ensemble des modes de transports urbains abidjanais qui lui incombent. Au total, le parcours des différents compartiments de "cette brumeuse réforme" du ministre des Transports fait ressortir que celui-ci s’est posé très peu de questions, dont certaines manquent d’ailleurs d’épaisseur, et tout porte à croire qu’il a fait une sorte de « démarche à l’envers » en choisissant d’abord ses options à lui, puis il identifie  ensuite les  questionnements dont lesdites options pourraient constituer selon lui les meilleures réponses aux  yeux de l’opinion et du gouvernement pour un passage en force.

Au regard de ce qui précède, "la réforme Gaoussou Touré" a été proposée sans un  véritable diagnostic pertinent, associant les principaux acteurs institutionnels concernés. Le socle de celle-ci  est vide, et l’analyse de son principe  logique de fonctionnement fait ressortir des incohérences et insuffisances multiformes. Les problèmes évoqués pour son avènement peuvent être efficacement  résolus autrement, notamment par une politique hardie de promotion du mérite (et de sanctions) , par l’assainissement de certains secteurs dont celui des auto-écoles, et par la  retouche de certains textes légaux et règlementaires. Pour tout dire, il s’agit d’une réforme que des professionnels du secteur des transports qualifient de "bidon", qui n’amènera que des cafouillages. Du pipo, qui ramène à des années caverneuses pour tout résumer.

 

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