Avez-vous remarqué qu'aujourd'hui, dans un musée, le meilleur ami du flâneur, c'est son cher et tendre smartphone ? Passez du côté de la Joconde, au Louvre,
et c’est une nuée de téléphones qui s’interpose entre les spectateurs et le sourire égal de la Joconde elle-même. Partant de ce genre d’expériences, j’ai eu envie d’organiser une conversation, à l’Atelier, sur la transformation des musées, ou plus largement, des institutions culturelles à l’heure du numérique.

Et vous verrez, j'ai invité 5 chercheuses formidables qui défendent une certaine idée de la culture à l’heure du code informatique et des réseaux sociaux :

  • Audrey Defretin qui termine la sienne sur la médiation sur les supports numériques,
  • Noémie Couillard qui termine aussi la sienne sur les nouveaux métiers du musée et notamment le community manager,
  • Marion Coville qui vient de soutenir sa thèse sur les jeux vidéo au musée, .
  • Claire Séguret, qui coordonne les réseaux sociaux à la communication de la BNF
  • Sophie Bertrand, responsable de Gallica à la BNF

Dès qu’il est question de culture, d’oeuvres d’art, de création ou de patrimoine, la tentation du romantisme n’est pas loin : l’art, chers auditeurs, c’est l’autre nom d’une forme d’énigme, de mystique et d’indicible…

C’est un combat contre le chaos et le vide, c’est l’élévation vers la lumière et, peut-être, la promesse d’une révélation du sens de l’histoire, c’est, enfin, la sublimation du désordre ordinaire de ce monde humain, trop humain.

“La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert”, disait pompeusement Malraux, que l’on cite allègrement, quand on veut faire de la culture une forteresse que les ravages du temps n’atteignent pas… Sauf que toutes ces belles phrases sont, en un certain sens, bien loin des usages et des enjeux actuels. Oui, à l’époque des Wikipédia et des Creative Commons, de la 3D et de la numérisation des ouvrages, d’Instagram et de Snapchat, on aurait presque envie de trahir les propos de Malraux pour mieux les traduire dans notre langue contemporaine : “La culture ne s'hérite pas plus qu’elle ne se conquiert, elle se partage !”

Le musée se réinvente avec le public

Premier élément de réponse : Noémie Couillard, qui a rédigé une thèse s'intitulant "Se revendiquer des publics. Politiques culturelles numériques et stratégies professionnelles des "community managers" dans les musées français", est revenue pour nous sur quelques unes des communautés les plus intéressantes pour aborder toutes ces questions.

Il y a les MuseoGeeks, d’abord : il est frappant de voir que, là aussi, comme dans le journalisme, la musique ou dans les questions d’innovations citoyennes, ce sont des communautés composées de professionnels et d’amateurs qui se mobilisent pour tenter de penser ou d’inventer de nouvelles façons de “partager” l’expérience du musée…

D’ailleurs, MuseoGeeks, c’est en réalité 4 communautés, dont MuzeoNum et MuzeoMix. MuzeoNum est notamment une plateforme de ressources sur le numérique au musée et dans la culture, animée par des membres de la communauté museogeek francophone. Il y a MuseoMix, aussi, né en 2011, qui mérite le détour, et qui se développe un peu partout dans le monde. C’est un rendez-vous annuel consacré aux nouvelles formes de médiations et au numérique. Pendant trois jours, au cœur d'un musée, les participants sont invités à concevoir et prototyper des expériences innovantes.

D’où une réflexion, partagée avec Noémie Couillard : qu’est-ce que c’est, aujourd’hui, finalement, un professionnel de la médiation culturelle ? Un geek ? La réponse, évidemment, est plutôt non. Ce qu’il faut, c’est à la fois une curiosité pour les nouvelles formes d’expériences du musée et des collections, mais aussi un solide bagage en termes de connaissances sur le fond.

Penser l'expérience du musée 

Précisément, Audrey Defretin, est venue nous fait part de son regard sur ces questions d’expériences de la visite. Audrey Defretin est notamment membre de la Chaire UNESCO ITEN (Innovation, Transmission et Editions Numériques à la Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme). Egalement professionnelle de la culture depuis plus de 10 ans, Audrey Defretin a collaboré a de nombreux projets de valorisation numérique du patrimoine culturel et scientifique… Et c’est aussi une doctorante dont les recherches portent les mutations de la médiation culturelle et des pratiques de la visite.

Et plus particulièrement, sa thèse porte sur les impacts et enjeux du numérique dans la co-construction, la personnalisation et l'appropriation des contenus culturels.

En somme, il faut associer un maximum le public dans la transformation du musée, trouver des moyens permettant de le rendre autonome (en personnalisant son parcours), voire favoriser l’appropriation des contenus culturels - de telle sorte que le musée ne soit pas qu’une étape ponctuelle, sans lendemain.

De ce point de vue, il existe de nombreuses initiatives intéressantes ; le musée du Château de Nantes propose par exemple un dispositif de personnalisation de la visite sur la base de profils utilisateurs quand l’HistoPad de Chambord permet d’augmenter la visite en remettant les lieux en contexte, selon les époques, avec une tablettes.

La démarche peut aller jusqu’à encourager l’utilisation du mobile pour s’approprier des lieux, comme ça peut être le cas au Jardin de Versailles.

Une question que l’on peut aussi se poser : le mobile reste une vraie question dans les musées. Faut-il continuer à développer des applis mobiles quand on voit leur faible taux d’utilisation ? Pour l’heure, la réponse reste plutôt positive quand les institutions en ont les moyens et quand leur fond le justifie… Mais on ne peut pas tout réinventer avec une application, loin de là.

Du côté de la BNF 

Il y a un cas d’école que j’aime beaucoup, et je suis moi-même un grand lecteur devant l’éternel alors forcément, j’ai eu envie d’évoquer le cas de la BNF. Et pour en parler, j’ai eu le plaisir de recevoir deux invitées : Claire Séguret et Sophie Bertrand

Claire Séguret a rejoint la BNF après avoir piloté la communication et les projets numériques du musée de Cluny. C’est d’ailleurs assez étrange cette association d’idée : le numérique, c’est d’abord de la communication pour ceux qui se méprennent sur les changements profonds induits par les nouvelles technologies.

Autre façon de tenter de faire vivre les collections à l’heure des cultures numériques tout en favorisant à la fois la co-construction et l’appropriation chère à Audrey Defretin : il y a eu un hackathon, en novembre, à la BNF, par exemple.

Il faut dire que les fonds de la BnF comprennent plus de 14 millions de livres et d'imprimés, 250 000 volumes de manuscrits, 360 000 collections de périodiques, environ 12 millions d'affiches, plus de 800 000 cartes et plans, et je ne parle pas de ttes les archives multimédias…. ni même de l’archivage du web !

Alors comment fait-on, aujourd’hui, pour plateformiser une telle institution ?

Les réseaux sociaux ! Il y a beaucoup de musées (mais aussi des “petits musées”) qui proposent des choses très intéressantes… En redonnant vie à des personnages, par exemple. En valorisant des objets, voire en jouant avec les collections.Autre aspect lié au numérique : la numérisation des collections, c’est-à-dire, en un certain sens, une nouvelle modalité de conservation, mais aussi une autre façon d’exposer, de partager, de mettre à disposition.

D’ailleurs, un projet monumental et formidable de la BNF, c’est bien entendu Gallica. Pour en parler, j’ai accueilli Sophie Bertrand !

J’ai repéré 3 façons en particulier de faire vivre ce patrimoine (et sur les réseaux sociaux, c’est un plaisir que de suivre les comptes Twitter et la page Facebook de Gallica, je vous le conseille ardemment).

3 façons de faire vivre Gallica 

Nous avons bouclé cette conversation avec ces nouveaux objets qui peuvent et doivent finir par entrer au musée… Comme le jeu vidéo.

Et le jeu vidéo dans tout ça 

Marion Coville est sociologue, présidente de l'Observatoire des mondes numériques en sciences humaines et elle a soutenu une thèse sur l'adaptation des jeux vidéo au musée. Sa thèse a porté moins sur les techniques de conservation, mais plus sur les questions de reconnaissance et légitimation culturelle des jeux vidéo par les institutions publiques et culturelles.

En termes d'initiatives internationales, Marion Coville m’a fait part de deux “approches pionnières” :

Le MoMA, d’abord, qui a été le premier à intégrer des jeux vidéo à ses collections. Et ça pose beaucoup de questions : quid des jeux récents, en ligne, multi joueurs, avec des mondes persistants, ce qui pose de très nombreuses questions sur leur conservation ?

En France, elle a pu étudié l'exposition “Jeu Vidéo”, une exposition organisée à la Cité des Sciences de Paris, qui a marqué un tournant dans la conception des expositions de jeux vidéos. Cette fois, une équipe de musée s'est intéressée à la manière de concevoir des dispositifs de médiations culturelles sur les jeux vidéo et conçu à partir de technologies ou de logiciels issus du jeu.

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Crédit image : Simon Decreuze / RFI 

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