(Lecteur, New Dehli, Inde)

Pour s'imprégner de l'esprit d'un lieu en quelques jours, rien de plus pertinent que la lecture de la presse imprimée locale. Surtout depuis que les titres de la presse internationale en ligne sont devenus presque aussi uniformisés que les artères des grandes capitales. 

Décoller des lieux communs

On l'aura observé cette année sur les réseaux sociaux et les sites des grands journaux : la presse internationale en ligne traite de manière de plus en plus standardisée les sujets susceptibles d'intéresser la globalité de la planète.  C'est le cas pour la couverture des événements sportifs (Jeux Olympiques, Coupe du Monde...), aussi bien que des événements politiques (décès de Nelson Mandela, élection du pape...).

Les titres des articles, corsetés dans une syntaxe rêche et rudimentaire, annoncent des présentations époussetées de toute aspérité. En témoigne le nombre croissant de titres tournés à partir des interrogatifs « quand » et « pourquoi », et qui débouchent sans surprise sur des chutes attendues. Sans compter les parades répétées de la Big Data et de la Génération Y sur le grand boulevard des généralités. 

Mais si les sources d'information les plus puissantes en terme de moyens financiers et d'audience tendent à s'uniformiser, comment voyager sans risquer de retomber sur des lieux communs ?

La presse locale imprimée, parce-qu'elle consent à coucher sur le papier une parole plus vivante et plus présente, apparait comme la promesse d'un rare point de contact avec le lieu que l'on cherche à découvrir quand on part en vacances ou en déplacement.

(Kiosque à journaux, Loutraki, Grèce)

On peut s'aventurer sur les sentiers des feuillets « petites annonces », qui ne figurent pas toujours sur les sites internet des mêmes titres, et y découvrir des préconisations cocasses qui nous disent long sur les moeurs locales. « Don’t feed alligators with pop corn, please ! », lisait-on dans les colonnes du Tampabay Times le 13 juillet. La vie humaine, comme elle va, restituée au plus proche du récit oral.

D'où les raccourcis logiques, les maladresses syntaxiques et les métaphores colorés qui donnent parfois lieu à des quiproquos grotesques, mais franchement drôles, car nus de toute intention de moquer ou de provoquer. En France, l'été est fleuri de ces "perles de la PQR" (Presse Quotidienne Régionale), que Twitter se plait à siffloter chaque année. Aux Etats-Unis, ce sont les "must" des histoires les plus absurdes qui rencontrent un succès sur les réseaux sociaux.

Le journal papier, piste d'atterrissage 

 

Dans la presse imprimée locale, le rédacteur ne cherche pas à s'interposer entre le réel et le lecteur. Il ne joue pas le rôle d'un organe de régulation du réel. Au fond, c’est peut-être surtout cette forme d’effacement de soi que le lecteur apprécie implicitement, davantage encore que ces billets gorgés d'une apparente naïveté. Par mimétisme, le lecteur se dégage à son tour de lui-même. Il ouvre le journal. C'est sa piste d'atterrissage. Enfin il a quitté la grille de lecture qui est le plan de tous ses lieux communs. 

A la faveur du numérique globalisé, la presse écrite régionale dans le monde, dont la diffusion est globalement fragilisée par le numérique, pourrait ainsi prendre un nouveau départ, en apportant une plus-value proprement humaine à l'information régionale. 



Sur cette petite note estivale, bonnes vacances à tout l'Atelier des Médias de RFI ainsi qu'à ses contributeurs et lecteurs.

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Journaliste médias à Intégrales Mag et à Socialter en même temps ; sème aussi des chroniques, notamment à Sud Radio (Le Brunch Médias) ; intervenante au Celsa "nouveaux médias".
Twitter : @ClaraSchmelck
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