L'avenir des journaux papier...Par LeStudio1.com

Je ne peux m’empêcher- c’est avec un plaisir certain que je le fais d’ailleurs- de prendre du plaisir en consultant le mail que m’envoie à chaque fin de semaine l’équipe de l’émission Atelier des Médias de la Radio France Internationale (RFI). Ce mail a pour vocation d’annoncer à chaque personne inscrite à l’infolettre le contenu de l’émission. Aujourd’hui, il y a une question qui m’a particulièrement surprise (à noter que j’aurais pu être choquée…). Mais revenons à la question choc ! Elle est ainsi formulée : « Quelle liberté pour la presse en Libye ? ».


Jusque-là ça peut aller. Il n’y a pas de quoi crier au scandale. Du moins pas tout de suite. Et, ma première impression en faisant dérouler ce courriel sur mon smartphone est que cette interrogation ne manque pas d’aplomb en cette journée internationale de la liberté de la presse. A ne pas oublier que nous sommes aujourd’hui le 3 mai. Poursuivons notre lecture. Le reste du message est le suivant : « Près de deux ans après la chute de Khadafi, le journalisme libyen fait montre de dynamisme : des dizaines de télés, de radios, de journaux occupent désormais le paysage médiatique. »

Cela me fait penser à l’expérience haïtienne plus d’un quart de siècle plus tôt. Celle de la parole libérée après la chute des Duvalier le 7 février 1986. Je sais ce que vous vous dites en lisant ce billet, la comparaison du cas libyen à celui d’Haïti est pour le moins audacieuse. Croyez-moi, si je m’évertue dans ce rapprochement, je tiens compte à la fois de la réalité distincte des deux pays (La Libye qui vient de vivre ses quarante-deux dernières années sous la férule du clan Khadafi et Haïti qui patauge depuis plus d’un quart de siècle dans une espèce de démocratie de pacotille taillée sur mesure par ses amis créanciers et bailleurs multilatéraux). Mais revenons sur la situation d’Haïti 25 ans plus tôt.

A la chute du régime dictatorial des Duvalier, on avait assisté à ce moment-là à un boom des radios sur la bande FM et un peu plus tard à la prolifération des stations de télé. Soit dit en passant tous les proprios d’une station de radio- enfin ceux qui en ont les moyens- disposent aussi de leur propre chaine de télé. Les plus naïfs se sont laissés pris tête baissée à ce trompe-l’œil et n’hésitent pas à mesurer la démocratie à l’aune du nombre de radios, de télés existant dans le paysage médiatique haïtien. Mal leur en a pris. Ribambelle de médias ne riment pas toujours avec démocratie. Au moment où j’écris ces lignes, la bande FM est saturée pour la Capitale ainsi que pour certaines autres villes de provinces du pays. Cependant, aucune de ces stations de radio encore moins de télé ne peut relayer l’information émanant du Collège Transitoire du Conseil Electoral Permanent (CTCEP) concernant la date de la tenue du scrutin des prochaines élections législatives et des collectivités territoriales. L’Oncle Sam n’en a pas encore laissé filtrer l’info.

En outre, cette semaine la même RFI faisait état dans ces éditions de nouvelle d’un groupuscule d’opposants au régime de l’ex-dirigeant libyen qui occupaient les locaux de certains ministères afin d’exiger la mise à pied des employés, des diplomates ayant servi la Libye du temps du colonel.  Cela me fait penser au fameux slogan des anti-duvaliériens : « makout pa ladann ». Peut-on parler de démocratie en prêchant l’exclusion ? A mon humble avis, je pense que la vraie victoire démocratique aurait été celle de ramener au processus démocratique par les urnes les macoutes conciliants et de traduire devant les tribunaux les irréductibles. Ainsi tout le monde aurait eu son compte. D’un autre côté, ce serait méchant et bête de penser que l’espace d’un cillement que la transition démocratique dans ce pays du Maghreb se ferait sans heurts, sans casses. Quarante-deux ans de dictature, de censure ne s’oublient pas ainsi, pas dans un battement de cils. Trop de blessures sont encore ouvertes, et là où je me trouve actuellement, je peux sentir le sang encore frais qui en dégoulinent.

Alors, j’implore les puissances occidentales dépositaires de la « civilisation démocratiques » à se tenir à carreau et laisser au peuple libyen le libre choix de panser leurs plaies qu’elles-mêmes avaient ouvertes en renversant et assassinant le colonel Muammar Khadafi.

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