Le samedi 22 mars dernier, l’hôpital du Cinquantenaire[1] a été inauguré en grande pompe à Kinshasa. Le ministre de la Santé publique, Félix Kabange Numbi, a promis une consultation à 14,46 euros pour le patient congolais pour un généraliste, et 18,08 euros pour le plus grand spécialiste. Selon le citoyen lambda, ce prix serait néanmoins hors de portée de la très grande majorité des Congolais. De plus, plus de la moitié de la population vit avec à peine 0,72 euros par jour. Ce nouvel hôpital, lequel se veut à vocation régionale, sera-t-il vraiment accessible à tous les citoyens Congolais ? S’impose donc une réflexion sérieuse sur la politique sociale et sanitaire en République Démocratique du Congo, un pays où, aux dires du ministre de la Santé publique, 232 enfants de moins de 5 ans meurent chaque heure – soit 4 enfants par minute.

 

Une situation désastreuse

 

On constate une nette régression du revenu des ménages. Bien qu’une grande partie de l’économie congolaise soit non-monétaire, le PNUD a estimé cette régression à 0,14 euros par habitant et par jour – soit 56,40 euros par an. La paupérisation généralisée – due aux taux de chômage records dans les villes, à l’inadaptation ou au non-paiement des salaires et à l’atrophie des revenus du travail – se traduit par d’énormes difficultés pour la majorité des familles à s’assurer une alimentation minimale. La diminution de la production agricole contribue à cette carence alimentaire des villes et à l’appauvrissement des campagnes. La malnutrition des enfants de 0 à 5 ans est de facto en forte augmentation. Pour cette catégorie, elle a atteint un taux de prévalence de 13 %, soit environ 1,35 million d’enfants. Pis encore, 24 % des enfants sont nés avec un poids insuffisant, et 43 % souffraient de malnutrition chronique en 2010. En 2007, plus de 70 % des enfants de moins de 5 ans et plus de la moitié des femmes en âge de procréer souffraient d’anémie.

Le tableau sanitaire de la République Démocratique du Congo est tout aussi sombre avec une mortalité maternelle croissante qui est passée ces dernières années de 500 décès pour 100 000 naissances à 3 000 décès pour 100 000 naissances, une mortalité infantile de 150 °/oo et une recrudescence du paludisme, du VIH/SIDA, de la tuberculose, de la typhoïde…

La précarité dans le domaine de la santé est vécue au quotidien. Les hôpitaux du secteur public sont dépourvus d’équipements et de médicaments pour les soins nécessaires. La situation est tellement désastreuse qu’on en arrive à des phénomènes très marqués de criminalisation : la multiplication sauvage d’officines privées de soins, la rétention des malades en otage et des biens en gage, le refus des soins aux indigents, le recours à l’automédication ou à des médecines traditionnelles peu orthodoxes...

 

L’espérance de vie

 

En 2011, l’espérance de vie en République Démocratique du Congo était de 48,3 ans. En 2009, le revenu national brut par an et par habitant était de 101,23 euros. Le pays a occupé le 195ème rang sur 196, à cause du taux le plus élevé de mortalité des moins de 5 ans[2]. Pourquoi l’espérance de vie ne cesse-t-elle de baisser en République Démocratique du Congo, alors que, au regard des ressources naturelles dont regorge le territoire national, elle devrait logiquement augmenter ? Sans conteste, cette diminution représente le marqueur essentiel des résultats négatifs de la régression dans la société congolaise dont le secteur sanitaire laisse à désirer.

Par conséquent, un effort considérable devra être fourni en matière de santé publique et d’hygiène. Il en sera de même pour les dispensaires publics et le désengorgement du secteur hospitalier, les actions de prévention et de prévoyance, ainsi que pour la lutte contre l’insalubrité. L’inspection sanitaire et alimentaire sera renforcée par une Brigade d’intervention sanitaire (BIS). Pour désengorger le secteur hospitalier, il faudra construire dans les agglomérations un réseau étoffé, interrelié, de centres de services sociaux locaux et communautaires (CSSLC) afin de procurer des soins bénins ou élémentaires, de pouvoir prodiguer des conseils médicaux à des couches populaires et de les vacciner.

 

L’assurance maladie

 

Il faudra surtout allouer au moins 327,5 millions d’euros à la santé publique, dont les 3/4 seront attribués aux différentes administrations engagées dans la lutte contre les maladies et aux structures concernées par les soins, à l’enseignement, à la prévention et à la sensibilisation, ainsi qu’aux salaires – c’est-à-dire 163,8 millions d’euros, soit respectivement 81,9 millions d’euros par entité. Le cabinet ministériel et les autres services qui s’y rapportent devront disposer de 31,9 millions d’euros pour leur fonctionnement, tandis que 113,8 millions d’euros seront consacrés aux salaires.

Grâce au régime universel d’assurance maladie[3], les Congolaises et les Congolais devront avoir accès aux soins de santé dans tous les réseaux de santé publique. Ainsi jouiront-ils de quelques prestations, quant aux réseaux de la santé privée. Cette assurance – laquelle sera prise en charge par l’État, l’entreprise et les salariés – devra en principe permettre aux populations de se soigner sans entrave administrative et sans barrière matérielle.

Dans l’optique d’un véritable dialogue social, il faudra recommander aux entreprises publiques et aux compagnies privées, employant au moins une cinquantaine de salariés, de disposer d’une petite infirmerie pour procurer les premiers soins aux employés et des soins élémentaires aux membres directs de leurs familles, en contrepartie d’une assurance qui sera retenue à la source et définie par l’État.

 

Documentation

- La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie – Gaspard-Hubert Lonsi Koko, L’Harmattan, Paris, 2011.

- Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs – Gaspard-Hubert Lonsi Koko, L’Harmattan, Paris, 2013.



[1] Allusion aux 50 ans de l’accession de l’ancienne colonie belge à la reconnaissance internationale, le 30 juin 1960.

[2] En 2010, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans était de 170 pour 1 000 naissances vivantes, tandis que le taux de mortalité maternelle s’élevait à 540 pour 1 000 naissances vivantes.

[3] L’assurance maladie devra être constituée de trois principaux régimes : le régime général, le régime agricole et le régime social des indépendants. En parallèle, devront aussi exister d’autres régimes spécifiques.

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