Quand l'histoire prédit l'avenir

“Celui qui oublie son histoire est condamné à la revivre”, écrit un historien. 96 ans après l’occupation américaine, les mêmes pratiques géostratégiques et politiques  perdurent en Haïti. Le peuple haïtien, aurait-il tout oublié de sa mémoire ? S’interrogent certains esprits avisés. Faudrait-on la lui enseigner autrement pour qu’il arrive à comprendre, accepter voire se convaincre que gouvernance et forces publiques  ne fassent pas toujours bon ménage en Haïti ? De 1804 à nos jours, ce sont les mêmes discours surl’Etat et la démocratie. Quelle issue ?

 

 M. Francis Charles, ancien colonel des forces  armées d’Haïti, a publié  chez Deschamps, il y a deux ans : « Essence du pouvoir martial, la domestication de l’armée ». Ce livre, depuis sa parution,  n’a de cesse perturber les imaginations fertiles en matière de gouvernance et de politique de gestion du territoire.  Ce texte qui s’inscrit dans une démarche socio historique propose une réflexion analytique des paramètres clefs de la situation ethno socio politique et économique  que connait le pays depuis plus deux  siècles. La pensée de l’auteur constitue, implicitement, une forme de prédiction  sur ce qui se produira et arrivera dans le pays de Dessalines. Ainsi l’ouvrage remet il en question la délicate présence  et la politique de main mise des puissances mondiales qui, depuis fort longtemps, diffuseraient chez nous une fausse conception de la démocratie surtout à un moment où tout s’articule autour de la crise qu’à provoquer les élections du 28 novembre dernier.

 

Il faut se fier à l’idée que l’histoire  d’un peuple constitue la principale référence conventionnellement acceptable pouvant l’amener à comprendre  les situations conflictuelles et actuelles  de sa sphère. Le colonel Francis Charles, dans sa réflexion, pour soutenir la compréhension de son livre et du contexte conjoncturel que subit le pays, fait un grand saut dans notre mémoire collective. Il  aurait  sans doute été animé par l’envie de porter la cité  à prendre conscience de l’origine et de la raison  de l’existence des forces armées sur le territoire national. Il a particulièrement mis l’accent sur celles qui existaient dans le pays depuis 1804 jusqu’au retour de l’exil de l’ex président  Jean Bertrand Aristide,le 15 oct. 1994.

 

Une perception confrontée à la réalité factuelle.

 

La somme des cinq chapitres composant le livre du colonel laisse croire et comprendre qu’aucune nation ne peut prétendre connaître d’éventuelle évolution si les théories politiques, économiques, judiciaires et géographiques, à un stade pratique, ne sont maîtrisées, animées et entrecoupées de visions différentes, venues de personnalités, de cultures et de tendances contraires. Des théories qui prônent, sous l’influence du capital, l’individualité au sein des groupes ethniques, rassemblés dans un même espace, mais divisés depuis leur origine tribale. Outre cela, il ne faut pas laisser passer inaperçu la formation reçue des fils de colons ayant parfait des études dans la métropole. Des fils de colons revenus sur l’ile avec des points de vue opposés et des stratégies divergentes sur la mise en place de la notion d’Etat, de la Collectivité et de cette histoire de souveraineté dont aucun haïtien ne peut, à présent, s’arroger le droit de clamer haut et fort.

 

Animés d’un désir à vouloir changer, ce qui arrive toujours aux divers gouvernements guidés d’un idéal patriotique et de la tendance à rejeter la formule de la démocratie sur mesure qu’impose l’occident,  les gouvernants sont souvent pris aux filets des subtilités diplomatiques. Une pratique qui, quand elle vise l’intérêt de la communauté dont les citoyens, malgré leur dissemblance épidermique, leur statut social et économique, ayant lutté pour une même cause, devraient reconnaître pour vrai et accepter de s’unir sous la bannière d’une  devise qui a marqué la mémoire collective et surpris plusieurs peuples du monde,  se laissent corrompus et anéantis.

 

Selon cette même perspective, l’auteur affirme, tout en essayant de concilier le pragmatisme déconcertant des forces armées d’Haïti, forces toujours présentes dans l’implication de la politique extérieure et de la gouvernance haïtienne, que, depuis plus de deux siècles, cette institution a fréquemment suivis des trajectoires déroutants et des objectifs diversifiés.

 

A l’époque coloniale, la présence de la « force publique » semble avoir été guidée d’un seul idéal : assurer la protection du territoire contre les forces extérieures voulant s’accaparer des biens de la colonie. Mais, après la proclamation de l’indépendance tout a changé. Au delà même de sa fonction protectrice contre les forces étrangères, l’armée participait amplement dans le partage et le maintien du pouvoir exécutif. Semblerait-il que c’est pour remédier au fréquent problème de coup d’Etat dans le pays, lequel estimé crucial, que, sous l’administration de l’ex président, Jean Bertrand Aristide, cette institution aura été dissoute.

 

Ces si flagrantes réalités dont les repères chronologiques soulignés dans les mémoires de la nation porte à comprendre que les problèmes de la République d’Haïti sont très délicats et à la fois complexes. Aujourd’hui, personne ne peut prétendre attraper le gros poisson n’importe où. Elle risquerait de connaître les plus affreuses et douloureuses déceptions du monde. D’où, la perception de M. Charles  exposée à ce que les faits lui ont soumis comme réel.

 

Une stupide absurdité haïtienne                                                     

 

D’intention de révolution en révolution, d’affrontement en affrontement, de trahison en trahison, entre présidence, forces publiques, classe aisée et la masse dont la dernière, dénuée de tout et toujours prête à tout sacrifier pour concrétiser ses rêves de peuple libre et poursuivre des objectifs bafoués par des élus ne défendant que l’intérêt de la catégorie la plus aisée, témoigne la barbarie du monde  faisant corps à la stupide absurdité haïtienne. Du train où vont les choses, stimule la pensée de M. Francis Charles, ainsi le prédit également le géographe américain, Diamond Diared, on a l’impression que les haïtiens se contentent, aujourd’hui encore, d’assister à l’effondrement de leur civilisation. Aucune résistance n’est faite. Le peuple haïtien se résigne et pour trouver d’autre énergie se contente à nourrir d’autres espoirs. Ne serait-ce pas cette forme de passivité que voulait décrire Albert Einstein en disant : « le monde est beaucoup trop dangereux pourqu’on y vive, non à cause des gens qui font le mal mais à cause de ceux qui les laissent faire sans bouger ».

 

La similitude d’une présence

 

 Pour bien comprendre ces phénomènes qui, de nos jours, ravagent l’île, il faut remonter à 1915, période marquant le débutde l’occupation américaine structurellement décrite dans le deuxième chapitre du livre. En fait, l’auteur a pris le soin de rappeler le contexte sociopolitique qui l’a motivé et l’intention qui s’y était dissimulée. On finit par comprendre, à la lumière des événements qui se produisent  ces jours ci en Haïti, que l’histoire se répète. Les mêmes faits se reproduisent. Encore et encore. Et l’histoire, pour penser à James Joyce, devient ce cauchemar dont l’haïtien ne cherche pas à se réveiller. Avec des idéologies différentes, des tendances plus structurées prenant forme dans le néo-colonialisme déguisé et, contribuant grandement à l’effondrement de l’homme et de son milieu ambiant, la réalité sociale et géographie du pays accable et ne laisse filtrer aucune lueur de survie favorable à une jeunesse en errance. Laquelle errance explique l’affaiblissement de sa conscience.

 

En somme, on peut comprendre que le livre du colonel ne pose pas seulement les problèmes géostratégiques de notre communauté mais la similitude d’une présence spéciale sur le terrain qui, sur le plan diplomatique, renvoie à l’application de la politique de 1915. Laquelle période soutient fermement l’aboutissement de la doctrine de Monroe jusqu’à ce début dece siècle : « l’Amérique aux Américains ». Tandis que, on continue à parler de liberté, d’Etat souverain et de démocratie.

 

JoeAntoine Jean Baptiste

jjoeantoine@yahoo.fr

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