Entre le groupe des parlementaires du renouveau et alliés, signataires de la pétition du 8 juillet dernier, et le groupe minoritaire, considéré comme celui qui approuve le choix de l’ex-ministre de la Justice, Bernard Honorat Gousse comme Premier ministre désigné, les affrontements dialectiques se poursuivent. Les deux groupes se prétendent favorables à la cause de la collectivité.
Les discutions sur l’éventuelle ratification de Me Gousse se sont intensifiées. Alors que le dossier du Premier ministre désigné n’a même pas été déposé, le verdict est déjà prononcé. Le groupe majoritaire de sénateurs reste hostile face au choix du président de la république, Michel Joseph Martelly. « L’attitude des 16 élus du grand corps frise une certaine indécence », estime Andris Riché, sénateur de la Grand’ Anse. Cependant, le président Martelly persiste à croire qu’il obtiendra satisfaction et n’entend pas s’inscrire dans la « politique de marchandage » que des parlementaires tenteraient de lui imposer en vue de le décourager, le conduire à abandonner la lutte pour le changement, via l’installation de son gouvernement.

Pour briguer le poste de Premier ministre, la loi constitutionnelle ne fait pas de détour : Etre d’origine haïtienne et n’avoir jamais renoncé à sa nationalité ; être âgé de 30 ans au moins ; jouir de ses droit civils et politiques et n’avoir jamais été condamné à une peine afflictive ou infamante ; être propriétaire en Haïti et résider dans le pays pendant les cinq dernières années consécutives ; avoir reçu décharge de sa gestion si on a été comptable des deniers publics. Ces conditions sont consignées dans l’article 157 de la Constitution de mars 1987. Le Premier ministre désigné Bernard Gousse répond-il à tous ces critères ?

Loin des prescrits de l’article 157, la position des 16 parlementaires de la Chambre haute, signataires d’une pétition contre le choix de Me Gousse, ne change pas. Ils ont adressé leur pétition au président du Sénat, Rodolph Joazile, en lui faisant part de leur décision de voter contre M. Gousse. « Le Premier ministre désigné n’a même pas besoin de faire le dépôt de ses pièces. Il n’obtiendra pas mon vote », laisse entendre le sénateur Evalière Beauplan qui ne souhaite accorder, sous aucun prétexte, un vote contraire à sa conviction.

Pour soutenir sa position, le sénateur Beauplan remonte l’histoire. Il raconte : « Au cours de la période de transition (2004-2006), des militants politiques étaient persécutés, humiliés et arrêtés dont le sénateur Jocelerme Privert ». Des arguments qui se répètent et laisseraient comprendre, selon des parlementaires, que le chef de l’Etat compte renouer avec cette tradition arbitraire et dictatoriale.

Face à cette situation, le président du Sénat, Rodolphe Joazile, estime qu’il n’a pas de solution et ne souhaite pas proposer le remaniement de la commission chargée d’étudier les pièces de l’ancien juriste.

Défendre Gousse du bec et des ongles

Le groupe minoritaire au Parlement ne voit pas de bon œil la position des 16 parlementaires. Il critique ouvertement le comportement de leurs collègues et projette de défendre M. Gousse du bec et des ongles. A l’instar du président des deux Chambres, Rodolphe Joazile et Sorel Jacinthe, le sénateur Andris Riché (Grand’Anse) affirme que « cette démarche politique non conforme aux prescrits de la constitution ne peut, en aucun cas, entraver le processus de ratification du Premier ministre désigné ». « J’estime que ces sénateurs veulent prendre le Sénat d’assaut. Vouloir rejeter la candidature du Premier ministre désigné avant même qu’il ait déposé son dossier me porte à comprendre que mes collègues frisent une certaine indécence », a déclaré le sénateur.

« Face aux problèmes de l’insécurité de l’époque, il était difficile pour M. Gousse, en tant que ministre de la Justice, de rester sans rien faire. Il devait donner une réponse et agir en conséquence », explique le sénateur Riché. Il accuse ses collègues d’avoir fermé les yeux sur toute une série d’événements similaires qui perturbaient le calme la société avant l’arrivée de Gousse au ministère de la Justice. « Pourquoi s’acharnent-t-ils sur lui alors que le pays frôle la dérive ? », se questionne Andris Riché.

A un moment où tout s’articule autour du processus de ratification du Premier ministre désigné, « le président Martelly, si vraiment il manifeste une volonté à sortir le pays dans cette impasse difficile, doit se jeter à l’eau », estime Andris Riché.
Joe Antoine Jean Baptiste

jjoeantoine@yahoo.fr
Envoyez-moi un e-mail lorsque des commentaires sont laissés –

Vous devez être membre de Atelier des médias pour ajouter des commentaires !

Join Atelier des médias

Articles mis en avant

Récemment sur l'atelier

mapote gaye posted blog posts
4 févr.
Mélissa Barra posted a blog post
La Côte d’Ivoire veut s’attaquer aux dysfonctionnements que connaît l’enseignement supérieur public…
18 janv.
Plus...