Trois sites pour renforcer la transparence en Afrique

Le 8 décembre 2017 s’est tenue à Paris la remise du Prix Numérique et Transparence. Il récompense des plateformes en ligne, issues de la société civile, qui oeuvrent pour des démocraties plus ouvertes et tentent d’enrayer la corruption dans leurs pays. Rencontre avec les trois lauréats africains du prix: Cabrane, TsyCoolKoly et Le Présimètre.  

Une cinquantaine de projets ont été soumis au jury du Prix Numérique et Transparence. Un concours organisé par le Ministère des Affaires étrangères français, l’ONG Transparency International et l’agence de coopération CFI médias, et axé autour de trois grandes thématiques :   

(Pour plus d’informations sur le Prix Numérique et Transparence, c’est ici)

Nous avons donné la parole aux lauréats de ces trois catégories. Ils sont Tunisien, Malgache et Burkinabé (les Français n’avaient pas le droit de concourir), et tous trois mobilisent les outils du numérique pour tenter d’imposer plus de transparence dans les institutions et faire avancer leur pays dans la lutte contre la corruption.

Cabrane, plateforme tunisienne de suivi des projets publics

Cabrane (“Contremaître”, en dialecte tunisien) est un site et une application permettant aux internautes de suivre en détail les différents chantiers d’infrastructure que lance en Tunisie le gouvernement, comme les écoles et les autoroutes. A travers une carte interactive, on peut connaître l’avancée des travaux, le contractant, les délais et les coûts du projet. Les chantiers sont classés dans cinq catégories selon s’il sont planifiés, reçus, terminés, annulés ou reportés.

Les internautes tunisiens peuvent noter, commenter les projets et fournir des photos et des informations sur la qualité de l’ouvrage. On peut également soulever, via un formulaire, le besoin d’un aménagement d’infrastructure dans un lieu géographique en particulier. « On essaye ensuite d’informer le Ministère de l’équipement. La plateforme est donc participative. Ce n’est pas juste au ministre de décider de faire une route à tel endroit et pas un autre, d’ouvrir une école dans tel lieu et pas un autre », explique Charfeddine Yakoubi, fondateur de l’Association Tunisienne des Contrôleurs Publics, qui a lancé Cabrane en mai 2017. Né de la société civile après le départ du président Ben Ali, l’ATCP cherche à réformer l’administration publique pour assurer aux citoyens une meilleure redevabilité.

« S’il s’agit d’un dispensaire qui vient d’être inauguré dans une région intérieur de la Tunisie, ce sont les citoyens, les malades qui s’y rendent, qui vont constater, après le départ du ministre, qu’il y a des fissures et des fuites d’eau, illustre Charfeddine Yakoubi. C’est donc un outil d’alerte. »

Mais, pour le moment, Cabrane centralise des données issues des Ministères. Les informations sur les travaux publics sont encore partielles. L’ATCP oeuvre maintenant pour avoir accès également aux contrats et faire adopter par le Parlement tunisien une norme visant à ouvrir les contrats publics (Open Contracting).

 

TsyCoolKoly, pour dénoncer les cas de pots-de-vin à Madagascar

« J’ai dû payer pour obtenir une fausse certification de positionnement au service militaire à l’Etat civil » peut-on lire parmi les centaines de témoignages publiés sur le site malgache TsyCoolKoly (“La corruption c’est pas cool” en malagasy). Lancée en novembre 2014 par l’ONG Tolotsoa, la plateforme numérique récolte des dénonciations de pots-de-vins exigés par des agents publics, pour ensuite produire des statistiques sur l’ampleur du phénomène.

«Ce sont des bakchich donnés aux policiers de la rue, ou aux administrations quand on demande un certificat de résidence par exemple. C’est quotidien à Madagascar, c’est comme un virus » raconte Andrianina Rokotoarivelo, venue recevoir à Paris le premier prix dans la catégorie “Outil de prévention et de lutte contre la corruption”. Son pays est classé 145e sur 176 dans l’Indice de perception de la corruption 2016 de Transparency International.

TsyCoolKoly classe les cas de pots-de-vin par secteur : la Police, l’éducation, l’Etat civil, l’administration, la gendarmerie, les transports, la Justice, les travaux publiques et le secteur privé. L’éducation et les travaux publics sont les plus touchés. L’éducation affiche le plus grand nombre de pots-de-vins exigés : environ 200 sur un total de 1192 (au 8 décembre 2017). Les travaux publics est le secteur qui draine le plus d’argent avec en moyenne 1,5 millions d’ariary -soit 400 euros- par commission.

Les acteurs derrière ce projet numérique font parler les chiffres de la corruption pour briser les tabous qui l’entourent et ainsi « faire parler les jeunes, en dehors de l’informel ». TsyCoolKoly permet aussi de s’informer sur différentes institutions et administrations malgaches puis évaluer leurs actions contre la corruption.

 

Le Présimètre évalue les promesses du président Kaboré

Le projet présenté au Prix Numérique et Transparence par Luther Yaméogo, de l’ONG Diakonia, est un baromètre politique. Baptisé Le Présimètre, cette plateforme reprend 85 engagements pris par le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré lors de sa campagne en 2015. Les promesses sont classés dans 5 domaines : l’éducation, la santé, l’eau et l’hygiène, la sécurité alimentaire et la sécurité des biens et personnes.

Le site indique, pour chaque engagement, l’état de son avancée : “réalisé”, “non réalisé” ou “en cours de réalisation”. L’ensemble est également représenté dans un diagramme au couleurs du Burkina Faso. En haut à droite de la page, une jauge compte les jours écoulés et restants du mandat du président.

L’évaluation des mesures prises par le gouvernement s’effectue de deux manières, selon Luther Yaméogo : « C’est, d’une part, un programme qui met en branle une quinzaine d’organisations de la société civile (comme par exemple le Centre pour la gouvernance démocratique ou l’Action ndlr). Chacune mène ses activités au quotidien et partagent sur le site les résultats de leurs actions et de leurs enquêtes. D’autre part, le Présimètre permet d’effectuer des sondages en ligne où les citoyens peuvent s’exprimer directement (...) sur leur niveau de satisfaction ».

 

Le Prix Numérique et Transparence, c'est...
  • Un concours organisé pour la première fois en 2017 le Ministère des Affaires étrangères français, l’ONG Transparency International et l’agence de coopération CFI médias

  • Un premier et un second prix dans chacune des trois catégories

  • Un concours qui s’adresse à des projets francophones ou bilingues qui s’appuient sur l’innovation numérique pour apporter de solutions favorisant la transparence

  • 10 000 euros pour chaque premier prix

  • Une cérémonie qui a eu lieu au Liberté Living Lab, un espace à Paris à l’innovation en faveur du bien commun

  • Un prix qui a récompensé en deuxièmes places les sites AfricaCheck (dans la catégorie “Contrôle citoyen pour la bonne gouvernance”), Al Bawsala (dans la catégorie “Ouverture des données pour la transparence et l’action publique”) et P.A.S.C.O. (dans la catégorie “Outil de prévention et de lutte contre la corruption)

  • Aussi, un dernier prix attribué par le Liberté Living Lab, destiné à un projet en cours de développement. Il a été remis à une initiative ivoirienne, le 225 Stop Corruption, qui souhaite également collecter des témoignages liés à la petite corruption.

 

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Melissa Barra est journaliste à L'Atelier des médias de RFI
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